Journal du Mercredi 29 juin 2016 : La Turquie frappée par des attentats-suicides

 

Journal du Mercredi 29 juin 2016

Terrorisme / La Turquie frappée par des attentats-suicides

La Turquie frappée par le terrorisme. Mardi soir vers 21 heures, 3 kamikazes ont actionné leur ceinture d’explosifs à l’entrée de l’aéroport d’Istanbul. Plusieurs dizaines de personnes ont perdu la vie et 239 ont été blessées, parmi elles 2 Français. Si aucune revendication n’a été communiquée, les premiers indices conduisent à l’Etat islamique. Pierre Bergerault

Une attaque très symbolique à l’aéroport Atatürk ! Les 3 individus sont arrivés à l’aéroport à bord d’un taxi. Ils ont ouvert le feu sur des passagers et des policiers avec des Kalachnikov, avant de se faire exploser. Selon le premier ministre turc, le mode opératoire pointe directement Daech. Le pouvoir islamo-conservateur d’Ankara semble payer son incohérence en matière diplomatique. La Turquie a déjà été frappée à 8 reprises cette année tant par l’Etat islamique que par les Kurdes notamment du TAK, une émanation du Parti des Travailleurs du Kurdistan. Depuis plusieurs années, la Turquie joue un rôle ambigu avec l’Etat islamique profitant du pétrole à bas coût de l’organisation terroriste. Le tout en ponctionnant l’Union européenne pour accueillir les milliers de réfugiés fuyant la crise en Irak et en Syrie. Le jeu trouble du président Erdogan semble donc se retourner contre lui.
Comme un appel à l’aide, le chef d’Etat turc s’est excusé lundi auprès de Vladimir Poutine d’avoir abattu un avion de chasse de l’armée russe en novembre dernier. Il s’est également réconcilié avec Israël et l’Egypte. Ces trois pays ayant tous eu maille à partir avec les terroristes. Le président Erdogan en appelle désormais aux pays occidentaux pour mener la bataille contre le terrorisme. Nous avons joint le spécialiste de la Turquie T. Josseran, attaché de recherches à l’Institut de stratégie comparée. Il nous explique pourquoi les terroristes ont ciblé l’aéroport d’Istanbul.

Les liens qu’ont entretenus la Turquie et l’Etat islamique ne sont plus à prouver. Tancrède Josseran nous explique donc pourquoi Daech se retourne contre Ankara.

Social / Loi El Komhri : la rue, le Sénat et le 49.3

Les opposants à la loi travail se sont rassemblés mercredi pour la 11ème manifestation contre le texte du ministre El-Khomri. Une mobilisation en demi-teinte rassemblant entre 60 000 et 200 000 personnes sur l’ensemble du territoire et entre 15 000 et 50 000 personnes à Paris. 81 interpellations sont à dénombrer dont 41 pour le seul rassemblement parisien. Des arrestations majoritairement effectuées en amont des cortèges par les forces de polices quadrillant les parcours. Des incidents ont également éclaté à Rennes et Paris mais dans des proportions bien moindres que lors de la manifestation du 14 juin.
Un net recul de la mobilisation donc mais qui a le mérite de maintenir la pression sur le gouvernement alors que Manuel Valls et François Hollande ont fait du vote du texte une priorité pour la fin du quinquennat. La modification de la loi par la majorité de droite au Sénat donnant au texte des allures très libérales ne devrait être qu’anecdotique. La prééminence de l’Assemblée Nationale sur le Sénat rend ce genre de petites opérations de parasitisme parlementaire inutile.
Plus que le texte, qui ne présente qu’un intérêt mineur et ne satisfait aucun camp, le maintien de la loi travail représente pour le gouvernement une ultime épreuve politique. Et une fois encore, François Hollande est à la manœuvre et agit habillement, utilisant son 1er ministre comme fusible. Le chef de l’Etat espère bénéficier de l’autorité que veut incarner Manuel Valls quitte à ce qu’il perde un peu plus en popularité. Si François Hollande a pris ses distances avec le 49-3, cela n’empêchera pas le locataire de Matignon de l’utiliser et donc de faire un dernier pied de nez à la gauche de la gauche.
Pour l’instant le couple Hollande-Valls joue la montre et compte profiter des vacances pour voir la mobilisation s’essouffler en espérant que le mouvement ne reprendra pas à la rentrée. En cas de promulgation du texte, le président aura réussi son pari et passera à la dernière phase de son quinquennat : arroser son électorat communautariste et sociologique, à savoir les banlieues et les bobos pour se refaire une santé avant l’élection présidentielle.

