Les Frères musulmans n’ont pas seulement mis en place en un an les composants d’un régime totalitaire : ils ont achevé de ruiner une économie déjà exsangue, et ils ont multiplié les crimes et exactions en tous genres, exécutions sommaires ou viols par le biais de « mariages » islamiques très provisoires, agressions contre les Coptes, massacres de chiens, destructions d’églises.
Barack Obama a interrompu sa partie de golf pendant huit minutes pour faire une déclaration sur la situation en Egypte, dire qu’il déplorait la violence, incriminer l’armée égyptienne, mais pas les Frères musulmans, annoncer qu’il annulait des manœuvres militaires communes avec la même armée égyptienne, et ajouter que le chemin de la démocratie était long et difficile. Sans répondre à une seule question de journaliste, et non sans avoir dit que le chemin des Etats-Unis vers la démocratie avait été lui aussi long et difficile, il est retourné vers son activité favorite, et achever son parcours en dix-huit trous. François Hollande a, lui, interrompu son séjour chez les Bidochon pour sermonner l’ambassadeur d’Egypte et lui dire que la France exigeait la fin de la répression au Caire : ah mais ! François Hollande représente la France ! L’ambassadeur d’Egypte a dû trembler de peur. David Cameron a parlé comme François Hollande, ce qui ne le grandit pas. Dans la presse française, on a pu lire que la « communauté internationale réprouve ». Et c’est vrai que ce machin appelé la « communauté internationale », un conglomérat flasque et flou confit dans le politiquement correct, et où se confondent démocraties et dictatures réprouve. Recep Tayyip Erdogan réprouve tout particulièrement. L’émir du Qatar aussi. Et la parole de l’émir du Qatar est importante, puisque c’est lui qui semble dicter ce que disent François Hollande et David Cameron. Trêve de plaisanterie.
Ce qui se passe présentement en Egypte est de l’entière responsabilité de Barack Obama et de son administration, puisque ce sont eux qui ont agi pour que les Frères musulmans arrivent au pouvoir au Caire, et puisqu’ils ont entériné tout ce qu’a fait le Président issu des Frères musulmans, Mohamed Morsi pendant l’année qu’il a passé au pouvoir.
Mohamed Morsi a été élu dans un contexte de fanatisme et d’analphabétisme, porté par un mouvement totalitaire et son élection était censée être la dernière qui aurait eu lieu en Egypte s’il n’avait été renversé et s’il avait pu aller jusqu’au bout de son projet : instaurer un système totalitaire qui aurait fait naître une république islamique sunnite aussi charmante que la république islamique chiite en place à Téhéran. Il avait déjà fait entériner une constitution adéquate à l’instauration d’un régime totalitaire.
Les Frères musulmans n’ont pas seulement mis en place en un an les composants d’un régime totalitaire : ils ont achevé de ruiner une économie déjà exsangue, et ils ont multiplié les crimes et exactions en tous genres, exécutions sommaires ou viols par le biais de « mariages » islamiques très provisoires, agressions contre les Coptes, massacres de chiens, destructions d’églises.
L’armée égyptienne a usé de la violence, mais elle n’a fait que répondre à la violence des Frères musulmans. Elle n’établira pas la démocratie, mais elle n’a en rien interrompu un processus démocratique : elle a renversé ce qui était de facto une dictature par ce qui est de facto une dictature. Morsi pensait avoir purgé l’armée et l’avoir mis à sa botte : il a dû découvrir que la purge qu’il avait administrée n’était pas efficace et que le général Sisi, sur qui il pensait pouvoir compter avait d’autres projets.
