Les nounous en burka ont précédé la « Mini Ummah »

 

Une amie m’a fait parvenir un reportage de L’Hebdo réalisé peu après la votation sur les minarets. J’ai tiré quelques extraits de ce texte. L’article peut être consulté dans son entier ici. Osmanoglu est déjà de la partie.

 

Titre : Petit-Bâle, premier ghetto de Suisse?

La journaliste frappe à la porte d’une crèche.

« La femme qui ouvre la porte est vêtue du niqab… Dans la pièce d’à côté, une quinzaine d’enfants jouent, sous la supervision d’une femme, elle aussi en niqab. Nous sommes au quartier général de la Communauté musulmane de Bâle (MG) (MiV: celle d’Osmanoglu), une association comptant quelque 200 membres, tous musulmans de seconde ou de troisième génération. » Elle est installée au cœur du quartier de Kleinbasel.

« Aujourd’hui, ce sont les Turcs qui ont envahi les rues de Klybeck, Matthäus ou Kleinhüningen (…) A Matthäus, 18% de la population sont de confession musulmane. A Klybeck, ce sont 21% (contre 5% sur le plan fédéral) (…) Kleinbasel [est] perçue comme une société parallèle qui s’est développée au cœur de la ville.

« Dans les locaux de la MG, cette impression peine à se dissiper même si, en apparence, on tend la main à l’Autre: «Nous n’avons pas assez dialogué avec les Suisses, expliqué qui nous sommes, soupire son secrétaire Aziz Osmanoglu. Les peurs viennent de là. (…) Cette image négative de l’islam est née lors des attentats du 11 septembre 2001, selon lui. «Depuis ce jour, je ne peux plus porter mon turban en ville sans m’attirer des regards de travers.»

(…) Il juge ainsi que l’accueil des nouveaux migrants est l’affaire de leurs coreligionnaires déjà installés en Suisse et non de l’Etat. «Les femmes musulmanes fraîchement débarquées ne connaissent rien à la Suisse, cela ressemble à la jungle pour elles. Les envoyer dans un cours de langue, c’est un contraste trop radical.» (…) en cas de conflit, on doit chercher des solutions pragmatiques, poursuit le Turc. Pour les dispenses de piscine, par exemple, on peut imaginer que les musulmans envoient leurs enfants dans des écoles qui ne proposent pas de cours de natation.» La MG envisage en outre l’ouverture d’un établissement scolaire qui dispenserait l’enseignement en turc. «Nous voulons regrouper les musulmans, quelle que soit leur origine, sur le principe de l’Oumma.»

Aziz Osmanoglu s’emporte soudain: «Vous nous reprochez de contraindre nos femmes à porter le voile et vous voulez les obliger à aller à la piscine? Ce n’est pas nous qui créons des ghettos, c’est l’Etat, avec sa politique assimilationniste. Je ne laisserai jamais ma fille aller à la piscine. Si on m’y oblige, je la renverrai en Turquie.»

(…) Au total, Bâle-Ville compte 16 mosquées pour 15 000 musulmans. La langue dans laquelle se tient le prêche détermine qui vient. (…) Plusieurs ont des liens politiques, avec Ankara, avec le mouvement turc des Loups Gris (MiV : d’extrême droite) ou avec l’Arabie saoudite.

(…) «Je suis dégoûté, c’est un vote anti-arabe», dit l’un. «Mais non, et puis la majorité du peuple a voté comme cela. On doit respecter cette décision», répond l’autre. Le premier, Kristijan, est un Croate catholique; le second, Erdal, un Turc alévi, une communauté qui compte quelque 8500 membres dans la région de Bâle.

Eux-mêmes discriminés par la majorité sunnite en Turquie, les alévis cherchent à marquer leurs distances face à un islam rigoriste. (…) «Je n’ai pas voté sur l’initiative, mais j’aurais sans doute dit oui, explique Dogan Eser, l’un des convives. Les musulmans sont libres de vivre leur foi en Suisse. Ils n’ont pas besoin de minarets, qui sont des symboles de pouvoir.» (…) Président du centre culturel, Mehmet Kabakci juge qu’on a occulté les vraies questions en se focalisant sur les minarets: «Veut-on que les petits Suisses d’origine musulmane fréquentent des mosquées où les prêches sont tenus par des imams saoudiens ou par des imams formés en Suisse?»

(…)  Le Secrétariat municipal de Kleinbasel, où sont représentées 34 organisations de quartier ainsi que des «personnages clés» au sein de chaque communauté (imam, patron de café, etc.), cherche à les amener à se rencontrer. «Il y a un grand travail de traduction – autant littéral que culturel – à faire entre les autorités et migrants du quartier», note son président Patrick Zemp. (…)Il reconnaît toutefois qu’une petite minorité de fondamentalistes pose problème: «Ce sont souvent des personnes très éduquées qui cherchent à faire jurisprudence en portant leur combat - sur le voile ou les cours de piscine - jusque devant les tribunaux.»

Les conflits avec les autorités sont très rares: la ville n’a répertorié que 18 burqas ( !!!) et cinq demandes de dispense de piscine, et les hôpitaux recensent cinq cas de femmes excisées par an.

(…) [le fils de] Patrick Zemp fréquente une garderie où il est l’unique bambin parlant l’allemand. A l’école primaire de Bläsi, 216 des 260 élèves sont de langue maternelle étrangère. Lors des soirées de parents, il faut engager pas moins de cinq à sept traducteurs.

(…) 19h, la place du marché (…) Les musulmans de Bâle sont venus remercier les Bâlois d’avoir dit non à l’initiative sur les minarets. (…) Les revers des manteaux sont ornés de croissants jaunes en papier, pour rappeler les étoiles de David imposées aux Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale et dénoncer la stigmatisation des musulmans par l’initiative. (…) »

Texte transmis par Mireille Vallette, 11 août 2014

Un commentaire

  1. Posté par Le pragmatique le

     » Je ne laisserai jamais ma fille aller à la piscine. Si on m’y oblige, je la renverrai en Turquie.»

    Nous sommes ainsi parfaitement d’accord. Nous n’en demandons pas plus.

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