Société / 2,7 millions d’enfants pauvres en France

La crise n’est pas terminée pour ceux qui en douteraient encore… et les effets à long terme continuent à se faire sentir… D’après une étude de l’INSEE, en France, 1 enfant sur 5 vit sous le seuil de pauvreté, ce qui représente 2,7 millions d’enfants. Le modèle social français qui fait rêver le monde entier n’est manifestement pas si exemplaire. Natasha Koenigsberg

10 % : chaque enfant enlève 10 % de niveau de vie à la famille dans laquelle il vit, et ce, malgré les allocations familiales… Résultat, l’INSEE est formelle sur ce point, le niveau de vie des foyers AVEC enfants est toujours inférieur à la moyenne du niveau de vie des foyers SANS enfants.
Mais que l’on ne s’y trompe pas : ce n’est pas qu’une question d’argent, mais aussi bien évidemment de temps ! L’arrivée d’un enfant dans un foyer, ou la charge de plusieurs, empêche bien souvent un des 2 parents de travailler, ou le contraint à se mettre à temps partiel, ou encore, en congé parental. Là encore, même avec une compensation financière, comme le congé parental d’éducation, les revenus du foyer sont toujours inférieurs à ce qu’ils étaient avant. La charge de famille est aussi souvent un handicap sur le marché du travail. On nous rebat les oreilles avec la discrimination à l’embauche eu égard au nom de famille, au faciès ou à l’adresse, mais il ne fait pas bon non plus, surtout pour une femme, indiquer sur un Curriculum Vitae avoir 3 enfants, ou plus. L’effet est fortement dissuasif.
Si l’on ajoute le fait qu’avec un, ou plusieurs enfants, forcément, le budget logement augmente proportionnellement avec la taille de la famille, on comprend aisément pourquoi les familles nombreuses sont aussi les plus pauvres. 22,6 % des familles avec 3 enfants ou plus vivent sous le seuil de pauvreté en France, en 2016… C’est à dire près d’une famille nombreuse sur 4 ! Il y avait 2,3 millions d’enfants pauvres en 2008, ils sont 400 000 de plus en 2016.
Et n’allez pas croire que familles nombreuses en difficulté égale forcément immigration. Les statistiques, là encore, sont très claires : la perte de revenus, le poids des charges, le problème du logement et les difficultés sur le marché du travail touchent indifféremment les pères et mères de famille nombreuses, quelles que soient leurs origines. Pire encore : les familles nombreuses autochtones en difficulté sont bien souvent isolées, ne bénéficiant de pas ou de peu de soutiens, par pudeur ou par honte…
C’est évidemment tout le contraire pour les familles nombreuses d’origine étrangère, vivant en communauté solidaires, soutenues par des associations souvent gorgées de subventions publiques. Quant aux logements sociaux, inutile de vous faire un tableau : 60 % des familles françaises ont le droit de déposer un dossier pour obtenir un appartement en HLM, en fonction de leurs revenus… mais dans les faits, bien peu le font, on sait évidemment pourquoi….

International / Le rêve saoudien devenu cauchemar

Après les travailleurs détachés sous-payés, les expatriés “pas payés” du tout ! Décidément, l’Arabie Saoudite a plus d’un tour dans son sac. Sous ses airs d’opulence sans borne, la pétromonarchie est loin d’avoir intégré la redistribution des richesses… et les traitements décents pour ses employés. Floriane Jeannin

