Les deux camps dans la perspective des législatives.
De notre correspondant permanent aux États-Unis. – Deux tendances diamétralement opposées animent les partis républicain et démocrate à quatre mois des élections législatives. D’une part, une force centripète tend à solidifier les fidèles républicains autour des valeurs d’un national-populisme de plus en plus protéiforme et omniprésent. D’autre part, une poussée centrifuge contribue à disperser les militants démocrates autour des principes d’un libéralisme de plus en plus désorienté et combattu. Les deux structures qui ont pour vocation d’encadrer et de conduire le peuple vers ses mandataires donnent l’impression de se déliter sous l’action de forces extérieures et pratiquement incontrôlables. Dans les deux cas, le président Donald Trump reste le personnage central. Il a réussi à aspirer presque toute la substance républicaine en imposant à la hiérarchie du parti et à ses troupes au Congrès à la fois ses idées, ses intuitions et son style. Mais il est parvenu également, dans le même laps de temps, à brouiller le jeu oppositionnel en fractionnant les rangs démocrates en deux grands courants antagonistes et pour l’instant irréconciliables. Bref, les républicains tendent vers l’unité, les démocrates vers la désunion.
On pourrait remonter très haut vers les origines de cette présidence pour trouver le ressort de cette double évolution. Limitons-nous à l’actualité encore chaude : le boom économique s’incruste dans l’emploi, la subversion migratoire ébranle les tièdes, la défense des frontières devient prioritaire, la Cour suprême pourrait changer de couleur, la guerre commerciale va modifier la donne et le sommet avec Kim, le président nord-coréen, n’a pas dit son dernier mot. Autant de percées de Trump, autant de points marqués sur les plans politique, psychologique et stratégique. Des points que le populisme – sa doctrine, sa mystique, sa résonance – devrait aussi, en bonne logique, revendiquer en tant qu’enveloppe idéologique de Trump. Car si c’est le personnage lui-même qui a rassemblé les républicains, c’est l’habillage populiste qui a fractionné les démocrates. Les cohortes du parti sont désormais scindées en deux. D’un côté, les libéraux, dont certains ont voulu écouter Trump. De l’autre, les gauchistes, dont beaucoup n’écoutent plus le parti.
Il existera sans doute, jusqu’aux élections législatives, deux partis démocrates : l’historique et le rebelle. Le premier s’accroche aux vieux repères du centre gauche en se disant que le trumpisme avec ses réactions contre les illégaux, l’écrasement du chômage, la lutte contre les déficits et le dialogue sur le nucléaire n’a pas forcément tort dans tous les débats. Le second se crispe sur le guévarisme en clamant qu’il est urgent d’abolir les frontières, d’ouvrir les prisons, d’accueillir tous les migrants et d’amorcer une procédure de destitution afin de déboulonner Trump. Ce second parti démocrate fait peur au premier – les activistes contre les caciques ; l’invective contre la rhétorique, la rue contre les cénacles – mais remplit d’aise le président. On le comprend. En poussant les libéraux vers des eaux modérées par réaction contre l’extrémisme, les rebelles entrent dans les calculs de Trump et des tacticiens du parti républicain. Calculs qui consistent à mettre les deux fractions du parti démocrate dans le même sac. Un sac d’aventuristes et de radicaux. Excellent schéma dans une campagne électorale. Il permet de condamner en même temps les rebelles et leurs victimes en faisant passer celles-ci pour leurs complices. Coup double. Il faudra bien que l’opposition sorte de ce piège si elle veut récupérer en novembre le contrôle des deux Chambres du Congrès.
Cet article Trump se renforce tandis que les démocrates se divisent est apparu en premier sur Présent.
Extrait de: Source et auteur
