JOURNAL DU MERCREDI 14 SEPTEMBRE 2016 : SOCIÉTÉ / DÉRADICALISATION : LA DÉSINTOXICATION IMPOSSIBLE ?

TV libertés

 

Journal du Mercredi 14 septembre 2016

Société / Déradicalisation : la désintoxication impossible ?

Des centres de déradicalisation pour lutter contre l’islamisme ! C’est l’idée lumineuse du gouvernement pour tenter de juguler la fièvre terroriste sur le territoire français : un premier centre va bientôt ouvrir en Indre et Loire alors que près de 12 000 cas jugés suspects ont été identifiés… Olivier Frèrejacques

12 000 individus suspectés de “radicalisation”, c’est-à-dire 12 000 potentiels terroristes – identifiés – sur le territoire français. Pour lutter contre ce fléau, le gouvernement entend ouvrir des centres de prévention et de lutte contre l’endoctrinement. Les personnes ciblées sont essentiellement des jeunes dont la formation idéologique s’est faite en grande partie sur internet à grand renfort de vidéos de propagande de l’Etat Islamique. En mars 2015, ils étaient 3 100 individus détectés par les services français. On assiste donc à une augmentation de près de 70 %. Et à mesure que Daesh perd du terrain en Syrie et en Irak, le nombre de terroristes potentiels ne cesse pas d’augmenter.
Pour contrer ce phénomène, les centres de déradicalisation peuvent paraître dérisoires : au programme, intervention d’équipes d’éducateurs, lever 6h45, salut du drapeau une fois par semaine, sport, cours d’histoire, enseignement sur l’islam et théorie du complot… Un programme nourri de bonnes intentions qui mobilise des éducateurs mais aussi un important personnel pour observer les 18 caméras scrutant en permanence les pensionnaires, faisant de ces centres de véritables émissions de télé réalité du djihadisme… Pour reformer l’esprit critique des pensionnaires, ces centres sont censés accueillir les apprentis djihadistes pendant 10 mois et ne s’adressent qu’à des individus n’ayant pas franchi le pas du départ au Moyen-Orient…
Ces “centres sociaux” pour djihadistes en puissance suscitent déjà de nombreuses interrogations quant à leur capacité à contrer les velléités des apprentis terroristes. La méthode intrigue, la “gestation républicaine” préconisée par la place Beauvau peine à convaincre les travailleurs sociaux et le regroupement des jeunes radicalisés au sein de “promotions” à la manière des grandes écoles risque de pousser ces derniers à une forme de surenchère provocatrice et créer ainsi l’effet inverse du but initialement prévu. De plus, ces centres vont permettre la mise en contact de nombreux individus animés par la même volonté de servir l’Etat islamique et probablement permettre la formation de réseaux qui demain pourraient former l’avant-garde du djihadisme en France…

Politique / La Manif pour Tous publie ses propositions

La Manif pour Tous reprend le combat. A quelques jours de son université d’été et à un mois de la prochaine manifestation à Paris, La Manif Pour Tous a dévoilé ses 40 mesures choc pour “la famille et l’intérêt de l’enfant”. Floriane Jeannin.

