Espagne, le phénomène Vox

 

Certes, le parti Vox aurait pu faire mieux, et le temps presse devant les menaces qui pèsent sur les nations européennes. Mais ne boudons pas notre plaisir, et l’obtention de près de 10 % des voix et de vingt-quatre députés aux élections législatives de dimanche dernier en Espagne (voir l’article d’Olivier Bault dans Présent d’hier), pour un parti fondé en 2013, et presque inconnu du public il y a encore six mois, est un sérieux coup de tonnerre dans le paysage politique européen, et ce surtout à quelques semaines des européennes.

Il s’agit d’une belle confirmation pour Vox après son entrée au Parlement d’Andalousie il y a tout juste quatre mois, avec 10,96 % des voix et 12 sièges. Un résultat salué par la présidente du Rassemblement national, Marine Le Pen, et les autres dirigeants nationalistes européens.

C’est sur la place Margaret-Thatcher de Madrid que les militants et sympathisants du parti Vox se sont réunis après les résultats du scrutin pour acclamer leur président, Santiago Abascal, lequel s’est montré très pugnace au micro : « Bienvenue à la résistance ! On continue, on continue sans peur, de rien ni de personne, on continue pour l’Espagne ! » Des paroles qui furent suivies par les slogans chantés par la foule : « Vive l’Espagne ! », « L’Espagne ! Unie ! Ne sera jamais vaincue ! », « L’Espagne est chrétienne ! Elle ne sera jamais musulmane ! »

La percée de Vox sur la scène politique espagnole n’est pas un phénomène isolé en Europe, elle est semblable à la montée en puissance du Rassemblement national en France, et à la récente création du Parti du Brexit au Royaume-Uni ; chaque fois, c’est la déliquescence d’un parti conservateur de centre droit qui forme un appel d’air pour des électeurs de plus en plus radicalisés, et de plus en plus mécontents des choix politiques tièdes qu’on leur propose. Cette « révolution » des gens normaux est impossible à comprendre pour les élites et les dirigeants pro-européens et leur soupe socialisante. Malheureusement pour eux, qui ne cessent de répéter aux électeurs qu’espérer une victoire populiste et nationaliste à des scrutins est du domaine du vœu pieux, les références et les exemples aujourd’hui existent : Donald Trump, Viktor Orbán, Matteo Salvini, Jair Bolsonaro…

Vox rassemble ses électeurs sur des positions radicales, il est farouchement opposé à l’avortement et à l’euthanasie, il est également anti-Bruxelles et anti-immigration, contre l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, pro-famille, il demande la souveraineté espagnole sur Gibraltar, il est contre les lois sur la mémoire historique, contre le marxisme, et d’une façon plus anecdotique pour la tauromachie comme partie intégrante de la culture espagnole.

Le prochain scrutin des européennes s’accompagnera en Espagne des élections municipales et régionales. L’enjeu est de taille pour Vox, puisqu’un bon résultat de sa part permettrait à une coalition de droite de reprendre à la gauche nombre de municipalités et certaines régions. Affaire à suivre donc très bientôt.

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