
Michel Garroté -- Je publie ci-dessous un document questions / réponses sur le thème de la shoah, dont le monde fait mémoire, aujourd’hui, 27 janvier 2015, 70 ans après la libération du camp de déportation et d’extermination d’Auschwitz. Plus précisément, il s’agit ci-dessous d’un document questions / réponses sur le thème de la négation de la shoah, notamment en terre d’islam.
Question - La négation de la shoah est-elle une liberté d’expression ou un délit raciste ?
Réponse – En ma qualité de journaliste-essayiste, chrétien et libéral-conservateur, j’estime que ce n’est pas une question de liberté d’expression. C’est une question de conscience. Il y a eu et il y a encore des génocides. Il y a eu le génocide arménien. Il y a le génocide du Darfour. Sur une échelle plus grande et sur une période plus longue, il y a eu les 100 millions de victimes du communisme dans le monde entre 1917 et 1992. Cependant, il demeure ce que j’appelle l’exception de la shoah. Et en conscience, je ne peux pas tolérer la négation de cette exception qu’est la shoah. Parce que, justement, c’est une question de conscience et non pas une question de liberté d’expression. Pourquoi, en conscience, dis-je qu’il y a l’exception de la shoah ? C’est très simple. Certes, il y a eu et il y a encore des génocides. Certes, le communisme a fait plus de victimes que le national-socialisme.
Mais il y a une particularité unique qui est propre à la shoah. C’est la première fois dans l’histoire de l’humanité que dans des pays de culture judéo-chrétienne le peuple choisi par Dieu a fait l’objet de déportations et d’exterminations minutieuses, planifiées jusque dans les moindres détails logistiques et administratifs. Des Allemands et des collaborateurs ont organisé cette monstruosité en terre judéo-chrétienne avec la même discipline et la même sérénité que s’il s’agissait des bêtes contaminées, de bovins atteints de la maladie de la vache folle ou de poules atteintes de la grippe aviaire. Après cette monstruosité, ces mêmes Allemands et ces mêmes collaborateurs ont déclaré à leurs juges, qu’ils avaient simplement obéi aux ordres et qu’ils n’avaient pas eu le choix.
Or, j’ose affirmer ici que nous avons tous une conscience. Et que par conséquent, nous ne pouvons pas dire que nous obéissons simplement aux ordres et que nous n’avons pas le choix. En conscience, nous avons le droit de choisir, le droit de désobéir et le droit de résister. C’est pour cela que la négation de la shoah est non seulement un délit raciste mais une offense envers la mémoire des victimes et une offense envers leurs descendants. De plus, le négationnisme est une offense envers Dieu, car Dieu a choisi le peuple juif. Or, Dieu ne peut ni se tromper ni nous tromper. L’existence du peuple juif et l’existence de l’Etat d’Israël sont les signes concrets de la fidélité de Dieu. Le national-socialisme a voulu supprimer le peuple choisi par Dieu. Autrement dit, le national-socialisme a voulu supprimer Dieu. C’est un combat anthropologique qui concerne également les athées de droite, notamment face à l’islamisme.
En voulant supprimer les créatures créées et choisies par le Créateur, le national-socialisme a prétendu supprimer le Créateur lui-même. Un catholique ne peut donc pas assimiler le négationnisme à une liberté d’expression. Ce n’est pas un acte libre que de nier la shoah. C’est au contraire une forme diabolique d’esclavage. Un négationniste de la shoah est un esclave du Mal absolu et un esclave de la fausse liberté. La vraie liberté, la liberté intérieure, la liberté en conscience et la liberté de conscience, face à l’exception de la shoah, c’est la liberté de dire, en conscience, que la shoah est une exception et que cette exception ne peut pas tolérer l’intolérable, c’est à dire que cette exception ne peut pas tolérer le négationnisme. La shoah fut le fruit mauvais d’une société gravement malade. La négation de l’exception de la shoah est, elle aussi, le fruit mauvais d’une société gravement malade.
Pourquoi la négation de la shoah est-elle devenue la pensée dominante dans la plupart des pays arabo-musulmans ?
Les nationaux-socialistes ont eu des alliés dans le monde arabe dès les années 1920. Puis, ce fut le grand Mufti de Jérusalem, Hadj Amin Al Husseini, qui devint l’allié palestinien du Reich hitlérien. Aujourd’hui, ce même monde arabo-musulman vit sous la férule de dictatures laïques ou de théocraties intégristes selon les cas. Ces dictatures et ces théocraties maintiennent leurs populations dans la misère et la répression. Pour justifier cela, il leur faut inventer un bouc émissaire. Le bouc émissaire c’est Israël en particulier et les Juifs en général. En niant la shoah, les dictateurs et les mollahs croient pouvoir nier Israël. Comme si Israël se justifiait par la shoah et rien que par la shoah !
Israël se justifie par la shoah et aussi par le droit des Juifs à avoir un Etat juif, un Etat pour les Juifs, dans ce vaste espace du Proche et du Moyen Orient où il reste encore beaucoup de place disponible pour d’autres, en Jordanie par exemple. La littérature négationniste et les émissions radio télévisées négationnistes sont choses courantes dans le monde arabo-musulman. Le nazisme, le néonazisme et les nazis réfugiés dans le monde arabe (Aloïs Brunner etc.) ont donné une impulsion à ce phénomène. Mais aujourd’hui, ce phénomène est de la responsabilité des dictateurs et des mollahs en place. Les dictateurs et les mollahs sont responsables de cette situation. Les dictateurs et les mollahs prouvent, par cette situation, qu’ils ne veulent absolument aucune forme de paix avec les Juifs -- quoi que les Juifs fassent ou ne fassent pas, à travers Israël, cet Etat minuscule, pas plus grand que la Picardie, deux fois plus petit que la Suisse -- dans l’immense Proche et Moyen Orient avec ses vastes espaces encore inhabités.
