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Chapitre IV (2)
Je rencontre un couple dont l’épouse est pakistanaise. Le jour où elle m’invite chez elle, je sonne, son mari vient m’ouvrir, il me fait asseoir dans un des fauteuils du hall d’entrée, la dame vient s’asseoir avec moi, ne me fait pas entrer plus loin dans l’appartement et très vite la conversation s’épuise…Nous ne nous reverrons plus…
J’ai envie de voir comment se présente la mosquée, au cas où Karim désirerait s’y rendre… J’y vais donc un jour à l’heure de la prière. Je suis accueillie très aimablement par des dames. Les hommes passent devant nous sans nous regarder. Une des dames me donne une longue jupe que je dois enfiler au-dessus de mes vêtements. La mosquée est plutôt une grande salle où l’on prie… Les hommes sont devant et les femmes forment une rangée au fond de la salle.
Tout le service se déroule en langue arabe.
A la fin, je rends ma jupe, les dames me saluent et tout le monde s’en va…
Aucune intention de lier… Je suis déçue en pensant à l’accueil des sœurs de Sayed…
Je n’y retournerai pas…
J’entre en contact avec un autre couple, ils m’invitent un soir à souper.
L’ambiance de leur maison est particulièrement froide… A table personne ne parle, les mets sont froids et on ne boit que de l’eau froide… même pas du thé.
Cela me rappelle une soirée passée dans la famille d’un pasteur calviniste…
Ca non plus ce n’est pas pour moi…
Surtout, je repense aux ambiances chaleureuse des repas au Pakistan. Même en haute montagne, sur les glaciers, quand nous n’avions qu’un plat de riz et lentilles ou de hunza soup, nous avons toujours bavardé et ri, beaucoup ri ! Les saveurs ont toujours été exquises… Et que dire des repas dans la famille de Karim ou de Sayed… « chaleureux » c’est vraiment le mot exact… chaleur et heureux …
Mais qu’ont-ils ces musulmans en Europe ? C’est comme si leur religion les empêchait de profiter de la vie, de rire, de jouir… Un repas c’est aussi une jouissance… Et quand on invite une personne à partager un repas, ce n’est tout de même pas pour tirer la tête…
Il est vrai que si je n’avais pas vécu dans des familles pakistanaises, je n’aurais pas remarqué qu’avec ces musulmans en Europe il y avait vraiment quelque chose qui clochait…
Une autre rencontre est encore plus étrange… Des personnes m’invitent pour un thé. Quand l’heure de la prière arrive, ils me disent que je dois aller à la toilette me laver les parties intimes avec de l’eau, d’ailleurs il y avait une bouteille d’eau à cet effet… Puis la dame m’affuble d’un vêtement qui me couvre de la tête aux pieds… Je m’effraye mais n’ose protester… Je n’y retournai pas non plus… Les sœurs de Sayed ne faisaient pas tant de simagrées…
Je trouve cela étrange… j’ai participé à des prières avec des personnes de différentes religions, jamais je n’ai rencontré de comportements aussi bizarres…
Dans les années 70, j’ai soigné de nombreux musulmans dans un hôpital « populaire » à Bruxelles et parmi eux l’attaché culturel de l’ambassade du Maroc.
