La Suisse, un paradis pour les Français? Marie Maurisse, journaliste établie à Lausanne évoque surtout l’enfer.
Les Suisses sont-ils xénophobes envers les Français? A en croire la journaliste Marie Maurisse, c’est plus grave. Etablie dans le canton de Vaud depuis sept ans, enquêtrice et correspondante du quotidien Le Monde, cette Française qui n’a pas perdu son joli accent de Toulouse évoque même du «racisme» contre les «Frouzes». Frouze? Ce terme moqueur apparenté au «Rital» italien ou au «Bourbine» suisse allemand cache, selon Marie Maurisse, des mécanismes plus profonds.
Enfermés dans une cage dorée
La journaliste a mené l’enquête auprès de nombreux Français qui ont choisi d’habiter dans l’arc lémanique, afin notamment de tripler leur salaire. Mais, au fil des pages, le paradis se transforme en enfer. Les prix du loyer et la facture de l’assurance-maladie rabotent le revenu. Les Français interrogés se sentent enfermés dans une «cage dorée» dont ils ont beaucoup de peine à sortir.
Déception et colère
Marie Maurisse a bien saisi leurs déceptions ou leurs colères. Mais son livre manque singulièrement de nuances. Si un fort pourcentage de Suisses sont effectivement xénophobes, leur attitude ne concerne pas plus les Français que les Allemands, les Portugais ou les personnes originaires de l’ancienne Yougoslavie. Leur sentiment de supériorité, ou leur jalousie face à la profondeur de la culture française, ou leur peur d’être supplantés dans leur environnement professionnel dépend notamment de leur origine sociale.
Des généralisations hâtives
La journaliste mêle aussi avec trop d’audace des statistiques, des éléments d’enquête journalistique – sur l’argent fraudé au fisc – ou les vexations liées à la vie quotidienne rapportées par ses interlocuteurs. Ce patchwork se lit aisément, car sa plume est agile, mais il pêche par manque de cohérence. Et par des généralisations trop hâtives à l’exemple de celle-ci: «dans les entreprises, la chasse aux Frouzes est désormais ouverte».
Un livre exutoire
A 33 ans, Marie Maurisse semble s’être décidée à résider en Suisse. Elle a succombé aux paysages lémaniques. Mais, surtout, confesse-t-elle à la fin de son ouvrage, son enfant y est né. Du coup, ce livre, qui pourrait lui servir d’exutoire pour mieux avaler une décision que l’on devine difficile, prend la forme d’une catharsis. La Suisse n’est sans doute ni un paradis ni un enfer pour la plupart des Français. Juste un purgatoire.