Il y a eu six cent morts mercredi, et il y en aura d’autres. Mais dire que l’armée a tiré sur des civils innocents est présenter une vision faussée des choses : les places tenues par les Frères musulmans avaient des allures de camps retranchés, des armes y circulaient et y étaient utilisées, sans quoi il n’y aurait pas eu une cinquantaine de morts parmi les militaires et les forces de l’ordre. Les Frères musulmans ayant vu leurs plans déjoués et n’ayant pu aller jusqu’au bout de leur projet ont choisi d’envoyer leurs membres vers la mort en pensant que des « martyrs » apitoieraient les opinions occidentales, et cela a été le cas. Ils ont multiplié les exactions contre les Coptes et, faute de Juifs à tuer, s’en sont pris à la dernière synagogue du Caire. Ils vont continuer à tenter de semer le désordre et la violence, particulièrement dans le Sinaï.
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L’armée va vraisemblablement rétablir un régime du type Moubarak sans Moubarak.
Il est loin d’être certain qu’elle parvienne à rétablir la stabilité dans le pays avant de longue semaines, et il est moins certain encore qu’elle parvienne à redresser une économie tout au bord de la banqueroute. Mais, en évitant in extremis la mise en place d’un totalitarisme, elle a évité le pire. Elle a brisé le nid de djihadistes que devenait Le Caire.
Elle maintiendra l’accord de paix avec Israël, clé de la stabilité régionale, et si les Frères musulmans n’avaient pas touché à l’accord de paix avec Israël, il fallait être aveugle et sourd pour ignorer leurs intentions.
Elle préservera la navigation dans le canal de Suez, qui est d’un intérêt stratégique pour le monde.
Elle permettra la reconstitution d’une alliance entre puissances du statu quo avec l’Arabie Saoudite et les émirats du Golfe (sauf le Qatar).
Elle est au cœur de la volonté des puissances du statu quo d’arrêter la vague djihadiste telle qu’elle a déferlé depuis l’enclenchement de ce que les idiots utiles du djihadisme ont appelé le « printemps arabe ».
Ce qui se joue en Egypte concerne toute la région, et, par extension, tout le monde musulman.
C’est un échec sévère pour l’administration Obama et, bien qu’il en ait eu visiblement très envie, Barack Obama n’a pas rompu tous les ponts avec l’armée égyptienne qui, elle, a un mépris évident pour Barack Obama. Les manœuvres militaires communes annulées par Obama avaient en réalité déjà été annulées par l’armée égyptienne elle-même. Barack Obama peut annuler l’aide accordée annuellement à l’Egypte : celle-ci représente un peu plus de dix pour cent de l’argent que l’Arabie Saoudite vient de donner à l’armée égyptienne, et une telle décision de la part de Barack Obama ne changerait pas grand chose.
C’est un échec sévère pour les Frères musulmans et pour l’islam radical qu’ils incarnent.
C’est un échec pour les ambitions du Qatar.
Que Barack Obama parle comme il parle est logique. Que Recep Tayyip Erdogan parle comme il parle est logique aussi.
Que François Hollande et David Cameron parlent comme ils parlent et que ce machin appelé la « communauté internationale » comme disent les journaux, réprouve, montre où nous en sommes.
François Hollande et David Cameron préfèrent l’islam radical, ou, tout au moins se couchent devant lui. Ils invoquent une démocratie inexistante en Egypte. Ils font la cour à leurs ennemis. Ils ont peur. Ils sont lâches.
Le machin appelé « communauté internationale » est l’incarnation de la peur, de la lâcheté et de l’aveuglement volontaire.
Les puissances du statu quo incarnent, elles, une civilisation bloquée et un islam lui-même bloqué, dictatorial, féodal, mais elle n’incarnent pas un projet djihadiste révolutionnaire imprégné de national-socialisme et des élucubrations fanatiques de Hassan El Banna, de Sayyid Qutb et de l’Ikhwan. Elles sont dans le contexte actuel un moindre mal, et quand le choix n’est pas entre le bien et le mal, mais entre un moindre mal et un pire mal, mieux vaut le moindre mal.
Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Guy Millière pour www.Dreuz.info
A propos de l'auteur
Guy Millière, (spécialisation : économie, géopolitique). Titulaire de trois doctorats, il est professeur à l'Université Paris VIII Histoire des cultures, Philosophie du droit, Economie de la communication et Maître de conférences à Sciences Po, ainsi que professeur invité aux Etats-Unis. Il collabore à de nombreux think tanks aux Etats-Unis et en France. Expert auprès de l’Union Européenne en bioéthique, Conférencier pour la Banque de France. Ancien visiting Professor à la California State University, Long Beach. Traducteur et adaptateur en langue française pour le site DanielPipes.org. Editorialiste à la Metula News Agency, Israël Magazine, Frontpage Magazine, upjf.org. Membre du comité de rédaction d’Outre-terre, revue de géopolitique dirigée par Michel Korinman. Rédacteur en chef de la revue Liberalia de 1989 à 1992 Il a participé aux travaux de l'American Entreprise Institute et de l'Hoover Institution. Il a été conférencier pour la Banque de France, Il a participé à l'édition d'ouvrages libéraux contemporains comme La constitution de la liberté de Friedrich Hayek en 1994 dans la collection Liberalia, puis dans la collection « Au service de la liberté » qu'il a créée aux éditions Cheminements en 2007. Il a également été rédacteur en chef de la revue éponyme Liberalia de 1989 à 1992. Il a été vice-président de l'Institut de l'Europe libre ainsi que Président et membre du conseil scientifique de l'Institut Turgot. Il fait partie du comité directeur de l'Alliance France-Israël présidée par Gilles-William Goldnadel. Il est l'auteur de plus d'une vingtaine d'ouvrages.
Source : Guy Millière, Dreuz.info, 17.8.2013
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Exactement … bel article, quand ca nous arrivera en France dans 20 30 ou 40 ans on verra si notre armé aura le meme courage ou si elle sera a la botte de Al Tanni ou de son fils …
Égypte : avant tout, respectez les droits de l’homme !
Ces trois derniers jours ont montré que l’armée avait raison de chasser les Frères musulmans du pouvoir.
On ne peut que déplorer les actes de violence qui se produisent actuellement en Égypte. Si l’armée égyptienne a été la cause de la situation présente par une action militaire directe, les Frères musulmans créent intentionnellement la violence dans les rues à des fins politiques. En Égypte, le chemin du respect des droits de l’homme est long et difficile.
En un an, les Frères musulmans ont mis en place les bases d’un régime totalitaire, agressées de nombreuses minorités visibles comme les Coptes et ont détruit plusieurs églises. Ces actions n’étaient cependant rien en face de ce qu’ils font maintenant. On pourrait dire que le vrai visage des Frères musulmans se révèle actuellement. Une bonne partie de la violence de l’armée égyptienne est provoquée par ces hommes qui cherchent à créer le plus de martyrs égyptiens possible. C’est une situation gagnante pour eux. Si les combats tournent en leur faveur, ils reprennent le pouvoir. S’ils sont perdants, ils peuvent alors accuser les militaires de commettre des atrocités et faire appel à l’aide internationale. C’est ce qui se produit actuellement.
Envoyer des innocents se faire massacrer pour attirer la sympathie est une tactique utilisée depuis déjà longtemps par de nombreux pays du Moyen-Orient. Il est surprenant de voir encore des États mordre à cet hameçon. Pour l’ONU, la question ne devrait-elle pas être de savoir lequel des deux belligérants respecte le plus les droits de l’homme ? Si le passé est garant de l’avenir, ce sont les militaires qui doivent être appuyés. N’ont-ils pas cédé volontairement le pouvoir devant les manifestations populaires en 2011 ? Pour leur part, en un an, les Frères musulmans ont amoindri les droits de la personne en leur pays comme l’égalité des hommes et des femmes en prétextant des motifs culturels et religieux. Ces droits sont universels et la mesure a utilisé pour juger de la qualité de tous les gouvernements de la planète. La paix ne doit pas se faire à leurs dépens.