Mauvaise nouvelle pour Monsanto, et pour Bayer qui l’a racheté l’an passé pour la coquette somme de 63 milliards d’euros. Le géant des pesticides, qui clame au monde entier que ses produits sont inoffensifs, vient de se faire taper méchamment sur les doigts par la justice fédérale américaine. Mercredi 27 mars le tribunal de San Francisco l’a condamné à verser 80,8 millions d’euros à Edwin Hardeman, touché par un lymphome non hodgkinien depuis 2015, cancer qu’il impute à l’herbicide qu’il a utilisé pendant plus de trente ans. L’entreprise a évidemment fait appel, mais cette condamnation est un nouveau coup dur pour elle alors que fin août 2018, elle s’était retrouvée obligée de verser 279 millions d’euros à un jardinier américain, atteint du même genre de cancer que Hardeman.
Pourtant, Monsanto – dont Bayer a décidé d’effacer le nom après son rachat, trop sulfureux sûrement à son goût – avait demandé un petit aménagement du procès, afin qu’il se déroule en deux phases. La première devait déterminer s’il existait ou pas un lien de causalité entre l’utilisation de l’herbicide et le cancer du plaignant. Pas de chance, le jury a déterminé que le glyphosate était bien un « facteur substantiel » de la maladie. La seconde phase, quant à elle, devait statuer sur la responsabilité de la firme. Le jury, là également, a jugé que la firme était responsable, d’où cette condamnation de Monsanto pour négligence. Il aurait dû alerter ses utilisateurs des risques sanitaires.
Serait-ce le début d’un long chemin de croix pour Monsanto ? Car des milliers de plaignants attendent, comme Edwin Hardeman, que l’Etat reconnaisse la responsabilité de Monsanto. Il existerait aux Etats-Unis 11 200 plaintes pour des affaires similaires. Bayer pourrait bien se mordre les doigts de son rachat. D’après certains experts, ces différents procès en attente pourraient lui coûter entre 5 et 10 milliards d’euros. Sans compter la dégringolade que subit le titre au cours de la Bourse : depuis juin 2018, l’action Bayer a chuté de près de 45 %. Le laboratoire pharmaceutique se serait-il brûlé les ailes à être trop gourmand ?
Gourmant et imprudent. Les scandales ne manquent pas du côté de Monsanto. En 2017, un biochimiste allemand avait démontré, entre autres, qu’un passage d’une étude de réévaluation du pesticide, montrant sa non-dangerosité, serait en fait un copier-coller d’un document écrit par Glyphosate Task Force, un lobby dirigé par Monsanto. On a vu plus indépendant… Des documents internes montreraient également que la firme avait des doutes sur la fiabilité de son produit dès 1980. Pourtant, le glyphosate continue de se vendre : 800 millions de tonnes sont répandus à travers le monde chaque année.
Ceci dit, Bayer traîne également quelques casseroles : ses pilules contraceptives de quatrième génération accusées d’augmenter considérablement les risques de thrombose, le fameux stérilet « Mirena » aux lourds effets secondaires (dépression, crises d’angoisse, perte de cheveux). Enfin, le rachat de Monsanto vendant des produits « probablement » cancérigènes par le laboratoire qui a fait du traitement contre le cancer l’un des axes prioritaires de son développement suscite quand même quelques interrogations.
Ce jugement sonnera-t-il le glas du glyphosate en France ? Pas encore, mes aïeux ! Macron s’y était certes engagé, mais les députés de la majorité ont refusé de voter l’interdiction totale en France. Seuls les particuliers ne peuvent plus l’utiliser depuis le 1er janvier. Mais on s’en sert encore massivement dans les champs.
Voilà quelques unes des « petites » incohérences sur lesquelles Présent prendra le temps de se pencher dans son prochain hors-série.
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