La société de BTP Saudi Oger, fondée par Rafiq Hariri, hommes d’affaires et politiques libanais assassiné en 2004, met ses employés à la diète. Voilà déjà plusieurs mois que la firme ne paie plus ses salariés. Parmi les concernés, quelque 200 Français expatriés, contraints de vivre dans des conditions précaires… Comptes en banque vides, frigo vides et avenir plutôt noir en perspective. Si certains ont honte d’oser dénoncer la situation, d’autres ont toutefois décidé de s’exprimer pour obtenir réparation. La question va toutefois au delà de l’entreprise qui bafoue les droits de ses salariés. En effet, si certains reprochent la gestion à Saad Hariri, actuellement à la tête du fleuron, la direction de Saudi Oger considère que l’entreprise ne peut plus payer ses salariés à cause des retards de paiements accumulés de ses clients. Le problème, c’est que le principal client n’est autre que la famille royale, laquelle considère toutefois qu’elle a déjà versé une partie de ses dus, en temps et en heure, mais que les banques saisissent au fur et à mesure les fonds, tant Saudi Oger va mal.
Par ailleurs, une bonne partie des chantiers de l’entreprise était ni plus ni moins des cadeaux offerts à droite et à gauche, sans qu’une rémunération officielle… en bonne et due forme, ne soit prévue. Pour autant, les employés ne comptaient pas leurs heures. Certains confient avoir enchaînés les semaines de 70h… souvent dans des conditions très dures, tout ça, pour ne pas être payés à la fin du mois. Certains expatriés français ont été contraints de rentrer, pour finalement se rendre compte que leurs cotisations sociales n’avaient pas été versées. D’autres salariés de la Saudi Oger sont tout bonnement coincés dans la pétromonarchie car privé de leur “iqama”, le permis de travail saoudien… et sans ce sésame, les comptes bancaires sont bloqués… Bertrand Besancenot, l’ambassadeur de France à Riyad, a envoyé de nombreuses missives à Saad Hariri, sans aucune réponse. Le quai d’Orsay s’est quant à lui contenté de conseiller aux intéressés de joindre l’administration saoudienne… sans doute n’y avaient-ils pas pensé tout seuls !

L’actualité en bref

– Cadeaux électoraux de François Hollande ! Ce mercredi, la Cour des comptes a estimé possible la réduction du déficit public pour l’année 2016 de 3,5 à 3,3 %. En revanche, avec les annonces de nouvelles dépenses publiques de Manuel Valls pour 2017, la facture va être extrêmement salée. En effet, le dépassement serait estimé entre 3,2 à 6,4 milliards d’euros. Impossible donc pour la France de passer en dessous du seuil des 3 % de déficit public prônés par Bruxelles. 2017 étant l’année de la présidentielle, il ne serait pas surprenant que François Hollande sorte le carnet de chèques en vue d’une réélection plutôt que de s’atteler aux économies pour le bien commun.

– Rebondissement du CAC 40 ! La bourse de Paris continue sa remontée amorcée mardi, affichant une hausse de 1,41 % ce mercredi matin. Même chose pour le Footsie londonien qui prend 1,60 %. Si cette hausse de l’indice boursier français est prometteuse, cela ne compense pas la chute spectaculaire de 11 % à la suite du Brexit. Ces envolées boursières ont 2 causes. Premièrement, le fait que la Banque centrale européenne soit en alerte et puisse intervenir à tout moment rassure les investisseurs, et deuxièmement, le peu d’empressement de David Cameron à entériner le Brexit donne un répit permettant d’analyser la situation. L’Armagedon économique promit par les anti-Brexit n’est donc pas au rendez-vous !

– Qui joue avec le feu se brûle ! Mardi, lors de la manifestation contre la loi travail à Rennes, un manifestant s’est brûlé pendant qu’il mettait le feu à un drapeau français. En effet, le feu s’est propagé dans les gants que portait l’individu. Après avoir été hospitalisé, l’homme a terminé en garde à vue. Ce geste reflète bien le regard que portent certains manifestants sur les symboles de la France.

– “Tous à poil au travail” ! Il suffit d’un lapsus pour changer les mœurs des gens. Le 23 juin dernier, lors d’un discours sur l’innovation, le président de la Biélorussie, Alexandre Loukachenko, a fait un lapsus mémorable en déclarant : “nous devrions nous déshabiller et travailler” au lieu de “nous devrions nous améliorer et travailler”. Résultat, les 9,5 millions de Biélorusses sont allés travailler complètement dénudés. Et pour prouver leur bonne foi, beaucoup ont posté sur les réseaux sociaux des photos avec la légende “Tous à poil au travail”.

C’est la fin de notre édition ! Dans un instant, un “Zoom” spécial “Juvin en libertés”. Pour sortir de la France et de l’Europe, Hervé Juvin a choisi, avec quelques invités, de jeter un regard sur plusieurs pays du monde, méconnus, oubliés ou quelques fois, mal interprétés. Pour ce Zoom spécial “Juvin en Libertés”, l’expert se fait animateur et journaliste en accueillant Come Carpentier de Gourdon, directeur de l’importante revue internationale “World Affairs” qui traite de l’actualité de l’Asie du Sud-Est. Come Carpentier de Gourdon réside à New Delhi et est un spécialiste reconnu de l’Inde.

 

Extrait de: Source et auteur

Suisse shared items on The Old Reader (RSS)