Un jour, je lui avais avoué que les premiers contacts avec des patients « étrangers » m’avaient mise mal à l’aise. Il se mit à rire et répondit :
-« Mais pourquoi donc ? nous avons tous deux yeux, un nez et une bouche… enfin… si nous avons de la chance… »
Ces gens étaient comme tout le monde. Une famille m’avait rapporté un petit souvenir de La Mecque, je l’ai gardé en souvenir de leur bébé que j’ai soigné pendant de nombreux mois. Le père me disait chaque fois « le bébé s’appelle Isa, comme votre prophète Jésus… »
Pourquoi, vingt ans plus tard, ces musulmans d’Europe sont-ils devenus si frileux? Pourquoi n’ont-ils pas la convivialité et la chaleur de la famille sunnite de Sayed ou ismaélite de Karim ou shiite des porteurs Baltis ? ni la cordialité des femmes rencontrées dans la « maison de la prière » ? Ce qui me choque surtout avec ces musulmans d’Europe, c’est leur froideur, leur distance …et puis ce petit sourire de condescendance qui m’horripile… Je ne vais certainement pas emmener Karim chez des gens aussi tristes…
Un jour, un des ces messieurs me téléphone et m’explique qu’ils font une collecte pour soutenir leurs frères de Tchétchénie…
Qu’est ce que c’est que cela ? Je réponds que je n’ai pas les moyens de participer et que je m’occupe déjà de Pakistanais… Je n’aurai plus de nouvelles…
Un autre veut me faire un cours sur le conflit israélo-palestinien… Là pour moi c’est du charabia … et, non, je ne vais pas lire de livres car je suis absorbée par les Handicapped Village Children et les maladies tropicales…
Dans une librairie, à Bruxelles, j’ai une expérience déroutante… J’y entre pour acheter des livres sur l’islam. Ils ont des séries d’opuscules intéressants : la vie de Mohammed, le hijab de la femme musulmane, l’enseignement de la prière, les cinq piliers de l’islam…
Le monsieur est très gentil, j’y reste un bon moment, nous discutons, j’achète de nombreux livres mais quand, au moment de partir, je lui tends la main il me dit avec un sourire hautain :
-« Ah non… nous ne serrons pas la main des femmes… »
Ca par exemple… Au Pakistan non seulement on m’avait serré la main, mais on s’était serrés dans les bras les uns des autres…
Il y a vingt ans, ici même, à Bruxelles, j’ai massé les corps de dizaines de musulmans : des dos, des jambes, des bras… et maintenant on ne se sert même plus la main ?
Que leur arrive-t-il ?… C’est comme s’ils étaient devenus puritains, pour ne pas dire bigots… comme au temps de ma grand-mère…
Par contre dans une librairie arabe, à Genève, le vendeur s’empresse de me dire qu’il n’est pas musulman … mais il me conseille vivement d’acheter les 4 tomes du Bokhari qui, en effet, est des plus intéressants…
Mais bon, sur le moment, je n’ai pas fait trop d’attention à tout cela car mes journées étaient chargées : préparer l’arrivée de Karim en plus de mon départ en Inde me suffisait… Il faut dire aussi qu’au Pakistan j’avais vécu avec des gens normaux, tandis que les musulmans d’Europe semblaient des gens riches… j’avais même l’impression qu’ils me méprisaient…
Quand je raconterai tout cela à Karim il me répondra :
-« De toutes façons… c’est pas des ismaélites… moi, je ne mets pas les pieds chez ces gens-là … faut pas leur faire confiance… »
Cela me rappela que, quand il avait engagé les porteurs Balti, il avait dit que eux étaient trois shiites et nous étions trois ismaélites, s’il se passait quelque chose, on aurait été trois contre trois… étrange quand même…
Et quand il avait rencontré le frère de Sayed, il avait été très distant … Il refusera d’aller saluer Sayed parce que ce sont des sunnites…
-« Tu ne te rappelles pas ces types qu’on a vu à Skardu… ce sont des fanatiques, des extrémistes, des gens dangereux à qui on ne peut pas faire confiance… »
Un jour Sayed m’annonce une grande nouvelle : il a une fiancée ! ça par exemple… Il me la présente. Elle s’appelle Rita et est petite, boulotte, pas très jolie… très italienne du sud… Elle travaille comme femme de ménage dans un hôtel.
Sayed est assez ennuyé car il n’ose pas en parler avec ses parents parce qu’il a refusé les jeunes filles qu’ils lui avaient présentées … D’ailleurs il a toujours dit qu’il ne voulait qu’une fille très grande, blonde et fort belle… Là pour le coup c’est raté…
Entretemps je travaille normalement pendant la semaine, les week-ends nous allons en montagne, entre deux je vais à Genève pour préparer mon voyage en Inde… Je dois aussi faire un saut en Belgique pour aller saluer mes parents… Le temps passe fort rapidement.
Les fêtes de fin d’année passèrent et l’hiver et finalement le printemps commença à se faire sentir…

