Comme prévu, l’islamisme politique place ses hommes aux postes à responsabilité sous le couvert d’une démocratie fraîchement acquise. Un air ambiant qui embarrasse la presse occidentale.
Les Observateurs.ch vous l'annonçaient il y a un mois, à l'issue des dernières législatives, la classe politique libyenne, augmentée de quelques anciens opposants, se recycle sous les étiquettes de pouvoirs flambant neufs.
Le Congrès général national issu des élections du 7 juillet, qui détient désormais le pouvoir en Libye, vient d'élire son président: Mohamed al-Megaryef, originaire de Benghazi, âgé de 72 ans. Ancien cadre du régime de Mouammar Kadhafi dans les années 70, il quitte son poste d'Ambassadeur en Inde pour prendre la tête du Front de salut national libyen, une formation politique d'opposition en exil.
« Une victoire pour les islamistes »
Bien que le parti de Megaryef, le Parti du front national, partisan d'un islamisme “modéré”, n'ait remporté que 3 sièges sur les 200 disponibles, ce qui en fait toutefois le troisième parti du pays, celui-ci l'a emporté aisément par 113 voix contre 85.
Selon l'AFP, Un membre du Parti de la justice et de la construction (PJC), qui a requis l'anonymat, a estimé que l'élection de M. Megaryef était « une victoire pour les islamistes ». D'autres prétendent, en revanche, qu'il ne devrait sa victoire qu'à des motifs purement géographiques, le but étant de résorber diverses tensions issues d'une répartition inégale des sièges qui aurait lésé certaines régions de l'est.
Dans les faits, les rues de Tripoli ont vibré au son des « Allah akbar » enthousiastes des islamistes au soir de l'élection.
Frères Musulmans
Deuxième formation du pays, le PJC, affilié aux Frères musulmans, sans doute prétérité par des résultats moins bons que prévus, 22% et 17 sièges contre 39 pour l'Alliance des forces nationales (AFN), a échoué à prendre la vice-présidence devant la candidature de Joomaa Attiga.
Véritable surprise de la journée, Attiga a longtemps été le proche collaborateur de Seif al-Islam, fils aîné du dictateur déchu. Rentré d’exil à l'invitation de Kadhafi, il y a plus de vingt ans, l'avocat fut, après une inévitable détention politique malgré les promesses du « frère guide», nommé secrétaire général de l’Association libyenne des droits de l’homme créée par la Fondation Kadhafi, dont Seif était le président. Lequel Seif aurait eu plusieurs occasions de lui venir en aide, notamment pour le sortir de prison, une nouvelle fois, en 2009. D'aucuns auraient même été jusqu'à penser qu'il se serait bien vu aux côtés de son protecteur dans la perspective d'une succession à la syrienne.
Désaccord sur la Charia
Une certaines frustration de la part des Frères Musulmans est palpable, qui pensaient avoir un contrat moral avec Mahmoud Jibril, leader de l'AFN. En échange d'un soutien pratique dans certaines régions Jibril se serait engagé à livrer postes et ministères d'importance.
De toute évidence, la faiblesse du résultat du PJC rompait l'entente. Le 12 juillet, Mohammed Sawan, leader du PJC, dénonçait la vision insuffisante de la charia de Jibril et annonçait son intention de constituer une majorité en piochant dans le réservoir des 120 députés indépendants du Congrès.
Sawan a en outre accusé Jibril d'avoir « trompé » le peuple. « Jibril ne s'est pas présenté au peuple comme un libéral. Les Libyens ont voté pour lui car ils le considéraient aussi comme un islamiste », rapporte le Figaro. « Jibril pense que la charia ne doit concerner que certains aspects de la vie. Dans l'islam, il n'y a pas à prendre ceci ou cela. Le gouvernement doit renforcer l'islam dans tous les domaines de son travail ».
Ce qu'on ne peut dire dans un quotidien français
Un détail d'importance intervient ici, le Figaro, qui cite pourtant le Libya Herald en source, semble incapable de traduire pleinement la phrase de Sawan, la voici: « Jibril pense que la charia ne doit concerner que certains aspects de la vie. Il est comme Kadhafi dans ses vues sur la charia. Dans l'islam, il n'y a pas à prendre ceci ou cela. Le gouvernement doit renforcer l'islam dans tous les domaines de son travail ».
Jadis ogre sanguinaire pour l'Occident, le dictateur est perçu aujourd'hui comme un dangereux libéral aux yeux de ceux qui se préparent à faire le futur de la Libye.
Risque d'affrontements
La guerre parlementaire est déjà déclarée. une fois la fameuse majorité constituée, la direction est déjà toute tracée: « Les Libyens sont de bons musulmans, mais ils ne comprennent pas l'islam comme ils le devraient. Nous voulons rééduquer ceux qui ne comprennent pas l'islam », martèle Sawan.
Le pays est appelé à connaître tôt ou tard les menées des groupements religieux, sur le modèle des troubles récurrents en Tunisie, à cette différence près que la récente guerre a armé les diverses factions en équipement lourd. La violence profitera au plus fort, puis, tout ce qu'il y avait de “modernité”, de proximité à l'Occident, tout ce que l'on croyait pouvoir célébrer dans cette “révolution”, crèvera en peu de temps.

Et vous, qu'en pensez vous ?