Nous republions cet article, initialement paru sur Enquête & Débat le 14 mars 2011.
Quand un roman d’anticipation est le seul à traiter d’un avenir sombre particulier, on peut se dire que cette vision est propre au seul auteur du roman. Mais dès lors que, sur une courte période de temps, trois romans d’anticipation sont publiés sur le même sujet, tabou qui plus est, on est en droit de se dire qu’on touche à une réalité largement partagée dans la population. Penchons-nous sur trois romans récents qui nous plongent dans un Occident islamisé, et dont les médias ne vous parlent pas, sans doute de peur de vous effrayer.On le sait, le péril jaune, d’une invasion des Chinois et des Japonais, a fait florès au début du 20e siècle et s’est traduit par deux ouvrages caractéristiques en France : Pays des mousmés, pays de guerre, de Charles Pettit (1905), et Paix Japonaise de Louis Aubert (1906).
Il s’agissait de traduire dans ces romans des peurs pour la plupart fantasmées et qui ne se sont pas, comme nous le savons maintenant, traduites dans les faits. Or de nos jours, alors que ce qui pourrait ressembler à un “péril jaune” est beaucoup plus présent qu’à l’époque, notamment du fait de la présence d’une communauté asiatique importante (près d’1 million de personnes) et travailleuse donc obtenant des places convoitées (restaurants, brasserie, bar-tabac etc.), aucun roman d’importance ne semble vouloir nous plonger dans une France ou un Occident devenu “jaune”.
Tel n’est pas le cas avec l’islam. En effet, cette religion a nourri l’imagination de trois auteurs différents, qui ne se connaissent pas, pour la simple et bonne raison qu’ils ont écrit leurs livres dans trois langues différentes, et sur trois continents différents. Nous les prendrons chronologiquement.
Le premier est donc Le jour de l’Aïd, de Daniel Saint-Hamont, paru en 2002. Daniel Saint-Hamont n’est pas n’importe qui, puisqu’il est aussi l’auteur de romans à succès tels que Le coup de sirocco, et le scénariste du Grand Pardon. Son roman est paru dans une grande maison d’édition, une des principales de la place de Paris, puisqu’il s’agit de Plon.
On se dit que cette maison n’a pas eu froid aux yeux en publiant un tel roman, nous allons voir pourquoi en détail, mais il suffit de regarder la couverture pour s’en convaincre. Cette France recouverte d’un drapeau algérien certes légèrement pâle, a été repris par la suite par un certain Jean-Marie Le Pen pour une affiche devenue célèbre pour avoir été interdite. Précisément, le livre est sorti en… mai 2002, donc au moment de la fameuse élection qui vit Le Pen arriver au deuxième tour !
Cela a-t-il joué dans le fait qu’aucun média ou presque n’évoqua le roman de Daniel Saint-Hamon ?
Toujours est-il que l’histoire qu’il nous narre est claire :“Marseille dans quelques années d’ici. La ville vient d’élire triomphalement son premier maire beur, l’avocat Djamel Abdelaziz, Marseillais ” pur jus “, issu des tristement célèbres quartiers Nord. À peine prend-il ses fonctions qu’éclate le drame : un acte terroriste de la plus grande ampleur, accompli par un groupe de militants algériens, tandis qu’au cœur des quartiers populaires, est proclamée la première République islamique de France. Pour la première fois, sous ses aspects les plus concrets se pose le problème crucial de la double appartenance quel choix pour le maire de Marseille ? Solidarité avec ses frères musulmans ou avec ses concitoyens français ? Avec le vert de l’islam ou avec le bleu-blanc-rouge de la République ?“
Sa lecture, assez jouissive je dois dire pour l’éditeur que je suis (vous comprendrez pourquoi après), m’amena à annoter certains passages, comme celui-là par exemple pp.36-37 :
“La proclamation de la République islamique de France ! … De Matignon à l’Elysée, tous allaient se réveiller avec une migraine d’enfer. Le problème n’était plus là-bas ni lointain, New York, Les Twin Towers, Bab-el-Oued, la Tchétchénie, mais ici et maintenant, sur le sol français. Leur pire cauchemar commençait à l’instant. Ce qu’ils avaient toujours refusé d’intégrer dans leurs analyses soigneusement polies leur explosait aujourd’hui en pleine figure.“
Gouverner, c’est prévoir… même et surtout le pire ! Justement, Daniel Saint-Hamont imagine (on est en 2002) les émeutes de 2005, en banlieues, mais en plus dramatiques encore :
“Dans les esprits rôdait encore le souvenir des grandes émeutes de Saint-Denis, difficilement réprimées l’automne précédent. Dix-neuf morts, jeunes, forces de l’ordre et passants innocents confondus.” (p. 46) Il nous décrit avant l’heure Tariq Ramadan : “Sous des abords modernistes, le prêcheur jouait en fin tacticien. Ses revendications, au besoin appuyées par de petites manifestations bien ciblées, aboutissaient à porter, partout où il était possible, des coups feutrés à la laïcité.” (p. 70)
L’auteur, qui situe son histoire en 2008 (p. 111), envisage aussi l’indépendance de la Kabylie (p. 84), déplore les mises en garde contre la montée de l’islamisation restées inefficaces et imagine une attaque cérébrale ayant réduit Le Pen au silence (p. 131).
