JOURNAL DU MARDI 28 JUIN 2016 : LOI TRAVAIL : NOUVELLE MANIFESTATION SOUS HAUTE TENSION

 

Journal du Mardi 28 juin 2016

Société / Loi travail : nouvelle manifestation sous haute tension

2 500 policiers mobilisés, des fouilles systématiques, la 11ème manifestation contre la loi travail s’est tenue sous haute sécurité. Pendant ce temps au Palais du Luxembourg, les sénateurs ont voté une nouvelle version plus libérale de la loi El-Khomri. Pierre Bergerault

“Des consignes très fermes”. Pour encadrer cette 11ème manifestation anti loi travail, les policiers ont obtenu des ordres clairs, à savoir l’interpellation de toute personne en possession d’une arme, commettant des exactions, ou étant interdite de manifester. Dans ces conditions, le défilé du cortège parisien, parti à 14 heures de la place de la Bastille pour rejoindre la place d’Italie, s’est effectué normalement. Les forces de l’ordre ont tout de même interpellé plusieurs dizaines de personnes. Des manifestations se sont également déroulées dans le calme à Montpellier, Rennes et Lyon. Pourtant, le climat entourant la loi travail s’est durci la semaine dernière avec la dégradation des sièges de la CFDT à Paris et de la CGT à Montreuil. Des permanences PS ont subi le même sort dans la Capitale, dans le Gard et en Côte d’Or.
Une ambiance qui ne risque pas de s’apaiser. Ce mardi, les sénateurs, majoritairement à droite, ont en effet voté la loi travail après l’avoir modifiée. Ils ont adopté le très controversé article 2 qui institue la primauté des accords d’entreprises sur les accords de branches et réinscrit l’instauration d’un plafonnement des indemnités en cas de licenciement non justifié. Les parlementaires ont surtout fait sauter les 35 heures en donnant la possibilité aux entreprises de revenir à 39 heures, même sans accord. Une version libérale qui sera certainement revue et corrigée par les socialistes lors du retour du texte à l’Assemblée à partir du 5 juillet. Si le gouvernement campe sur ses positions, les syndicats ont d’ores et déjà prévenu qu’ils continueraient leur action le mois prochain. Selon un sondage, 73 % de Français estimeraient “choquant” un nouvel usage du 49-3. Manuel Valls compte donc profiter des vacances pour faire passer la pilule. En attendant, mercredi et jeudi, le premier ministre recevra les responsables des grands syndicats salariés et patronaux pour simplement “faire le point”. Pas question d’ouvrir de nouvelles négociations.

Union Européenne / Un Brexit et puis rien

Le Brexit aura-t-il lieu ? 5 jours après le vote britannique en faveur d’une sortie de l’Union Européenne, rien n’indique que le rejet de Bruxelles sera entendu par les élites anglaises et européennes. Eléments de réponse, Alexandre Rivet.

Et si le référendum sur le Brexit accouchait du même fiasco que le référendum français de 2005 sur la constitution européenne ? C’est la question qui peut être posée seulement 5 jours après le vote britannique contre Bruxelles. Mardi, les chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE se réunissaient pour la 1ère fois depuis le référendum et la tendance serait de jouer la montre faute de projet alternatif pour l’Europe. En effet, Londres ne peut quitter l’Union Européenne qu’en invoquant officiellement l’article 50 du traité de Lisbonne régissant le départ d’un Etat membre. Angela Merkel miserait notamment sur un enlisement des tractations pour la sortie afin de faire gagner, auprès de l’opinion, l’idée d’un risque économique grave pour les Britanniques en cas de sortie. Avec son habituel double discours, la chancelière allemande évoque la nécessité d’une utilisation rapide de l’article 50 tout en affirmant qu’il faut laisser le temps de la réflexion aux britanniques.

Après ces déclarations, le directeur de la chancellerie allemande, Peter Altmaier, est même allé jusqu’à envisager la tenue d’un 2nd référendum. Côté britannique, le gouvernement conservateur en place, hostile à la sortie du giron bruxellois, entend également jouer la montre. Le ministre des finances britannique Georges Osborne rappelle que seule la Grande-Bretagne peut activer l’article 50 et que le gouvernement prendra le temps nécessaire pour organiser la sortie de l’UE.

L’heure est donc à la temporisation, un temps qui sera précieux et permettra aux défenseurs de l’Union Européenne de convaincre l’opinion à grand coup de sondages et de rapports défendant l’idée que le Brexit mettra en péril l’économie britannique. Les arguments de la sécession de l’Ecosse et de la réunification de l’Irlande pourraient aussi peser dans la balance. Une pétition réclamant un 2nd référendum aurait d’ailleurs atteint près de 4 millions de signatures. Si le Brexit a bien lieu, l’UE devra redéfinir un projet politique, et pour l’instant aucun chef d’Etat n’est capable de proposer une alternative…

Social / Pass Navigo : les Franciliens payent l’addition

“Une hausse limitée à 3 euros”. Dès le 1er août, le prix du Pass Navigo passera de 70 à 73 euros. Lundi, la présidente de la Région Ile-de-France, Valérie Pécresse, a négocié un accord avec Manuel Valls pour combler le déficit de financement du Pass Navigo. En septembre dernier, l’ancien président de région, Jean-Paul Huchon, avait lancé un Pass Navigo à tarif unique. La décision avait laissé une ardoise de 300 millions d’euros.
Pour combler le trou, l’accord prévoit une augmentation de taxe sur l’essence et sur les entreprises franciliennes. En échange, la présidente de la région Ile-de-France, Valérie Pécresse, promet des investissements routiers et assure que les entreprises seront les premières bénéficiaires de la modernisation des transports. De son côté, l’augmentation du prix du Pass Navigo servira à rénover et renouveler le matériel roulant. Pour Stéphane Beaudet, vice-président Les Républicains chargé des transports de la région, il s’agit d’une augmentation normale. Sans cet accord, les Franciliens auraient sans doute payés plus cher. C’est ce que nous rappelle le conseiller régional Les Républicains Vincent Jeanbrun.

