C’est pourtant dans ce secteur que les Britanniques ont débarqué le 6 juin 1944 avec notamment les seuls Français engagés ce jour, ceux du commando Kieffer. Jugé pas assez rentable, le secteur britannique a donc été évincé, alors même que près de 30’000 hommes y ont posé le pied, et environ 700 d’entre eux y ont perdu la vie le fameux jour J. Au-delà d’une polémique purement financière, il y a là une volonté consciente ou non de montrer seulement une partie de l’histoire, quitte à oublier certains de ses pans. En Suisse, il en va de même actuellement avec le débat sur l’obligation de servir et l’armée de milice. Ce sont les mêmes oublis historiques qu’utilisent les partisans d’une abolition de l’armée de milice. Celle-ci serait

une invention récente, liée à l’Etat fédéral. Est-ce oublier que la Suisse est une confédération de cantons? Avec, jusqu’en 1874, leurs propres troupes, les milices? Pour qui s’intéresse un peu aux institutions militaires suisses et à leur histoire, il s’agit là d’une évidence historique. Mais ce qui est évident peut devenir gênant. Quoi de plus tentant alors de reconstruire l’histoire à son profit, en omettant aussi le rôle que l’armée de milice a joué au XIXe siècle dans l’affirmation d’une identité nationale et durant les deux guerres mondiales dans la défense du pays. C’est contre toute forme de révisionnisme et indépendamment de ses motifs qu’il faut s’élever, que ce soit en Normandie ou en Suisse.
Pierre Streit