A 8 mois de l’élection présidentielle, La Manif Pour Tous s’impose dans le débat. Avec un carnet de 40 propositions envoyées à tous les candidats à l’Elysée, l’association née de l’opposition contre la loi Taubira met le cap sur 2017. L’objectif général est simple, remettre la famille traditionnelle au coeur de la société, et la valoriser en prenant en compte son apport économique et culturel. D’un point de vue très pragmatique, avec l’augmentation de bénéficiaires de la retraite ainsi que la baisse de l’indice de fécondité en France, la famille apparaît comme un moteur de l’économie dont le pays ne peut se passer. Malgré cela et alors que les Français sont majoritairement attachés à la famille, les politiques semblent la mépriser. En effet, au cours du quinquennat de François Hollande, les attaques ont plu en trombe. A titre d’exemple, on peut citer la double baisse du quotient familial, la mise sous condition des allocations familiales et le décalage de la prime à la naissance.
De nombreuses études sociologiques ont prouvé que ces décisions ont créé de nouvelles inégalités, et surtout dans les familles nombreuses. Pour rétablir ces injustices, la Manif Pour Tous compte bien se faire entendre. Au delà des considérations économiques, l’association remet en avant ses premiers combats. Ainsi, la réaffirmation de l’interdiction de la GPA et l’encadrement strict de la PMA figurent parmi les priorités. Au delà du contenu de ce rapport, c’est sa portée qui intéresse, car s’il est transmis aux principaux responsables politiques et surtout aux candidats à la présidentielle, la question reste entière quant à l’avenir de ces mesures pour la famille.
Parallèlement à cette initiative, Sens Commun, le mouvement pro-famille issu de la Manif Pour Tous au sein de l’UMP, a d’ores et déjà accordé son soutien à l’ancien premier ministre François Fillon dont les positions sur la loi Taubira ne sont pas très claires. Pourtant, deux autres candidats à la primaire, Jean-Frédéric Poisson et Hervé Mariton ont quant à eux toujours été catégoriques sur leur volonté d’abroger la loi. Leur faible chance de l’emporter a peut être fini de convaincre Sens Commun de miser sur un cheval capable d’être à l’arrivée du tiercé. Quoi qu’il en soit, 3 ans après la promulgation de la Loi Taubira et malgré l’immense succès de la Manif Pour Tous, les Français semblent en partie avoir renoncé à ce combat. Les propositions économiques de l’association pro-famille sauront peut-être les remobiliser sur le sujet.

Social / Les emplois aidés ont explosé

“Ca va mieux” sur le front de l’emploi ! Si on écoute François Hollande ou encore Manuel Valls, la fameuse “courbe du chômage” s’est inversée en 2016, après 5 années de hausse consécutive. Seulement voilà, quand on regarde les chiffres de plus près, l’embellie est plus que trompeuse : explications Natasha Koenigsberg.

A force d’annoncer que la courbe du chômage allait s’inverser avant la fin de son quinquennat, et surtout d’en faire la condition sine qua non pour pouvoir se représenter, il fallait que cela arriva… Quitte à tout faire pour. Et c’est effectivement ce que le gouvernement socialiste a fait. D’abord, en multipliant les motifs permettant de sortir les chômeurs de la catégorie A, en les versant dans d’autres catégories, non comptabilisées dans les chiffres du chômage… en tout cas, pas ceux qui sont médiatisés, ou encore utilisés dans les comparatifs internationaux. Ensuite, en utilisant la ficelle, la corde, le câble, vieux comme le monde des emplois aidés. Rien que sur l’année 2015, le nombre d’emplois aidés a fait un bond de plus de 15 %, concernant près de 450 000 salariés en France… des salariés dont, en moyenne, l’Etat, donc, vos impôts, prend en charge près d’un tiers du coût….
Pour 2016, les chiffres ne seront pas connus avant 1 an, soit, après l’élection présidentielle évidemment, mais tout porte à croire que le nombre d’emplois aidés par l’Etat a littéralement explosé. Rien que la prime à l’embauche de 500 euros par trimestre, instaurée au premier janvier 2016 pour les nouveaux emplois inférieurs à 1,3 Smic, avait déjà dépassé ses objectifs annuels au moins de juin dernier. Le gouvernement a promis de continuer à mettre au pot pour financer cette aide, équivalent à 4 000 euros par emploi sur 2 ans… on parle de milliards d’euros d’argent public.
Résultat, aux moins les 2 tiers des créations d’emplois enregistrées depuis le début de l’année, et dont le gouvernement se gargarise en se félicitant de l’efficacité de son action, sont en fait des emplois aidés, avec prise en charge intégrale des charges par l’Etat, ce qui peut coûter jusqu’à 1 000 euros par mois et par emploi… ou bien encore, il s’agit d’emplois stimulés par l’aubaine d’une prime à l’embauche de 500 euros par trimestre, emplois qui auraient de toute manière le plus souvent été de toute façon créés… en raison du roulement naturel du à la mobilité professionnelle ou à la croissance des entreprises …
Mais que se passe-t-il quand ces aides s’arrêtent ? Dans le secteur non marchand, c’est à dire associatif ou public, 6 emplois sur 10 ont disparu 6 mois après la fin du soutien financier de l’Etat… Dans le secteur marchand, c’est un peu mieux, avec 6 emplois sur 10 maintenus après 6 mois. Dans tous les cas, et toutes les études le confirment, l’efficacité des aides à l’emploi est médiocre, et elles coûtent cher, très cher aux finances publiques… 2 milliards d’euros rien que pour la prime embauche PME… Mais en période électorale, tous les moyens sont bons pour pour tenter de présenter le meilleur bilan possible… afin de pouvoir dire “vous voyez, comme promis, grâce à moi “ça va mieux”.