International / La Turquie en quête d’ami

Erdogan tente de s’extraire de son ostracisme. Le président turc souhaite par tous les moyens d’apaiser les différentes tensions diplomatiques de son pays. 8 mois après l’attaque contre l’avion russe, où un soldat avait perdu la vie, Recep Tayyip Erdogan a présenté ses excuses à Vladimir Poutine ainsi qu’à la famille de la victime. Au moment de l’attaque, les Turcs avaient considéré que l’aviation de Moscou, en opération sur le sol syrien, avait violé son espace aérien…
Dans le même temps, la Turquie était en froid, depuis les années 2010, avec Israël après une tentative d’Ankara de forcer le blocus contre Gaza entrainant la mort de 10 soldats turcs. Ainsi, après 6 ans de rapports tendus, Israël et la Turquie ont scellé un rapprochement dont se félicite l’ONU. Une rencontre entre les ambassadeurs des deux pays devrait être rapidement organisée pour officialiser le rapprochement. Benjamin Netanyaou s’est d’ores et déjà réjoui de la nouvelle, gage d’opportunités économiques, notamment pour le secteur gazier. Du côté des Etats-Unis, John Kerry, le secrétaire d’état chargé des affaires étrangères, considère que cette sortie de crise jouera un rôle positif dans la stabilité du Moyen-Orient. Pour mieux comprendre la stratégie turque, nous avons joint le spécialiste T. Josseran.

Alors que l’adhésion de la Turquie à l’Union Européenne apparaît comme un véritable spectre depuis de nombreuses années, ce retournement d’Ankara vis à vis de Moscou et de Jérusalem n’est pas sans conséquence pour Bruxelles.

L’actualité en bref

– Taubira renoue avec ses vieux amours. Lors du festival Solidays, l’ancien Garde des Sceaux s’est fait copieusement huer pour sa prise de parole sur le thème “rompre avec l’indifférence”. Les quelques 30 000 spectateurs ont reproché la récupération politique entre sifflements et cris ! La mésaventure de l’icône de la gauche n’est pas une première. En 2012 à l’Assemblée nationale puis en 2013 à Lyon lors d’un rassemblement de La Manif Pour Tous, le ministre avait déjà fait l’expérience d’une contestation bruyante…

– Bernard Laporte en campagne ! L’actuel entraîneur du RC Toulon, ancien sélectionneur de l’équipe nationale de rugby et ex-secrétaire d’Etat chargé des sports de François Fillon, se consacre à présent à la présidence de la Fédération Française de Rugby. L’un des principaux engagements du candidat serait de redresser la formation du Rugby français. Pour ce faire, Bernard Laporte aimerait transférer l’argent du rugby professionnel vers le rugby amateur encourageant ainsi le développement de centres de formations. Une mesure qui permettrait selon lui d’arrêter le recrutement de joueurs étrangers et de privilégier les joueurs français.

– L’Etat matraquant la liberté. C’est le sous-titre de la “fresque” réalisée à Grenoble par Goin, un “artiste” de street art. On y voit 2 policiers passant à tabac une Marianne. L’un d’entre eux brandit un bouclier où il est inscrit 49-3. Le président du Conseil départemental de l’Isère, Le Républicain Jean-Pierre Barbier, a qualifié la fresque de honteuse. De son côté, le maire écologiste de la ville, Éric Piolle, précise que ce graffiti a été réalisé dans le cadre d’un festival et se garde bien de préciser que l’”oeuvre” urbaine, réalisée au pochoir, aura coûté 25 000€… On comprend que pour rémunérer l’artiste… la ville ait choisi de suspendre les subventions pour la musique classique.

– BFM rejoue Véronique et Davina version Ramadan. La chaîne d’info donne des conseils pour rester en forme pendant le ramadan. Enfilez votre hidjab, vos baskets et suivez les cours de fitness de Sylvie Eberena. Un programme non pas sur Al Jazeera donc, mais… sur BFM. Musulmane et mère célibataire, Sylvie Eberena publie, sur sa page facebook “Fit Sister”, des vidéos de sport mais aussi des conseils nutritifs pour les musulmans pendant le ramadan. Pour le “ramadan challenge”, elle conseille d’oublier les makrouds et autres cornes de gazelle, pour les garder pour l’Aïd, la fête qui clôt le ramadan.

C’est la fin de notre édition ! Dans un instant, un nouvel épisode de “La Petite Histoire” avec Christopher Lannes. La royauté, le directoire, le consulat, l’empire… Joseph Fouché a servi tous les régimes, tous les hommes, avec toujours le même souci de trahir. Laid, disgracieux, il n’aura de cesse de prendre tout au long de sa vie sa revanche sur une société catholique et royale au sein de laquelle il n’avait pas sa place. En tant que révolutionnaire puis ministre de la Police de Napoléon, il n’hésitera pas à éliminer ses opposants tout en faisant fructifier sa fortune. S’il a inventé la police moderne et posé les bases du renseignement généralisé, Fouché a laissé dans l’Histoire l’image froide et glacial d’un homme sans scrupule ni remords marqué par la Terreur et la haine de la France traditionnelle.

 

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