Libye, migrants : l’Italie, traitée comme une «colonie» par Macron, exprime son mal-être

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Il disprezzo, Le Mépris en français. Ce film de Jean-Luc Godard des années 1960 pourrait résumer le sentiment d'injustice de certains observateurs italiens, à ceci près qu'Emmanuel Macron serait plutôt un Napoléon en devenir qu'une Brigitte Bardot. Dans un contexte de relations déjà tendues entre les deux pays, c'est le sommet tripartite consacré à la Libye, sous l'égide d'Emmanuel Macron le 25 juillet 2017 qui a fait déborder le vase, malgré un résultat somme toute modeste de l'initiative diplomatique française. L'Italie, ancienne puissance coloniale, n'y a en effet pas été conviée, au grand dam, notamment, de la presse italienne.

Ainsi d'Eugenio Scalfaro, fondateur du quotidien de référence italien La Repubblica, socialiste et européen convaincu. «Chère gauche italienne, cher gouvernement [...] c'est sur Macron, que vous devez aujourd'hui vous concentrer, [afin de] de ne pas vous laisser réduire à une sorte de colonie telle que la Tunisie, l'Algérie ou, très précisément la Libye», a ainsi martelé l'intellectuel le 23 juillet 2017, dans les colonnes de son journal, comparant même Emmanuel Macron à Napoléon. 

En invoquant l'histoire coloniale européenne, celle des anciennes possessions françaises et de la Libye italienne, Eugenio Scalfaro fait un double reproche à la politique étrangère du nouveau président français. Non seulement, Emmanuel Macron considérerait son voisin transalpin comme un pays de seconde zone, une colonie française en somme, mais il aurait de surcroît supplanté l'Italie dans leur ancien et modeste empire colonial, c'est-à-dire en Libye.

Retours de manivelle sur le dossier des chantiers navals de Saint-Nazaire 

Malgré la décolonisation, l'Italie a toujours considéré la Libye comme sa chasse gardée, un des quelques atouts qui permettaient encore à Rome de prétendre au rang de puissance régionale. Mais, dans le cas où Rome perdrait la main sur le dossier libyen, ce sont aussi ses intérêts économiques qui pourraient se trouver menacés, notamment pétroliers via ENI, son champion national historique de l'énergie. A cette relégation sur la scène internationale, imputable à Emmanuel Macron, s'ajoutent le déclin économique de la péninsule italienne, l'effondrement de son secteur bancaire et la ruine des petits épargnants.

Aussi l'attitude cavalière d'Emmanuel Macron risque-t-elle de compliquer encore les relations entre la France et l'Italie, non seulement à propos de la crise migratoire mais aussi des grands dossiers économiques, à commencer par celui de la reprise des chantiers STX France de Saint-Nazaire (ex-DCNS) par l'italien Fincantieri. Alors que la France et l'Italie ferraillent sur la question, Paris semble, là aussi traiter l'Italie de façon assez cavalière. En visite à Saint-Nazaire le 31 mai dernier, Emmanuel Macron a tout simplement balayé un précédent contrat, accordant à Fincantieri 48% du capital de la filiale française du groupe coréen STX Offshore and Building, après une décision de la Justice sud-coréenne.

Ce 26 juillet, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a tapé du poing sur la table, menaçant l'Italie de nationaliser la filiale française de STX dans le cas où Rome n'accepterait pas les nouvelles conditions françaises. Juste après l'humiliation sur le dossier libyen, alors que l'aide de Fincantieri, seul repreneur, avait été sollicitée par la France, cette nouvelle rodomontade française pourrait bien finir d'exaspérer une Italie à bout de nerfs.

De fait, laissée seule par la France et l'Union européenne face aux vagues de migrants en provenance, notamment, de la Libye, laissée seule aussi face à l'effondrement continu de son secteur bancaire par la Banque centrale européenne (BCE), Rome semble découvrir le désintérêt de la France, plus proche des centres de décisions de Bruxelles et de Berlin que d'une Italie, traditionnellement tournée vers la France.

Lire aussi : Excédée, l'Italie menace de distribuer des visas européens aux migrants

 

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4 commentaires

  1. Posté par Alberto Da Giussano le

    Silphion.
    Ceci est plutôt hors sujet … sauf que c’est quand même très intéressant également ; mais d’un point de vue Historique et … botanique (voir culinaire).
    Le silphium était utilisé comme condiment dans la cuisine gréco-romaine, il est cité dans des recettes d’Apicius.
    On ne connaît pas exactement la cause de l’extinction du silphium. La plante ne poussait qu’en Cyrénaïque, dans une étroite zone côtière d’environ 200km sur 50km le long du golfe de Syrte.

    http://fr.wikipedia.org/wiki/Silphium_(antiquit%C3%A9)

    PS : @ Bussy,
    « Comment avoir du respect pour un pays qui pratique la traite négrière et se laisse envahir par des hordes de barbares sans réagir ! »
    Remarque tout à fait recevable !
    Sauf qu’il peut s’agir ici aussi bien de la France pour laquelle je n’ai plus aucune empathie (pour rester correct et ne pas dire plus …) depuis qu’elle a élu Macron avec un score écrasant et dans une quasi-unanimité morbide ; autant que de l’Italie dont le gouvernement ‘’Renzi/Gentilloni/Matarella/Bergoglio’’ est ce qui se fait de pire en Europe … même comparativement à celui de la Merkel !
    Enfin … sauf qu’en Italie tous ces gouvernements N’ONT JAMAIS ÉTÉ ÉLUS DEPUIS 2008 !
    Et qu’encore tout récemment les élections générales ont été reportées jusqu’à leurs ultimes limites possibles en 2018 par le gouvernement Gentilloni … sous prétexte d’une législation électorale obsolète.
    Donc attendons les résultats de 2018 pour savoir si l’Italie ne vaut pas mieux que la France.