Quel danger représente la résurgence de cette négation en Europe ?
Cette résurgence est d’autant plus grave qu’elle est subtile. Je m’explique. Aujourd’hui, le négationnisme en Europe n’est pas aussi franc et massif qu’à Damas, Doha ou Téhéran. Le négationnisme en Europe est plus subtil, en ce sens qu’il est insinué, sous-entendu. On commence par dire que « la shoah ne justifie pas ce que font les Israéliens ». On continue en disant que « selon certains, il n’y aurait pas eu, dans les camps nazis, six millions de morts, mais beaucoup moins ». Bref, de mauvaise foi en mauvaise foi, on finit par insinuer à la fois la négation de la shoah et la négation de la légitimité d’Israël. Cela arrange bien l’Europe de véhiculer tous ces sous-entendus et toutes ces insinuations, car cela « justifie », en quelque sorte, le fait que les Européens soient à la fois très pro-palestiniens, islamophiles et très anti-israéliens.
Ne pas combattre le double négationnisme à l’européenne (non à la shoah et non à la légitimité Israël), c’est rester passif face à cette volonté, de plus en plus évidente, d’en finir avec Israël, l’Etat qui gêne, soi-disant. Qui gêne, soi-disant, uniquement parce qu’en réalité, les Européens, sont prêts, à s’allier aux Arabo-musulmans, aux Russes, aux Chinois, pour mettre en échec les Américains et les Israéliens. C’est l’eurobêtise et l’eurorgueil. Les Européens ne comprennent pas que l’antisémitisme est toujours un précurseur de l’antichristianisme. Les haïsseurs d’Israël sont souvent les haïsseurs de l’Eglise catholique et des chrétiens en général. Ce n’est pas nouveau. Dans « Mein Kampf », Hitler maudissait les Juifs et l’Eglise catholique. Hitler disait que l’on ne pouvait pas être à la fois Allemand et chrétien et qu’il fallait choisir entre les deux. Aujourd’hui, c’est toute la société libre et laïque de culture judéo-chrétienne qui est en danger. On peut hélas dire que les propagandistes islamiques et leurs « idiots utiles », dans les médias européens, font du bon travail
Un mot sur le rôle d’Internet dans la lutte contre la négation de la shoah ?
Il se trouve que, justement, les négationnistes ont recours à Internet. Internet est l’espace privilégié des négationnistes de la shoah. Pourquoi ? Parce qu’il est beaucoup plus difficile, techniquement, de faire justice de délits commis sur le Net, que de faire justice des délits commis dans un média traditionnel. Mais cela signifie, aussi, que nous-mêmes, nous devons recourir à Internet le plus possible, notamment via des blogues.
Comment ressent-on les effets de la négation de la shoah quand on appartient à la génération de descendants des victimes de cette tragédie ?
C’est le combat entre le bien et le mal. L’enfer des camps fut le triomphe apparent du mal absolu. Et comme si cela ne suffisait pas, le mal absolu passe une deuxième fois par le négationnisme. Mais en réalité, le mal, même absolu, ne triomphe pas éternellement. L’existence même du peuple juif, l’existence même d’Israël, traduisent la victoire du bien sur le mal. Cela dit, ce mal a tué six millions de Juifs. En cela, la négation de la shoah est non seulement un délit raciste mais une offense envers la mémoire des victimes et une offense envers leurs descendants. Quand on appartient à la génération de descendants des victimes de cette tragédie, les effets de la négation de la shoah sont, humainement, insoutenables. C’est pour cela que j’invite nos lecteurs à croire fermement que le bien finit toujours par triompher du mal. Mais nous devons participer à ce processus. Le bien ne peut pas triompher sans notre participation active à son avènement.
Contre les prédateurs de la mémoire, que faire ?
Ne pas nous endormir. Rester éveillés et vigilants. Ne pas avoir peur de témoigner à contre-courant. Restons, autant que faire se peut, unis. Les Juifs savent que depuis Frère Ephraïm (« Jésus, Juif pratiquant », Fayard, 1987), le Père Etienne Richer (« Aimer Israël: pourquoi ? », Pneumathèque, 1995), Jean-Paul II (« l’Eglise catholique reconnaît que les prémices de la foi catholique se trouvent dans les patriarches, Moïse et les prophètes »), Jacques Maritain et même depuis saint Bernard (« les branches ne doivent pas être ingrates envers la racine, les branches ne disputeront pas à la racine la sève qu’elles tiennent d’elle ») ou, encore, bien avant, depuis saint Jean l’évangéliste (Jn 4, 22 : « Le salut vient des Juifs »), les Juifs savent, écrivais-je, avec ces auteurs, qu’ils ont des amis parmi les chrétiens. Sans le judaïsme, il n’y aurait jamais eu de christianisme. Dans le prolongement de saint Jean, de saint Bernard, de Jacques Maritain et autres, nous, les juifs, les chrétiens et aussi les athées libéraux-conservateurs, nous sommes sur le même bateau, pour dire les choses simplement. Le bateau de la liberté, le bateau libéral-conservateur, face aux déferlantes nationales-socialistes, fascistes, communistes, gauchistes et islamistes.
Michel Garroté, 27 janvier 2015