Les centrales nucléaires souffrent de la canicule

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Trois des cinq réacteurs suisses ont besoin d'eau pour leur refroidissement. Les exploitants doivent baisser la production.

Les interdictions de feux et de pompage d'eau s'étendent en Suisse au fur et à mesure que le thermomètre continue à grimper. Or, outre l'agriculture, les centrales nucléaires ont besoin d'eau pour leur processus de refroidissement. Beznau I et II, dans le canton d'Argovie, et Mühleberg (BE), sont concernés, Gösgen (SO) et Leibstadt (AG) ayant des tours de refroidissement par air. Le groupe Axpo, qui exploite Beznau, a déjà dû réduire
"très légèrement"
la production à plusieurs reprises ces derniers jours, les valeurs limites ayant été atteintes.

Ces valeurs limites découlent de l'ordonnance fédérale sur la protection des eaux. Celle-ci prévoit, dans le but de protéger la faune piscicole, une température d'eau de refroidissement rejetée dans la rivière de 30 degrés au maximum, tandis que l'eau de la rivière elle-même ne doit pas dépasser 25 degrés.
"L'autorité peut autoriser des dépassements minimes, de courte durée, en été"
, dit toutefois l'ordonnance sur la protection des eaux.

Puissance réduite

A Beznau par exemple, l'eau déversée ne doit pas dépasser les 32 degrés. Et hier encore en début d'après-midi, la centrale numéro II (le réacteur I est en cours de travaux et ne fonctionne pas, voir ci-après) rejetait dans l'Aar une eau dont la température était inférieure à la limite, a assuré le porte-parole d'Axpo Tobias Kistner.

A Mühleberg, c'est la température de l'Aar qui fait foi:
"Lorsqu'elle dépasse 20,5°C, la centrale réduit sa puissance afin de respecter les dispositions de la concession"
, explique Murielle Clerc, porte-parole de l'exploitant BKW. Mais hier, ce n'était pas encore le cas. Murielle Clerc précise que, lors des étés caniculaires de 2003, 2005 et 2006, la centrale de Mühleberg avait enregistré, sur l'ensemble de l'été, une baisse de production équivalente à plusieurs jours d'exploitation à puissance maximale.

La sécurité n'est pas mise en jeu, rassure David Suchet, porte-parole de l'Inspection fédérale de la sécurité nucléaire.
"Le refroidissement des réacteurs est assuré sans problème par les températures qui règnent actuellement."
Contrairement à l'agriculture, la canicule n'entraîne pas, pour les centrales nucléaires, un problème de quantité d'eau:?
"L'eau pompée dans les cours d'eau y retourne, en quantités identiques, au terme d'un processus de refroidissement qui dure deux minutes"
, explique Tobias Kistner. A l'issue du processus, la température de l'eau gagne "
quelques degrés"
.

Sans conséquences

"Au moindre dépassement des 32 degrés, nous réduisons la production, sans conséquence pour l'approvisionnement"
, précise le porte-parole.
"Nous avons dû le faire brièvement à quelques reprises ces derniers jours."
Lors de la canicule de 2003, les réacteurs avaient été ralentis à 76% de leur capacité. Là encore, l'approvisionnement avait été garanti
"grâce à des mesures de compensation, notamment les centrales hydrauliques à pompage-turbinage"
, explique Tobias Kistner. "
Mais nous avons déjà dû réduire la production, de moins de 10%, lors d'autres périodes chaudes et sèches. Cela n'a rien d'exceptionnel."

Pour l'Office fédéral de l'environnement, il importe que les rivières puissent continuer à remplir leur rôle écologique, explique Elisabeth Maret, porte-parole. A la suite de la sécheresse de 2003, qui avait notamment causé des hécatombes chez certains poissons, et d'un postulat, la Confédération avait publié le rapport
"Gérer les pénuries locales d'eau en Suisse"
qui établissait des scénarios et des mesures possibles. Le refroidissement des centrales nucléaires
"pourrait devenir problématique en cas de sécheresse et de canicule persistante"
, disait le rapport, tout en précisant que la consommation des centrales thermiques est
"non-consomptive"
puisque l'eau retourne aux cours d'eau.

"Nous avons lancé des projets pilotes visant à améliorer la gestion de l'eau"
, précise Elisabeth Maret.
"Ils n'ont qu'indirectement un effet sur la température de l'eau, sans lien avec les centrales nucléaires. Grâce à ces projets, nous devrions avoir plus d'eau dans les cours d'eau à des températures moins élevées."

Projets pilotes

La centrale de Beznau a besoin d'environ 40 mètres cubes d'eau par seconde pour le refroidissement de ses réacteurs, soit
"relativement peu"
, selon Tobias Kistner, par rapport au volume de l'Aar, qui draine quelque 500
m3/seconde. Lorsque le niveau de l'eau est bas, ce volume passe à 280
m3/seconde.

"Il ne peut être question de pénurie de courant, ni en 2003, ni maintenant"
, déclare Claudio Ronchetti, de la section "énergie" du Département argovien des constructions, des transports et de l'environnement.
"La sécurité est également assurée. De plus, la Suisse a de toute façon décidé de sortir de l'énergie nucléaire..."

Le canton d'Argovie abrite trois des cinq centrales nucléaires suisses, Beznau I et II, et Leibstadt. Elles produisent 14 des 60 térawatt-heures dont a besoin annuellement la Suisse. Avec l'énergie hydraulique, le canton se targue de livrer près d'un kWh de courant sur trois produits en Suisse.

LA LIBERTE

 

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