France: Un mère condamnée pour avoir envoyé de l’argent à son fils islamiste.

La mère d'un jihadiste franco-algérien présumé mort en Syrie a été condamnée ce jeudi à Paris à deux ans de prison ferme pour financement de terrorisme, une condamnation dont elle fait appel.

"Je condamne fermement le terrorisme. Financer une idéologie que je ne cautionne pas? Ce n'est pas logique", s'est défendue Nathalie Haddadi. "C'est un procès d'une mère qui a aidé son fils", a-t-elle affirmé.

7234716_fils-syrie

Abbes Bounaga serait mort en Syrie en 2016.

Radicalisé en prison

Son fils, Abbes Bounaga, aurait aujourd’hui 22 ans. Son itinéraire ressemble à celui de bon nombre de djihadistes français fascinés par Daech et qui ont rejoint le califat autoproclamé. A l’origine, le jeune homme est un trafiquant de drogue connu de la police pour « violences aggravées » aux centres d’intérêts bien éloignés de la religion. C’est à la maison d’arrêt de Strasbourg qu’il se radicalise en 2014, galvanisé par la proclamation du califat, suivie à la télévision. Sa mère « musulmane non pratiquante » l’assure : «Personne ne faisait la prière chez nous.»

Face à une telle situation, comment réagir ? « Personne n’y est préparé, fait-elle valoir. Je l’ai dit aux policiers venus l’interpeller. Ils m’ont écoutée mais mon alerte est restée sans effet. Ensuite, j’ai décidé d’envoyer Abbes chez son père en Algérie, dans l’espoir qu’il fasse sa vie là-bas. » A l’audience, Nathalie Haddadi pourra compter sur le témoignage de Véronique Roy, la mère du djihadiste Quentin Roy, auteure d’un livre sur ce désarroi des familles (1).

«Pardonne-moi maman, je t’aime, mais j’aime Allah plus que toi»

Abbes Bounaga file en Allemagne le 9 novembre 2015, le lendemain de l’émission contre lui d’une interdiction de sortie du territoire. De Francfort, il rejoint l’Algérie, son pays d’origine dont il a aussi la nationalité. « Il y a passé six mois. J’avais d’abord des nouvelles rassurantes, témoigne Nathalie Haddadi. En avril 2016, il m’a dit qu’il avait envie de voyager un peu au soleil avant de revenir en France. » Depuis, Kuala Lumpur, en Malaisie, le fils aîné envoie des photos aux airs de clichés de vacances.

S’ensuit un périple de cinq mois qui le mène successivement en Malaisie, aux Emirats arabes unis, en Iran, puis en Turquie, pays frontalier de la Syrie. Sa famille pouvait-elle ignorer sa destination finale ? Les services de renseignement en doutent, eux qui ont mis en évidence des recherches Internet sur la situation locale. Nathalie Haddadi assure qu’elle n’en savait rien. L’argent aurait été envoyé à la demande de son fils, verbalisé pour non port du casque sur un deux-roues puis hospitalisé après une agression en Malaisie.

« J’ai eu des soupçons lorsque j’ai reçu un appel en anglais de Téhéran. Quelques jours plus tard, Abbes se trouvait de nouveau à Kuala Lumpur. Je lui ai dit : « Maintenant, tu rentres ! ». Il ne pas m’a pas écoutée. Lorsqu’il m’a donné des nouvelles, il était en Syrie. Il m’a dit : « Pardonne-moi maman, je t’aime, mais j’aime Dieu plus que toi. » Parti alors que les raids de la coalition se renforçaient et que les frontières se refermaient, Abbes Bounaga a donc effectué un long itinéraire de contournement par le Moyen-Orient et l’Asie pour rejoindre la zone des combats.

Source