Des robots dans la salle d’opération

«Le robot chirurgical est la prolongation naturelle de la chirurgie mini-invasive laparoscopique», résume le Docteur Charles-Henry Rochat, le premier en Suisse, en  mars 1999, à avoir introduit  la technique des « trous de serrure »  pour le  traitement du cancer de la prostate : petites incisions provoquant moins de douleurs, moins d’infections et moins de saignements, meilleure vision et meilleure précision.

La robotique est arrivée dans les années 2000 avec deux systèmes : Zeus et Da Vinci. Cela a permis en septembre 2001 la première opération dissociée avec une malade située à Strasbourg et  un opérateur à New York pour une opération de la vésicule biliaire. Juste pour monter la faisabilité de la procédure.

Mieux que les poignets du chirurgien

«Pour ma part j’ai effectué ma première opération robotisée en janvier 2003», confie l’urologue genevois pour lequel la robotique a apporté à la fois la vision en 3D (actuellement en haute-définition)  et une liberté de mouvements  supplémentaire. Avec la vision en profondeur, le chirurgien a gagné énormément en sécurité, permettant de reconstruire une vue tridimensionnelle avec  deux caméras juxtaposées. Pour la précision, le robot travaille mieux que les poignets de l’homme : le bout des instruments est articulé sur 90° d’inclinaison et 360° de rotation. La robotique évite aussi tout tremblement et supprime le problème du bras de levier. L’opérateur devient ambidextre avec ses joysticks et reste maître de tous les mouvements. Le système est plus précisément un micromanipulateur assisté par informatique qu’un véritable robot.

Un apprentissage intensif

Bien que plus facile à apprendre que la laparoscopie conventionnelle, la  robotique demande quand même une réelle courbe d’apprentissage : «plus de 150 cas pour des opérations compliquées comme la prostatectomie radicale», estime le Dr Rochat. «C’est bien davantage que ce que le fabricant laisse entendre, si on veut arriver à un  haut niveau de performance. Et l’on n’apprend pas seul, ni sur des patients… Je me suis entraîné sur des cadavres en tant que pionnier en 2003, mais j’ai aussi beaucoup profité de l’expérience de collègues de Bordeaux et de Lyon avec lesquels j’ai souvent  travaillé et à qui je dois beaucoup. La situation est aujourd’hui différente avec la multiplication des centres de robotique, 2000 de par le monde, dont 4 à Genève, la plus haute densité au monde. Encore une « genferei » !  Le compagnonnage est plus compliqué car les experts formateurs sont très occupés. La transmission de compétence va forcément s’en ressentir. La formation actuelle pose donc un réel problème. Les nouveaux centres ne pourrons pas se développer sans accompagnement  que moult simulateurs ne remplaceront pas». Reste le désavantage du coût qui ne diminue pas en raison du monopole  actuel d’Intuitive Surgical, le promoteur du système Da Vinci.

Inutile pour de simples opérations

Un autre problème est que les opérations très techniques semblent plus compliquées à réaliser qu’on peut penser  et que pour des opérations simples, le robot est probablement inutile ; son utilisation serait être alors plus commerciale que bénéfique.
«Il n’y aura toutefois fois pas de retour en arrière, car la technologie a fait ses preuves. Ainsi pour le cancer de la prostate, en 2011 plus de 80% des patients se sont font opérer au Da Vinci aux USA contre 0.5% en 2003.
Dans le futur, des robots appropriés à certains types de chirurgie feront leur apparition. Des robots spécialistes… Le robot  Da Vinci  actuellement commercialisé est conçu pour travailler en profondeur dans des cavités. Pour la chirurgie de surface ou dans des cavités comme la gorge, on aura certainement des robots  plus petits et mieux adaptés. Il existe déjà des possibilités d’introduire tous les instruments du robot  Da Vinci par une seule ouverture, mais leur articulation n’est pas au point.

Le robot « machine à coudre »

Dans le futur ou pourra intégrer des images virtuelles au champ visuel de l’opérateur. Par exemple, pour exciser une tumeur dans un rein située à 2 cm de profondeur, une surimpression d’un scanner 3D permettra de savoir où le chirurgien doit inciser pour atteindre la tumeur  en évitant certaines structures: « Les robots du futur devront permettre l’automatisation de certains gestes : vous pointerez deux zones sur votre champ opératoire, le robot passera l’aiguille sur les points d’entrée et de sortie et effectuera le noeud. Cependant il faut prendre garde à une attente excessive des patients qui pensent qu’avec une technologie avancée tout marchera comme sur des roulettes. Tous les cas ne sont pas semblables, certains patients présentent plus de risques de complication ne serait-ce que par la gravité de leur mal  et il ne faut pas tomber dans  un marketing excessif».