L’interdiction des crèches de Noël : Eradiquer nos traditions et imposer le multiculturalisme

 

L’ambition des tiers-mondistes qui s’offusquent des crèches publiques

Dans Le Point, Jean-Paul Brighelli les voit venir, les pseudo-laïcards, avec leurs gros sabots ! Les démocrates coiffés du chapeau à plumes de la laïcité veulent imposer à la majorité séculaire une société multiculturaliste diverse et informe ! Ils prétendent agir au nom de la loi de 1905, quand leur agenda personnel a l’ambition d’ouvrir la France au communautarisme, dont l’avènement rampant marquera la dilution de notre société ! C’est-à-dire inverser la formule « un tiers-mondiste, deux-tiers mondain » appliquée à Bernard Kouchner en « deux-tiers-mondiste, un tiers mondain »… Ils font mine de s’en prendre à un symbole de la chrétienté (un faux symbole en fait), afin de promouvoir l’égalité des religions, et de se faire les propagandistes d’un islam qui est tout de même très loin d’être majoritaire mais qui, hégémonique, vise à passer du deuxième rang au premier. Et de l’autre côté, certains élus s’arc-boutent légitimement sur des traditions imprégnées de religion qui, si elles ne sont certes que des traditions populaires, restent néanmoins partie intégrante de leur univers culturel plutôt que cultuel. Faisons donc la part des choses.

Légendes et traditions

D’abord, précisons que la tradition de la crèche remonte concrètement à la découverte d’un bas-relief sur un sarcophage représentant pour la première fois le Christ entre le boeuf et l’âne au IVe siècle. Et l’on n’a pas besoin d’être docteur en théologie pour savoir que cette histoire d’animaux qui adorent Jésus est tout sauf catholique, mais populaire depuis dix-sept siècles et que l’image de l’étable respecte les conditions précaires de la naissance de l’Enfant Jésus: dans la tradition judéo-chrétienne, seul l’homme est susceptible d’adorer Dieu et les animaux ne le peuvent. Encore sont-ils respectés et honorés comme créatures de Dieu. Cette histoire de crèche réalise bien davantage l’intégration de traditions païennes (mais bien davantage que le sapin de Noël, symbole tardif de la verdure persistante et qui renaîtra bientôt – faut-il rappeler que ce n’est pas par hasard que l’on a fait coïncider Noël avec le solstice d’hiver?) qu’elle ne constitue une vénération authentiquement chrétienne, à l’origine. Elle n’est pas objet de foi, mais simple support pédagogique, dans un calendrier liturgique concentrant les trente-trois années de la vie du Christ en douze mois d’une année civile. Les Rois mages, eux, n’apparaissent que dans les Excerpta Latina Barbari, qui remontent au VIe siècle et qui sont un recueil de légendes. Légendes que nos libres-penseurs négligent d’ailleurs en bloc, bien que Gaspard, Melchior et Balthazar soient venus d’Orient.

Ajoutez à cela que le Père Noël, qui vient tout droit de Julenisse, petit lutin des légendes nordiques assimilé par la suite à saint Nicolas, n’est pas d’une chrétienté bien plus évidente que le Père Fouettard, et vous avez avec la crèche un assemblage fédérateur de légendes populaires charmantes et naïves, dont on se demande qui elles peuvent heurter – sinon qu’elles étaient faites pour rassembler plutôt que diviser. Les catholiques qui ont dépassé le niveau de connaissances requis des enfants du catéchisme n’y voient qu’une imagerie transmise de génération en génération, liant culturel entre les hommes de bonne volonté. D’ailleurs, le Concile de Trente a fermement condamné le principe même de la crèche en 1563 et l’islam interdit la représentation du visage de dieu.

Démagogie

En pratique, la crèche, qu’elle soit provençale, génoise ou napolitaine, sert essentiellement à mettre en scène tout ce petit peuple dépourvu d’image dans l’art officiel. La mairie de Marseille en réalisait une dans la Bourse de la ville où les santons, de belle taille, représentaient l’ensemble des figures et des métiers de Provence – y compris les comparses de la partie de cartes pagnolesque, fort loin de toute référence chrétienne, dans un but de convivialité et de pacification. La crèche est avant tout installée pour et avec les enfants et au même titre que les cloches de Pâques et la petite souris les impliquent.

