De Bourdieu à Sadiq Khan

 

(Photo : Eric TSCHAEN/REA)

Je veux bien croire que Sadiq Khan était le candidat à la mairie de Londres le plus talentueux et le mieux préparé. Et peut-être a-t-il été élu sur son programme. Mais ce qui, en France, a captivé la presse, ce ne sont pas les programmes du travailliste et du conservateur, ce sont leurs pedigrees. Les médias ont résumé la campagne au face à face édifiant du fils d’un conducteur d’autobus pakistanais et du fils d’un milliardaire juif. Deux rejetons s’affrontaient et la victoire du musulman issu d’un milieu défavorisé a été saluée comme un signe d’ouverture.

Pierre Bourdieu a mis en évidence, dans un livre célèbre, le rôle de l’héritage culturel, « capital subtil fait de savoirs, de savoir-faire et de savoir-dire que les enfants des classes favorisées doivent à leur milieu familial » dans la sélection et la reproduction des élites. Il s’en est suivi une véritable chasse aux héritiers qui culmine aujourd’hui avec l’inversion multiculturaliste des critères de la noblesse. L’origine prévaut plus que jamais sur le mérite personnel. Mais la bonne généalogie a changé de définition. L’appartenance à la classe cultivée n’est plus un privilège, c’est désormais un handicap. Bien né est celui qui a grandi dans une banlieue grise, et non le malheureux qui a fait ses études à Eton.

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