Social / Arkopharma : “délester pour engranger”

Les commerciaux du laboratoire Arkopharma font de la résistance ! Alors que l’entreprise enregistre une hausse de son bénéfice, la direction a décidé un plan social unilatéral. Les employés, sous la menace d’un licenciement, attendent l’avis de la Direction régionale des entreprises, la DIRECCTE. Pierre Bergerault

Travailler plus pour être licencié, telle est la devise du laboratoire Arkopharma ! Fin 2015, l’entreprise réalisait un bénéfice net de près de 19 millions d’euros, en hausse par rapport à 2014. Malgré ce bon résultat, la direction a demandé un plan social visant à remplacer les commerciaux expérimentés par des débutants. Son but : générer environ 1 million d’euros d’économie pour faire plus de bénéfices à la revente d’Arkopharma prévue dans 2 ou 3 ans. Sur les 78 commerciaux, 41 ont refusé l’avenant de leur contrat de travail prévoyant une baisse de leur rémunération. Une mesure de licenciement est actuellement en cours à leur encontre.
Tous âgés d’une cinquantaine d’années, la crainte de ne pas retrouver de travail les hante. Cette crainte du chômage a de lourdes conséquences sur la santé des commerciaux : troubles du sommeil, problèmes familiaux, le tout conjugué à une forte pression sur leurs résultats. En effet, cette année, l’objectif programmé est en hausse de 9 % par rapport à 2015. Un taux jamais atteint précédemment. Pour preuve, en janvier 2016, seul un quart des commerciaux était parvenu au chiffre d’affaire demandé. En cause : moins de produits, plus de petites pharmacies, mais aussi une hausse des prix et un arrêt des remises. Enfin, alors que la direction promet un départ avec 42 mois de salaire, les 41 personnes concernées arrivent à peine à en négocier 6. Le plan n’a, pour le moment, obtenu l’accord ni du Comité d’entreprise, ni du Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail, le CHSCT, ni des organisations syndicales. La Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi, la DIRECCTE, rendra son avis à la fin de la semaine prochaine. Cédric Dennel, commercial, membre du CE et délégué du personnel, nous explique pourquoi il garde espoir :

L’actualité en bref

– JCDecaux fait son beurre à Paris. 16 millions d’euros : c’est le montant de la facture des Velib’ en 2013 pour la mairie de Paris. L’Inspection générale de la ville qui fustige ce coût a par ailleurs épluché le contrat d’exploitation du gestionnaire JCDecaux. Elle pointe un manque de transparence dans les comptes et des engagements non tenus de la part de Somupi, la filiale de JCDecaux chargée des Vélib’. Toujours selon l’Inspection générale, la rédaction du contrat, déjà modifiée par 3 avenants, ferait courir des risques à la ville de Paris. L’ancien maire, Bertrand Delanoë, avait pourtant affirmé qu’elle recevrait une redevance annuelle de 3 millions d’euros. Malgré tout, en juillet, JCDecaux a bénéficié d’une rallonge de 10 mois de son contrat qui arrivait à terme en février 2017.