Jean-Paul Brighelli met  le verbe à l’imparfait: Jean-Claude Gaudin s’est avisé un jour qu’une crèche pouvait heurter les croyances de ceux de ses concitoyens qui croient en un autre dieu que Jésus. Et il l’a supprimée. Brighelli a évoqué le fait ici-même – à propos, déjà, de laïcité. Et pour le déplorer, estimant que ce n’était pas par respect de la laïcité, de la part d’un maire qui orne son bureau personnel de photos de Jean-Paul II. Il a cédé à la pression, comme l’a fait le président du Conseil général de Vendée, par respect d’une loi interprétée de manière étroite: il a obtempéré bien que représentant élu d’une région à forte tradition chrétienne.

La laïcité, faux nez du communautarisme

Car les « ayatollahs de la laïcité » (l’expression est de Robert Ménard, en butte lui-même à Béziers à une injonction préfectorale pour supprimer la crèche installée dans sa mairie) qui s’insurgent, en Vendée et ailleurs, contre cette tradition populaire qui ne fait de mal à personne – les rabbins orthodoxes et les imams salafistes eux-mêmes interdisent-ils aux Juifs et aux Musulmans de visiter les églises?-  et qui alimente l’industrie du santon, à Aubagne et Marseille, ont peut-être en tête un agenda tout autre que le strict respect de la loi de 1905. Ces manifestations insupportables, à les entendre, d’un catholicisme rampant ( au grand jour depuis vingt siècles dans les processions et les pardons), ont l’inconvénient de rappeler que, comme le disait de Gaulle, « nous sommes quand même avant tout un peuple européen de race blanche, de culture grecque et latine et de religion chrétienne. Qu’on ne se raconte pas d’histoires ! » (cité par Alain Peyrefitte dans C’était de Gaulle, Fayard, 1994-2000).

Qu’un homme comme Jean Baubérot, avec lequel Brighelli a déjà rompu quelques lances par le passé et qui a refusé jadis de signer les conclusions de la commission Stasi sur les signes religieux ostentatoires (à l’origine de la loi de 2004 sur l’interdiction des signes religieux ostentatoires à l’école) en vienne immédiatement à comparer l’interdiction d’une crèche vendéenne et la « répression » en France de l’islam [dont il est toujours et uniquement question] est révélateur de l’agenda multiculturaliste, pour ne pas dire plus, de certains. Occultant les causes et les raisons qui les justifient, il accuse: « Dès le moment, dit-il à l’Obs, où un climat anti-islam s’instaure, il y a, par ricochet, un durcissement à l’égard des autres religions, qui aboutit à un climat d’intolérance générale dangereux pour les libertés publiques. » L’arrière-pensée de ce sociologue est évidente lorsqu’il introduit désormais des seuils de laïcisation dans ce qui était à l’origine sécularisation pure et dure.

Nous y voici. La répression des crèches témoignerait en fait d’une laïcité agressive, en réaction à l’interdiction du voile islamiste  islamique. Alors que c’est exactement le contraire. Interdire les crèches, qui ne sont jamais qu’une manifestation bien ancrée de « traditions locales fédératrices culturelles » et populaires, comme l’a d’ailleurs souligné l’Observatoire de la laïcité, c’est affirmer qu’il n’y a plus en France de tradition majoritairement chrétienne, que tout se vaut, et qu’il faut respecter non la laïcité, mais toutes les croyances. Ce sont moins les athées militants qui applaudissent cette interdiction que les multiculturalistes rampants, bien qu’athées et libre penseurs se cotoient dans cet activisme.

Mathieu Bock-Côté, dans un article du Figaro, rappelle qu’au Québec, on était passé de « Joyeux Noël » à « Joyeuses fêtes », déjà en 2009, comme ce fut aussi le cas dans les villes communistes, voire à un curieux « Joyeux décembre », afin de ne choquer aucun des sectateurs de l’islam : « Les symboles de Noël ne sont pas attaqués d’abord en tant que symboles religieux, mais en tant que symboles identitaires de la « majorité chrétienne » dont il faudrait contester les privilèges symboliques.

C’est en fait la querelle du multiculturalisme qui se révèle (…) On veut déconstruire la culture nationale pour mieux accueillir ceux qui arrivent. » On n’y a pas pris garde, mais les attaques ont débuté par la bande avec la critique de la mercantilisation des fêtes de Noël. Les anti-libéraux gravitent aussi dans la nébuleuse anti-chrétienne (et anti-cléricale), mais aussi contre les Juifs et, comble de l’abomination, les sionistes.

La France soluble est-elle submersible ?

