Atlantico : Alors que François Hollande rend aujourd’hui visite au Pape, Manuel Valls a récemment déclaré que la gauche se devait de combattre les revendications religieuses, sans quoi « notre modèle [républicain] sera mis en danger ». Le premier flic de France souhaite ainsi opposer à la montée des valeurs « identitaires » la culture de « l’émancipation » de l’individu. Faut-il y voir l’illustration d’une « religion laïque » en guerre contre le fait spirituel ?
Rémi Brague : Sans que l’on puisse l’affirmer avec une certitude scientifique, c’est une hypothèse qui n’est totalement dénuée de fondements, d’autant plus que M. Valls n’est pas le seul à défendre une telle ligne au sein du gouvernement. M. Peillon, que ce soit lorsqu’il cite des auteurs qu’il a étudié où lorsqu’il exprime sa propre pensée, me semble être assez proche de ces déclarations, même s’il faut rester prudent et éviter la surinterprétation en affirmant qu’un projet « anti-religieux » se cacherait derrière ces déclarations. L’idée d’un projet d’instauration d’une religion civile n’est visiblement pas à écarter d’un revers de la main pour autant.
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La loi de séparation des églises et de l’Etat (9-12-1905) a délimité les domaines relatifs de la liberté des cultes (domaine privé) et celle de la République (domaine public). Les revendications des ultras des principales religions sont d’intervenir dans le domaine public pour tenter d’imposer leur vision de la vie en société. Cette séparation droit être réciproque : l’Etat n’a pas à se mêler des affaires religieuses, ni à subventionner les cultes.
Si une guerre a été déclenchée en France, elle l’a été par les extrémistes religieux.