JOURNAL DU LUNDI 24 OCTOBRE 2016 : IMMIGRATION / CALAIS : LA JUNGLE ÉVACUÉE

 

Les titres : Calais : la jungle évacuée – Jean-Frédéric Poisson pris pour cible – La Wallonie résiste à la mondialisation – Vers la fin de la liberté d’installation des médecins ?

Immigration / Calais : la jungle évacuée

Les clandestins quittent la jungle de Calais ! Le démantèlement du bidonville a débuté lundi matin dès 8 heures. 60 cars sont partis déposer les premiers migrants dans les Centre d’accueil et d’orientation répartis sur tout le territoire. L’opération qui doit durer une semaine pourrait être perturbée par les militants d’extrême gauche No Borders et autres zadistes arrivés sur place.
Sur 8 000 migrants, environ 2 000 évacués ce lundi. Les premiers volontaires pour le départ, surtout des hommes Ethiopiens, Erythréens et Soudanais, ont été accueillis dans un hangar à proximité de la jungle. A l’extérieur, 4 files d’attente : une pour les majeurs, une pour les mineurs isolés, une pour les familles et la dernière pour les personnes vulnérables. Les clandestins ont ensuite été emmenés dans les centres d’accueil répartis dans toute la France, 287 au total. Des policiers ont été placés dans les aires d’autoroute prévues pour les pauses. Le maire Les Républicains de Calais, Natacha Bouchart, a toutefois exprimé son scepticisme alors que l’opération a été montée sans la coopération de sa commune. Dimanche, dans la journée, des agents préfectoraux ont sillonné la jungle pour informer les migrants.

Partir très vite certes mais rien n’indique qu’ils ne reviendront pas à Calais. En effet, nombreux sont ceux à vouloir rejoindre coûte que coûte leur famille en Angleterre.

Le préfet, Fabienne Buccio, redoute que de nouveaux campements se forment. Elle prévoit donc la construction d’un mur d’un kilomètre le long de la nationale 216. Si cette journée s’est plutôt déroulée dans le calme, grâce au déploiement de 1 200 policiers, les deux nuits précédentes ont été marquées par des violences. En effet, 200 militants altermondialistes No Border et zadistes, venus notamment de Notre-Dame-des-Landes, sont récemment arrivés sur place. Ils ont tenté de rallier les 2 000 migrants qui ne veulent pas partir en construisant une “tour de guet”. Mais ces derniers les ont renvoyés avant de brûler l’édifice pour se chauffer. La police a déjà effectué des fouilles dans les véhicules des No Border.

Selon notre correspondant sur place, de nouveaux heurts éclateront ce lundi soir entre No Border, migrants récalcitrants et forces de l’ordre. Par ailleurs, de nombreux collectifs de citoyens se sont formés dans les villes censées accueillir les clandestins. L’un d’eux, le Comité d’action pour le respect de l’état de droit, le CARED, demande aux préfets concernés d’appliquer le principe de précaution devant les risques pour la sécurité que font peser ces arrivées dans les villes choisies par le gouvernement. En attendant, les bulldozers entreront dans la jungle demain mardi.

Politique / Jean-Frédéric Poisson pris pour cible

Cabale contre Jean-Frédéric Poisson. Le candidat à la primaire de la droite et président du Parti Chrétien Démocrate est pris pour cible suite à ses commentaires sur Hillary Clinton qu’il juge soumise à Wall Street et aux groupes d’influences sionistes. Les attaques publiques sont venues de son propre camp mais aussi de l’extérieur comme pour déstabiliser une candidature qui dérange…
Jean-Frédéric Poisson victime d’une cabale médiatique et politique ! Le député, président du Parti chrétien démocrate et candidat à la primaire de la droite est mis en cause pour des propos tenus dans le quotidien Nice-Matin publiés le mercredi 19 octobre. Dans l’entretien accordé au journal, il répond à la question :”si vous étiez américain voteriez vous pour Hillary Clinton ?” en disant qu’il serait bien ennuyé dans une telle situation. Il estime en effet que la candidate démocrate est proche des supers financiers de Wall Street et soumise au lobby sioniste ce qu’il juge dangereux pour la France.
Des propos immédiatement condamnés par le Conseil Représentatif des Institutions Juives de Frances, le Crif, mais surtout par son propre camp… La première à dégainer n’est autre que… Nathalie Kosciusko-Morizet, très en retard dans les sondages et qui peine à faire valoir ses idées dans la campagne des primaires. L’ancien ministre de Nicolas Sarkozy a même saisi la Haute Autorité de la primaire avec comme objectif le renvoi pur et simple du candidat.
De son côté, Jean-François Copé a jugé ces propos “insupportables et absurdes”. S’il condamne les termes employés, Bruno Le Maire estime, pour sa part, que la démarche de Nathalie Kosciusko-Morizet de saisir la Haute Autorité est “planquée et faux-cul”. Même son de cloche chez François Fillon qui s’est déclaré contre l’exclusion du candidat, avant d’ajouter qu’il est hostile à la police de la pensée. Le numéro 2 du Front national, Florian Philippot, a quant à lui rappelé qu’il n’a rien à voir avec les idées de Jean-Frédéric Poisson. Le président du PCD est pourtant un des seuls élus de droite favorable à la fin du cordon sanitaire séparant la droite parlementaire du Front National.
Sans renier ses propos, Jean-Frédéric Poisson, a regretté leur mauvaise interprétation. Si son exclusion semble peu probable, la polémique marque une volonté certaine de nuisance à son encontre. Le candidat chrétien-démocrate qui a été la surprise du premier débat télévisé, jouit d’une popularité grandissante notamment auprès des manifestants de la Manif Pour Tous.

