Il y a quelques semaines, lors d’un «mariage turc» célébré à Saint-Nicolas, des invités ont tiré en l’air sur la voie publique. Un comportement qui, bien que conforme aux coutumes de la communauté, a effrayé la population locale. La police d’Ans/Saint-Nicolas souhaite qu’un rappel à la loi soit désormais envoyé aux futurs époux, en préambule […]
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Pour votre divertissement:
Mon père avait dirigé la construction de la route reliant la ville de la Mer Noire Trabzon à Erzurum, dans les années 1930-40. Un extrait de mon récit d’enfance – relatif aux « tirs en l’air »:
« …. Les villages proches de la route projetée étaient parfois hostiles au gouvernement central. Mais mon père et son groupe d’ingénieurs parvenaient à gagner leur collaboration en employant des ouvriers locaux, en les payant correctement et surtout en veillant à ce qu’ils soient bien traités. Des petits travaux d’utilité publique – la réfection d’une route de village, la réparation d’un pont en mauvais état, la stabilisation d’une berge – non prévus par le cahier des charges du projet principal et effectués gratuitement aidaient beaucoup à établir la confiance.
Il était toutefois indispensable de se mettre en bons termes avec l’homme le plus important de la région – le chef local de la bande de brigands !
Mon père m’a raconté plusieurs autres histoires en relation avec les brigands. Mais il ne les a pas mises par écrit.
Au début de la construction de la route, le sentier n’était même pas praticable en moto à certains endroits et les déplacements devaient se faire à cheval. A une occasion, mon père avait reçu un beau cheval d’un blanc immaculé qui faisait l’admiration des villageois du voisinage.
Un jour, une délégation d’un village situé à quelques kilomètres du campement des ingénieurs vint trouver mon père. Une famille notable du village mariait une de leurs filles au fils d’une autre famille importante d’un village voisin. L’événement était utile pour la bonne entente entre les deux communautés. Selon la tradition, la famille devait arriver chez le futur gendre cérémonieusement avec la dot, au son du « zurna » (une flûte droite au ton nasillard) et du « davul » (un grand tambour monotone et sonore) et la mariée montée sur un cheval.
Pour que le mariage soit fructueux, il était de bon augure si la jeune fille se présentait sur un cheval blanc. Or, le seul cheval blanc et d’une beauté suffisante dans la contrée était celui de mon père ! Ainsi, la famille le suppliait de leur prêter sa monture pour l’occasion – et le priait d’être leur hôte et de prendre part à la cérémonie et aux festivités.
Les festivités qui suivaient les mariages de cette importance pouvaient durer plusieurs jours, voire une semaine, et l’alcool était abondamment consommé – le « raki » (boisson anisée, semblable à l’ouzo grec) n’étant pas spécifiquement interdit par le Coran. Une « expérience ethnologique » qui n’enchantait pas trop mon père car il avait d’autres choses à faire, mais il accepta l’invitation pour entretenir la bienveillance de la population vis-à-vis de l’entreprise.
Au village, on se soucia de le loger dans la maison la plus sûre de l’endroit, et c’était chez le brigand local. Un homme très courtois et serviable qui lui proposa d’installer son lit sur le balcon, car il faisait très chaud la nuit. La fête devenait très animée, et mon père se vit obligé à plusieurs reprises, pour respecter les usages et honorer les mariés, de décharger son revolver en l’air afin de signifier son enthousiasme durant les ripailles. La nuit venue, son hôte lui suggéra qu’il serait peut-être plus prudent, vues les circonstances, de se retirer à l’intérieur de la chambre durant son sommeil. Après quelques jours de fête, il estima le moment propice pour récupérer son cheval et retourner discrètement à son travail sans blesser trop de susceptibilités… «
Tandis que nous, européens de souche et chrétiens, pouvons toujours essayer de tirer en l’air lors d’un mariage, en prétextant une ambiance far-west américain ou je ne sais quoi, le résultat sera garanti.
Il ne s’agira pas de rappel à l’ordre, bizarrement.
Mariages ethniques et charmantes coutumes. Nous avons tout à apprendre de ces perles indispensables à notre développement mental et culturel. Rendons-nous enfin compte de la chance et du privilège que nous avons.