De notre correspondant permanent aux Etats-Unis. – Dans la plus parfaite indifférence de la grosse presse, qui préfère cultiver sans relâche le faux scandale russe (liens hypothétiques entre le Kremlin et la campagne électorale du futur vainqueur), le président Trump poursuit l’édification d’un arsenal législatif résolument axé sur la lutte contre l’immigration illégale. Cette attitude répond aux promesses faites par le républicano-populiste tout au long de ses combats, d’abord contre ses concurrents, ensuite contre Hillary Clinton. Mais surtout, cette attitude se situe à l’opposé de celle de ses prédécesseurs depuis Dwight Eisenhower, président de 1952 à 1960. Celui-ci eut l’audace de refouler par wagons entiers hors des frontières américaines des centaines de milliers d’illégaux. Ce fut le dernier de la série à œuvrer dans ce domaine pour le salut public. Tous les autres, de Kennedy à Obama en passant par Reagan, n’eurent pour l’illégal qu’indifférence ou fatalisme.
Ainsi, Trump renoue avec une longue mais ancienne tradition nationale qui verrouillait le territoire, et avec ses discours enflammés de candidat qui fustigeaient l’intrus et le prédateur. La Maison-Blanche avait déposé, début juin, sur le bureau de la Chambre des représentants, deux projets de lois qualifiés officiellement de « mesures susceptibles de sauver et de protéger des vies américaines ». Ces deux projets viennent d’être votés par les membres de la Chambre, à une majorité renforcée par l’appui notable de vingt-sept démocrates. Appui d’autant plus exceptionnel que l’état-major de ce parti avait donné comme mot d’ordre de faire barrage à l’initiative du pouvoir. La liberté de vote étant absolue au Congrès, vingt-sept rebelles ont estimé, sans doute, que leurs chances d’être réélus seraient renforcées s’ils approuvaient une mesure notoirement populaire. Réalisme contre dogmatisme : un bras de fer qui permet à Trump de marquer des points.
La première loi aggrave les peines encourues par les immigrés illégaux récidivistes, c’est-à-dire ceux qui, après avoir été expulsés une première fois, parviennent à pénétrer de nouveau clandestinement aux Etats-Unis et y commettent de multiples forfaits allant jusqu’au crime. Cette loi porte le nom de Kate Steinle, qui fut tuée en Californie en 2015 par un illégal dont c’était le sixième séjour dans cet Etat après cinq rapatriements au-delà de la frontière du Mexique. La deuxième loi concerne ce que l’on appelle depuis peu de temps les « sanctuaires ». Un sanctuaire est une ville d’illégaux dans une ville de citoyens. Il en existe près de 200 aux Etats-Unis, d’importance inégale. New York, San Francisco, Los Angeles, Chicago, ont « leur » sanctuaire : abcès purulent de trafics, de violences, de crimes. Le pouvoir fédéral avait demandé aux municipalités abritant un sanctuaire de livrer aux autorités judiciaires les individus fichés comme dangereux. Plusieurs villes ont refusé de se plier aux injonctions de Washington. Pis : certains maires n’ont pas hésité à relâcher carrément des fauves. Trump a relevé le défi : la loi prive les rebelles de la manne gouvernementale et annuelle qui s’élève parfois à des centaines de millions de dollars. Il reste aux deux projets de lois à passer l’épreuve du sénat où les républicains devront, davantage qu’à la Chambre, serrer leurs rangs.
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