« J’avais vingt ans. Je ne laisserai personne dire que c’est le plus bel âge de la vie », écrit en 1932 Paul Nizan dans Aden Arabie. Des années 60-70, chacun conserve un bouquet coloré d’images en vrac : les frasques de Bardot, les Beatles, la nouvelle vague, en Algérie un quarteron de généraux, Malraux ministre, le réfrigérateur et la télé, les conquêtes du béton, le transistor, la société de consommation, le complexe Poulidor, la mort de Luther King, celle de Kennedy, l’affaire Ben Barka, les fleurs de mai et le mouvement hippie, les blue-jeans, Woodstock et Che Guevara, la guerre des Six jours et l’embourbement vietnamien, « faites l’amour pas la guerre », les mini-jupes, « Salut les copains », la pilule et les midinettes.
Un vent de liberté souffla durant ces années, parce qu’avec elles s’est ouverte une fenêtre durant laquelle on a réussi une révolution des mœurs. Pour tous, cette période symbolise une aire de permissivité qui s’est fondée sur la destruction des repères et des valeurs traditionnelles, l’effondrement des barrières et des tabous. On a notamment revendiqué le droit à l’homosexualité, l’émancipation des femmes et l’abandon du sentiment de culpabilité en matière de sexualité. Cela fut possible parce que la situation économique était florissante, et qu’une équipe de chevelus était allée hisser le drapeau noir sur les toits de la Sorbonne en hurlant son besoin de respirer ; la France puis le monde ont suivi.
L’école et l’université furent au centre de la tourmente. Pour l’enseignement, on a revendiqué la même permissivité qu’on entendait obtenir pour la sexualité. On voulait « mettre l’élève au centre », lui donner tous les droits, à lui, l’opprimé par d’injustes et cruels professeurs. La relation professeur/étudiant était le dernier avatar de la relation maître/esclave dont Marx après Hegel avait montré les limites. Toute autorité fut soupçonnée d’autoritarisme, donc d’arbitraire. On voulait casser la gueule à nos aînés. Le savoir était un injuste pouvoir.
La revendication individualiste des années soixante, revendication mâtinée d’anarchisme, tranche sur le consensus mou d’aujourd’hui. Cet individualisme triomphant, parce qu’il avait à conquérir une nouvelle forme de liberté, s’est employé à se couper des traditionnels groupes d’affiliation (famille, école, police, Etat). Mais ces groupes, pour oppressants qu’ils étaient souvent, avaient le mérite de donner sens à la révolte. En s’ingéniant à briser des barrières, cette génération n’a pas pris garde que c’étaient ces barrières justement qui l’unifiaient. Au fond, toutes les individualités juxtaposées sur les barricades de mai étaient radieuses, non tellement du fait qu’elles partageaient le même idéal que du fait qu’elles combattaient le même adversaire. L’adversaire à terre, resta l’individualisme éparpillé.
Ce fut plus la fin d’une époque que le début d’une autre.
Aujourd’hui, avec la gauche au pouvoir en France, un pas va être franchi, un pas qui a pris son élan dans les années 60-70 : le mariage pour tous, c’est-à-dire le mariage entre homosexuels et l’homoparentalité ! Toute l’argumentation qui s’y oppose a déjà été donnée, et j’y souscris. Car avant d’être un droit, le mariage est en fait une promesse, une promesse souvent difficile à tenir, et un serment difficile à délier par la suite. Mais avec ce glissement de paradigme, avec ce passage de la promesse au droit, nous revivons l’engagement des années soixante : la fin du mariage. Et le concept d’homophobie, inventé de toute pièce pour discréditer tous ceux qui entravent la marche des militants homosexuels vers l’égalité des droits, est le porte-drapeau qui vient annoncer la fin du mariage tout court.


Ce qui se passe sur le plan social en France reflète un comportement des électeurs et une attitude de l’opinion publique très spécifique à ce pays: où, ailleurs qu’en France, les citoyens, lors d’un élection générale, auraient donné une majorité à la gauche, alors que le pays subit une grave crise économique? Ce comportement se compare avec celui du malade qui souffre d’un grosse diarrhée et qui décide de se soigner à l’huile de ricin !!!
Ouais, les droits! J’aime bien me souvenir de l’Exode et du désert! Le peuple, assoiffé ou affamé, revendiquait! Cette hisotire, qui perd sa saveur à force dêtre historiquement et géographiquement localisée, conserve pour moi sa saveur. En fait elle trouve sa saveur et son sens au fil des années! Je veux la relire! Avec mes yeux d’aujourd’hui. Relire les évangiles aussi! La parabole du maître de la vigne désigne les revendiacteurs, et les syndicats! « Ne suis-je pas libre de faire ce que je veux de mes richesses? » Tout cela est à revoir! De fond en combles!