Economie / La Wallonie résiste à la mondialisation

Le traité de libre échange entre l’Union Européenne et le Canada le CETA, pourrait bien ne jamais voir le jour… La Wallonie, l’une des trois régions qui composent la Belgique, semble décidée à bloquer l’accord.

La Wallonie nous rejoue l’histoire du petit village qui résiste envers et contre tout à l’envahisseur… Nos voisins belges francophones, qui représentent moins de 1 % du total de la population de l’Union Européenne, détiennent le pouvoir de bloquer un accord de libre échange controversé entre le Canada et l’UE. Pourquoi les dirigeants de la région Wallonie détiennent ce pouvoir ? Parce qu’en Belgique, un Etat fédéral, chaque région dispose du pouvoir souverain de valider, ou non, les traités internationaux.
Rappelons en 2 mots les enjeux du traité : il est censé favoriser les échanges économiques et commerciaux entre l’Union Européenne et le Canada, notamment en levant certaines barrières administratives ou douanières, ou encore, en fixant des quotas d’importations. Si vous avez l’impression d’avoir déjà entendu parler de traité de libre échange, c’est normal. Un autre accord international, le TAFTA, qui était négocié depuis des mois entre l’Europe et les Etats-Unis, a échoué. Le même sort menace le CETA, au grand dam des tenants de la mondialisation à outrance
Les Wallons, qui détiennent, seuls, le pouvoir de le bloquer, reprochent au traité de créer le droit, pour une entreprise de l’un des pays signataires, de poursuivre en Justice un Etat, si cet Etat prend une décision qui lui semble contraire à ses intérêts. Ironie de l’histoire, ce droit a déjà coûté plusieurs centaines de millions d’euros au Canada, dans le cadre de l’accord commercial qui le lie aux Etats-Unis…
Les Wallons dénoncent aussi les quotas d’importations de produits agricoles, contraignants, mais surtout, caduques, car négociés avant le Brexit. Quand on sait que le traité porte, pour une large part, sur les importations de boeuf canadien, dont les Anglais étaient de gros importateurs, leur sortie de l’Europe obligerait les autres pays membres à absorber leur quotas d’importation de boeuf du grand nord américain.
La Commission Européenne a tenté une dernière fois ce week-end de faire pression sur la Wallonie pour qu’elle signe. Il y a même des rumeurs de menaces de suspensions d’aides européennes… Mais si la Wallonie n’accepte pas de signer le traité avant minuit, lundi 24 octobre, le CETA pourrait bien être abandonné, ou devoir être renégocié de fond en comble…

Santé / Vers la fin de la liberté d’installation des médecins ?

La liberté d’installation des médecins mise à mal ! Les députés ont voté un amendement en commission pour lutter contre les déserts médicaux mais qui par la même occasion porte un coup dur à la profession.

