La gauche pactise avec Friedman

« L’alignement de toute la gauche en ordre de marche derrière l’ini­tiative du GSsA n’a jamais montré de manière plus éclatante à quel point, dans l’ancien camp so­cialiste, tout idéal collectif a été évacué au profit de préoccupa­tions individualistes.

[…] Quelle était, il n’y a pas si longtemps, la position des gauches suisses et européennes sur le modèle helvétique et la conscription obligatoire? Les grands ancêtres, les annonciateurs du socialisme, ne s’y trompaient pas. Dans Le Contrat Social comme dans ses Projets pour le gouvernement de Pologne, Rousseau fait l’éloge de cette armée que le GSsA voudrait abo­lir: «Tout citoyen doit être soldat par devoir, nul ne doit l’être par métier.»

[…] Jean Jau­rès ira encore plus loin dans son livre L’Armée Nouvelle, se référant directement au modèle suisse et écrivant «De tous les systèmes mi­litaires pratiqués dans le monde, c’est à coup sûr le système suisse qui se rapproche le plus de l’idéal d’une armée démocratique et po­pulaire.»

[…] Pendant longtemps, la gauche a raisonné sur ce sujet d’une ma­nière tout à fait cohérente et conforme à ses idéaux de justice sociale et de pouvoir populaire: elle rappelait que la conscription était égalitaire, que la milice obli­gatoire favorisait la cohésion na­tionale et le fédéralisme, et que le peuple en armes était à la fois une garantie de contrôle démo­cratique sur l’institution militaire et une sûreté contre un éventuel abus de pouvoir des gouvernants. On se rappelait des putschs – Es­pagne 1936, Chili 1973,etc.-qui n’avaient été rendus possibles que grâce à une armée de métier aux ordres de généraux conjurés contre la démocratie. Pourtant, il semble que la gauche suisse ait la mémoire courte si on en croit le Parti socialiste qui, en 2010, a carrément décidé de faire figurer l’abolition de l’armée dans les ob­jectifs de son nouveau programme!« 

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