Dans ce contexte, les agnostiques de la Libre pensée qui se sont battus pour l’interdiction de la crèche vendéenne sont contre leur gré les idiots utiles d’un agenda communautariste: on interdit une crèche pour égaliser toutes les religions dans une tradition française qui pourtant ne connaissait que l’héritage gréco-latin – la Révolution, qui a éclaté en plein néoclassicisme, en fit ses choux gras – et judéo-chrétien – la IIIe République a instauré la séparation de l’Église et de l’État, mais elle a pris en charge la réfection et l’entretien des milliers d’édifices religieux de France : la restauration du Mont Saint-Michel, c’est la République, et ce n’était certes pas au nom de principes religieux, mais artistiques. Mais désormais, l’islam aura le droit de revendiquer un même traitement, en affirmant qu’il est la tradition culturelle de demain – puisque aussi bien on aura éradiqué les traditions culturelles d’hier.

Le lecteur voudra bien m’excuser [J.-P. Brighelli] de m’être exprimé, aujourd’hui, sur les marges de la question scolaire, à laquelle ces chroniques sont ordinairement consacrées. Mais, outre le fait que la laïcité, elle, est en plein dans le débat sur l’éducation, et que je lui ai consacré ici même maintes pages, il faut pour en finir proclamer que, oui, la France est soluble dans le communautarisme et le multiculturalisme. Oui, l’imaginaire collectif est soluble, et bientôt dissout. Mais pour être supplanté. Quel est le bénéfice tiré par les libres penseurs -et autres athées- du remplacement d’un « opium » par un autre ! Bientôt un jour férié pour la célébration de l’Aïd el-Kebir, la fête du mouton ?

Et cela ne peut laisser indifférents que les inconscients.

 

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1 commentaire

  1. La lettre de Jean-Pierre Santon au tribunal administratif de Nantes :

    «
    Cher Monsieur le Tribunal,

    J’ai pris connaissance il y a quelques jours de votre décision d’interdire la crèche de Noël traditionnellement installée dans le hall du Conseil General de la Vendée.

    Quelle mouche vous a donc piqué ?

    Vous avez fait des études je suppose. Peut-être savez vous donc que Noël vient du latin « Natalis » qui veut dire Naissance. Alors je vais vous livrer un secret que vous voudrez bien transmettre à vos confrères qui peut-être nagent avec complaisance dans la même ignorance que vous. La naissance dont-il est question est celle d’un certain Jésus de Nazareth né il y a un peu plus de 2000 ans. je dis ça parce qu’étant donné que vous n’avez pas interdit les illuminations de Noël, je suppose que vous ignoriez ce détail.
    Voyez-vous, Noël n’est pas l’anniversaire de la naissance du Père Noel (je suis désolé si je casse ici une croyance ancrée en vous) mais bien celle de ce Jesus. Interdire une crèche sans interdire toute manifestation publique de cette fête est aussi stupide que si vous autorisiez la fête de l’andouillette tout en interdisant la consommation d’andouillette le jour de la fête de l’andouillette.

    La crèche c’est ce qu’on appelle une tradition. Et ne me faites pas croire, Monsieur le Tribunal, que le principe de la tradition vous est étranger.
    Sinon comment expliquer que les magistrats exercent leur métier dans un costume aussi ridicule si ce n’est parce qu’il est le fruit d’une tradition ?

    Vous êtes un briseur de rêves Monsieur, vous êtes un étouffeur de sens. La crèche c’est Noël, et Noël c’est la crèche.
    La crèche c’est aussi l’histoire d’une famille qui faute de droit opposable au logement est venue se réfugier dans une étable. C’est un signe d’espoir pour tous les sans logement.
    La crèche c’est aussi un roi arabe et un autre africain qui viennent visiter un juif. C’est un signe d’espérance et de paix en ces temps de choc de civilisations et de conflit au Moyen Orient.
    La crèche c’est aussi des éleveurs criant de joie et chantant dans une nuit de décembre. Connaissez-vous beaucoup d’agriculteurs qui rigolent en cette période de crise ?
    La crèche c’est un bœuf, symbole de la condition laborieuse de l’homme.
    Enfin, la crèche, c’est un âne, même si une rumeur court disant que cet âne a quitté la crèche en 2013 pour rejoindre le Tribunal administratif de Nantes.

    Malgré le fait que vous allez sans doute, par souci de cohérence, vous rendre à votre travail le 25 décembre, je vous prie de croire, Monsieur le Tribunal, à l’expression de mes souhaits de bon et joyeux Noël.

    Jean-Pierre Santon
    »

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