Mercredi, les députés ont voté un amendement en commission qui réduit considérablement la liberté d’installation des médecins. Le texte stipule que les jeunes professionnels ne pourront pas s’installer en étant conventionné à l’assurance maladie tant qu’un autre médecin libéral de la même zone ne cessera son activité.
Le texte s’inspire largement de la régulation déjà exercée pour les pharmaciens et les infirmiers, des professions qui relèvent de problématiques notamment démographiques très différentes. La mesure dérange du côté du monde médical. Le président de l’ordre des médecins, Patrick Bouet, estime que la contrainte n’est pas une solution à la désertification ajoutant qu’une telle mesure a déjà échoué dans tous les pays où elle a été appliquée. Censée apporter une réponse au problème des déserts médicaux, cette contrainte porte atteinte à la liberté d’installation mais aussi plus généralement à la liberté d’établissement et de prestation de services relevant du droit communautaire. Des recours pourront donc être possibles pour les médecins.
De son côté, le président du syndicat des médecins libéraux, Eric Henry, dénonce une volonté d’administrer totalement la médecine libérale. Si le texte ne fait pas du tout l’unanimité chez les médecins, il est aussi vivement critiqué par une partie de la classe politique. Le ministre de la santé, Marisol Touraine, a affirmé son opposition à cette mesure pourtant portée par le député socialiste Annie Le Houerou. En revanche, certains députés de l’opposition Les Républicains, à l’image de Bérengère Poletti, soutiennent l’initiative. L’amendement controversé pourrait être voté définitivement au cours de la semaine et par la même occasion creuser un peu plus la fracture entre la gauche au pouvoir et les professions libérales.

L’actualité en bref

– L’Action Française encore prise pour cible à Marseille ! Quelques semaines après l’attaque du local du mouvement royaliste par des militants d’extrême gauche, une trentaine d’individus a mené une nouvelle opération. Armés de barres de fer et de bouteilles de verres, ils ont grièvement blessé un homme à la tête, agressant également les femmes présentes sur place. Notons que quelques heures plus tôt, le député PS de la ville Patrick Mennucci demandait la fermeture du local…

– “La rébellion d’un petit maire contre un grand préfet”, ce sont les mots de Michel Issert, le maire de Saint-Bauzille-de-Putois, dans l’Hérault. Michel Issert a présenté sa démission il y a quelques jours pour manifester son opposition à l’installation de migrants dans sa commune. La Ligue du Midi, mouvement identitaires d’Occitanie, précise dans un article que la petite ville de 1800 âmes va recevoir 87 migrants sur les 207 que le département doit accueillir suite au démantèlement de la jungle de Calais. Un centre touristique local est réquisitionné pour faire office de Centre d’accueil. Précisant que l’ensemble des élus de la commune est opposé à l’arrivée de ces migrants, le maire a vu dans cette démission le dernier geste de résistance possible face à la détermination de la préfecture.

– 10 ou 15 centimes pour un pain au chocolat ! C’est la réponse donnée par Jean-François Copé ce lundi matin à la radio à un journaliste le questionnant sur le prix du petit déjeuner préféré des enfants. Un chiffre évidemment bien en deçà de la réalité, qui a choqué de nombreux auditeurs qui déplorent souvent l’éloignement des hommes politiques avec le monde réel. Pas sur que les boulangers du 16ème arrondissement de Paris, cher à Jean-François Copé, pratiquent des tarifs défiants toute concurrence…

– 300 millions d’euros. C’est la perte annuelle enregistrée par la ville de Paris due à la fraude au stationnement. 300 millions d’euros, cela représente 18 % des investissements de la Mairie pour 2016. Il s’agit donc d’une problématique centrale pour Anne Hidalgo qui, malgré son appartenance au Parti Socialiste, a été contrainte de faire appel au secteur privé pour gérer efficacement le parc de stationnement de la métropole. Cette petite révolution pourrait marquer la fin des fameuses “pervenches” qui seront remplacées par des agents privés. 3 lots de 50 000 places feront l’objet d’un appel d’offres l’année prochaine. Si la mairie supervisera toujours les tarifs des parcmètres et des amendes, nul doute que les Parisiens resteront très attentifs à une éventuelle hausse du prix du stationnement.

C’est la fin de notre édition ! Dans un instant, notre “Zoom” du jour. À l’automne 2006, la Hongrie a connu des émeutes inédites depuis la chute du rideau de fer en 1989, suite à la révélation des mensonges électoraux du premier ministre de gauche de l’époque, Ferenc Gyurcsány. Les émeutes et la période de troubles qui ont suivi ces révélations constituent un acte fondateur dans la vie politique contemporaine de la Hongrie. Sans connaître ces événements, il n’est pas possible de comprendre la domination actuelle du Fidesz de Viktor Orbán dans la vie publique hongroise. Nicolas de Lamberterie a interrogé les acteurs et les témoins de l’époque à l’occasion du dixième anniversaire de ces événements.

Et ce soir, retrouvez “Politique Eco”. Olivier Pichon et Valérie Buguault recevront l’économiste et historien Philippe Simonnot pour évoquer la décroissance.

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