Je laisse découvrir l’intrigue aux plus curieux, sachant qu’une majeure partie du roman se passe dans la tour prise en otage, un peu comme Die Hard premier du nom (Piège de crystal en français). En vue d’un film ? Ce n’est vraiment pas impossible, vues les accointances de l’auteur avec le cinéma. Mais bon, vu l’omerta qui a frappé le livre, cela a dû décourager le premier réalisateur venu, y compris Alexandre Arcady.
Un autre roman d’anticipation qui nous plonge dans une France musulmane est un peu plus connu, mais pas du fait des médias, qui n’en ont quasiment jamais parlé, il s’agit de la Mosquée Notre-Dame de Paris, année 2048. Livre écrit par la russe Elena Tchoudinova, et dont je suis aussi l’éditeur en France, d’où ma remarque précédente.
La caractéristique principale de ce roman est d’avoir été refusé par plus de 60 maisons d’édition françaises, bien que vendu à plus de 100 000 exemplaires en Russie, comme je l’explique pour présenter Elena, venue présenter son livre et sa vision sur l’islamisation aux Assises de l’islamisation le 18 décembre dernier :
Contrairement au précédent, ce livre nous plonge dans une France complètement islamisée, car dans un futur un peu plus lointain, 2048. Quand on demande à Elena pourquoi elle a choisi cette date, s’il s’agit de projections démographiques ou autres, elle répond qu’elle a voulu rendre hommage à Orwell, et son 1984. En effet, il avait écrit son roman en 1948, et s’était contenté d’inverser les deux derniers chiffres pour obtenir le fameux titre.
Par ailleurs, on l’a oublié mais il s’agissait d’un roman anti-communiste, donc Elena y est très sensible et a voulu ainsi lui rendre ce double hommage. Car elle n’est pas loin de penser que l’islam c’est le communisme plus Dieu, comme dit Oskar Freysinger.
L’histoire nous plonge donc dans une France complètement islamisée, où l’on suit les derniers résistants, non-musulmans, vivre cachés et se réfugier dans les catacombes, avant de tenter un dernier sursaut en libérant Notre-Dame de Paris, devenue la Mosquée Notre-Dame, Al-Franconi. Inutile de vous révéler la fin, elle paraît couler de source. L’auteur a voulu faire passer le message qu’à force de faire des concessions, même les plus petites, à l’islam en terre européenne ou occidentale, on mettait le doigt dans un engrenage et un système de cliquets qui jamais ne reviendrait en arrière.
La description faite par le philosophe Jacques Ellul dès 1989 mais traduite en roman, est d’un réalisme terrifiant. Dans le but que ce futur n’arrive jamais, et que le sursaut arrive au moment où il est encore temps.
Le troisième roman dont nous allons parler nous plonge, quant à lui, à un moment intermédiaire, où les Etats-Unis sont à moitié colonisés par l’islam. Ce roman, Feddayin!, est un roman américain, de Robert Ferrigno, qui a été traduit et publié en 2009 par les éditions du Cherche Midi. Bizarre, que cette maison ait accepté de traduire ce roman, mais refusé la Mosquée Notre-Dame, peut-être parce que l’action se situe loin de France ?
En tout cas l’action est pour le moins virile là-aussi, je vous laisse juger par vous-mêmes avec cette excellente chronique parue sur le livre, dont voici un extrait :
“En 2015, trois attentats nucléaires ravagent les villes de New York, Washington et La Mecque, irradiant au passage la Kaaba. Leurs attribution à des Sionistes capturés déchaîne une haine mondiale, fait basculer les Etats-Unis vers une islamisation de la politique et de fil en aiguille entraîne la sécession des Etats du Sud, provoquant une deuxième guerre civile. Il en résulte la situation résumée par la carte faite maison ci-dessous dont on comprend bien qu’elle constitue le principal intérêt science-fictif du livre, dépassant le simple cadre de la politique-fiction, limite à laquelle s’arrêtent habituellement les thrillers.”
La lecture de roman est haletante, le retournement de situation vers la fin surprend et amuse, mais surtout on trouve dans ce roman comme dans les deux autres les mêmes descriptions de chefs musulmans impitoyables, habités par la religion au point d’en oublier le reste, y compris leur propre humanité.
Et c’est ce qui frappe le plus, car il ne s’agit nullement d’inventions, mais de portraits trait pour trait de hauts dignitaires musulmans actuels, qui passent à la télévision arabe ou iranienne, en faisant l’apologie d’Hitler, en parlant des femmes comme de sous-hommes, et appelant à ce que l’islam domine le monde (voir le site de Memri pour quelques exemples qui se passent de commentaires).
Autant d’appels qui, s’ils émanaient de néo-nazis en transes, même groupusculaires, déclencheraient des polémiques internationales, voire des sanctions de l’ONU. Ici, rien, au contraire il existe un véritable angle mort sur la question, alors que les moyens modernes de communication permettent aux populations du monde entier de recevoir de façon brute tous ces discours de haine et d’extermination.
Il fallait donc un média indépendant comme Enquête & Débat pour vous faire connaître ces trois romans, dont le point commun est de nous mettre sérieusement en garde contre une idée reçue : l’avenir est écrit.
Extrait de: Source et auteur