  2. Posté par Alberto Da Giussano le

    L’espace libyen – 1 755 000 km2 – comptait environ 1 million d’habitants en 1954.
    Les flots de pétrodollars aidant il en comptera 40 ans plus tard (statistique de 1995) 4 400 000 au moins.

    Mon grand-père a servi 10 ans dans l’armée italienne, c’était pendant les années 1920 / 1930, il participât notamment à la construction des toutes premières infrastructures libyennes (qui en ont longtemps gardées un coté typiquement italien).
    Ceci devant se réaliser dans la crainte de razzias et soulèvements permanent de tribus locales particulièrement belliqueuses.
    Plus tard, même Rommel devait (contrairement aux idées reçues) se montrer admiratif des divisions d’élites italiennes (Ariete, Folgore …) qui avec des moyens dérisoires bloquèrent des troupes anglo-américaines (mais encore plus indo-pakistano- …etc.) 10 fois supérieures en nombre et équipées du matériel le plus perforant.
    Les italiens avaient fait en Libye de grandes choses (et pas mal de prouesses), tant au point de vue des routes, villes, infrastructures … que du point de vue militaire.
    Les colons italiens laissés sans défense par les Alliés ont souvent dû subir le pire, comme par exemple ceux de Cyrénaïque où il n’en restât quasiment plus un en un temps record ; ceux qui purent fuir à temps et … les autres qui ne sont jamais revenus raconter la suite.
    Je n’ai pas connu mon grand-père qui était mort depuis longtemps quand je suis né ; juste une vielle photo sur laquelle il ressemble plus à un prussien qu’à un rital et une vielle médaille attachée à un diplôme (style parchemin) pour ses bons et loyaux services durant des campagnes et expéditions en Libye et Albanie.

    De quoi se sentir fier d’être rital, et même plus que cela : rital du nord de l’Italie !

  3. Posté par Alberto Da Giussano le

    Comme l’ex Yougoslavie qui n’existait pas avant la 1ère guerre mondiale.
    La Libye n’existe que depuis que l’Italie en a chassé les janissaires Ottomans (et leurs sbires barbaresques) qui contrôlaient plus ou moins bien ses côtes et son faible commerce, pour en faire une colonie.
    Comme l’ex Yougoslavie la Libye est traversée en son centre (le fond du golf de Syrte) par une antique fracture : la limite entre l’Empire Romain d’Orient (Cyrénaïque) et l’Empire Romain d’Occident (Tripolitaine), mais sur l’autre rive de la Méditerranée ici.
    Fracture à laquelle vient s’en ajouter une encore plus irréductible : l’immense hinterland désertique du Fezzan et son ‘’rivage’’ (sens du terme ‘’Sahel’’) subsahariens de ses confins tchadiens et négro-africains.
    Comme l’ex Yougoslavie la Lybie réunissait (j’emploi le passé par réalisme) des entités très dissemblables :
    – la Cyrénaïque tournée vers le Machrek (مشرق – l’Orient arabe).
    – la Tripolitaine où commence le Maghreb (المغرب – al-Maghrib, le Couchant).
    – le Fezzan, zone désertique tournée vers le Sahel tchadien.

    Ce sont d’ailleurs les italiens qui baptisèrent cet ensemble ‘’Libye’’ (ressuscitant pour l’occasion le nom que les grecs de l’antiquité donnaient à l’Afrique du nord depuis leurs colonies de Cyrénaïques).
    Dans cet immense désert entre l’Orient compliqué, l’Afrique subsaharienne anarchique et un Maghreb toujours imprévisibles il serait hasardeux d’avoir trop de certitudes.
    Dislocation de type post-Tito en Yougoslavie ?
    C’est d’ores et déjà accompli !
    Avenir à la Somalienne ?

    Sur le moyen / long terme il semble probable que ‘’ Libye’’ ne sera plus qu’un terme géographique vague (ce qu’il était à l’origine) désignant un immense espace semi-désertique revenu à ses composantes naturelles.

    Cependant il est notoire que le pétrole y est abondant et de la meilleure qualité qu’il se puisse trouver, et que le Fezzan a toujours été, depuis l’antiquité égyptienne, une des pires zones de transit pour la traite négrière (sauf que les esclaves noirs y étaient systématiquement castrés) …
    Et cela explique surement (avec l’immense réserve de pétrodollars qu’avait honnêtement engrangé le nationaliste arabe & africain Kadhafi) tout ce qui s’y est passé et s’y passe actuellement de pas très claire.

  4. Posté par Bussy le

    Comment avoir du respect pour un pays qui pratique la traite négrière et se laisse envahir par des hordes de barbares sans réagir !

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