– Le Pape rend hommage au père Jacques Hamel. Ce mercredi, au Vatican, le Pape François a célébré une messe à la mémoire du prêtre égorgé en juillet par des djihadistes dans son église de Saint-Etienne du Rouvray, près de Rouen. Dans la chapelle moderne de la résidence Sainte-Marthe, devant 80 pèlerins du diocèse de Rouen, le Souverain pontife a déclaré que tuer au nom de Dieu était “satanique” rappelant que le père Hamel avait nommé son agresseur en disant “va-t’en Satan”. Le Pape a également indiqué que l’Eglise comptait aujourd’hui plus de martyrs que dans les premiers siècles.

– Russie Unie, le parti de Vladimir Poutine en tête des sondages. A l’approche des élections législatives russes du 18 septembre, TV Libertés s’est procurée en exclusivité les sondages récents. Russie Unie est autour de 50 %. Le Parti libéral-démocrate de Vladimir Jirinovski à 12 %, doublerait pour la première fois le Parti communiste. Ce dernier, en baisse, serait à 8 % et Russie juste, classé au centre gauche, à 5 %.

– Les hackers mettent le doigt sur la seringue. Un mois après l’exclusion définitive par le Comité International Olympiques des athlètes russes pour être mêlés à un vaste système de dopage, le collectif de hackers russes, Fancy Bears dévoile des documents prouvant que des athlètes américaines prenaient des substances interdites. Les sœurs Williams, ainsi que la gymnaste Simon Biles font partie de la liste. Le CIO a d’ores et déjà déclaré que c’était un coup de com’ pour souiller les athlètes propres. En effet, selon l’organisme, les athlètes ciblées étaient autorisées à prendre les substances incriminées pour des raisons thérapeutiques. Une tolérance à laquelle n’avait pas eu droit à Maria Sharapova… suspendue pour un cas similaire.

C’est la fin de notre édition ! Dans un instant, notre “Zoom” du jour. À l’occasion des élections législatives croates anticipées du 11 septembre 2016, Nicolas de Lamberterie a interrogé pour TV Libertés l’ancien professeur en sciences politiques et ancien diplomate Tomislav Sunić à Zagreb. Ils aborderont notamment le bilan de l’indépendance et les impasses du nationalisme en Croatie ainsi que l’impact de la crise migratoire sur le pays.

Ce soir retrouvez “Perles de culture”. Anne Brassié et Frédéric Pic vous conseillent les films « Mimosa », « Voir du pays », « Clash » et « Free State of Jones ». Dans son ouvrage “L’imposture de l’art contemporain”, Aude de Kerros démontre comment ce milieu fonctionne de manière très politisée. Enfin, Jean-Luc Jeener vous invite dans son théâtre, le théâtre du Nord-Ouest à Paris pour découvrir les pièces montées et mises en scène par ses soins.

Egalement au programme : dans son émission Livre-Libre, Gilbert Collard reçoit Jean-Michel Conrad, inspecteur de police pendant plus de 30 ans à la PJ. De Nanterre à Metz, en passant par Paris et Strasbourg, l’officier a traqué les trafiquants de drogue de tout poil. Dans un livre édité chez Godefroy de Bouillon, il nous livre, sans aucune forfanterie, une série d’anecdotes qui ont émaillé ses années au service de l’ordre et de la loi. Du milieu des braqueurs, des assassins et des escrocs rencontrés au fil des pages, Jean-Michel Conrad apporte aussi un témoignage sur le métier de policier, sur le bouleversement de la procédure pénale, l’avènement de l’informatique ou encore le règne des statistiques. Gilbert Collard nous emmène à la découverte d’un vrai “flic” d’investigation confronté à un système judiciaire bien peu reconnaissant.

 

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