Une certaine Laurence, auditrice de la RTS, a demandé:
A l’encontre des régimes autoritaires, avec la Russie en tête, il y a des sanctions, mais existe-t-il des sanctions contre les démocraties occidentales, en réaction à leurs actions militaires, comme par exemple les États Unis en Irak, ou la France en Libye? Sinon, pourquoi?

Renaud Malik, journaliste RTS: Les pays occidentaux objets de sanctions, est-ce que cela s’est produit ces dernières années ou décennies?

Matthieu Crozet: Oui et non. Oui, mais les sanctions contre les démocraties occidentales ont peu d’effets.
Les sanctions ne marchent bien que lorsque le pays qui sanctionne dispose d’une puissance économique suffisante par rapport au pays sanctionné pour lui faire mal.
Si on parle des USA, ou de grandes nations européens, on a du mal à trouver des cas de sanctions qui ont vraiment eu des conséquences significatives sur les choix politiques de ces pays-là.
Mais on a des épisodes où effectivement on a eu des sanctions: la Russie sanctionne les pays de l’Union Européenne, le Japon, l’Australie, les États-Unis.
On a des mesures de représailles de ces différents pays vis-à-vis des actions et des choix de politiques et diplomatiques des pays occidentaux aussi.

Renaud Malik: Irak, Libye, il y a eu des mesures de rétorsion (France, USA)?

Matthieu Crozet: Non, pas dans ces cas-là, en tout cas pas de sanctions directes. On ne voit pas dans ces exemples-là, qui aurait intérêt finalement à aller sanctionner les États-Unis ou l’Europe. Qui a suffisamment de poids pour le faire? On n’a pas d’exemples dans ces cas-là.

Mais il y a eu d’autres exemples dans l’histoire, un type de sanction particulièrement fort, même si c’était indirect et pas tout à fait officiel: la réaction des pays de l’OPEP, en 1973, suite à la guerre de Kippour, où les restrictions dans la production de pétrole ont fait augmenter les prix très soudainement. Une sorte de vengeance pour pénaliser les États-Unis et tout l’Occident pour leur soutien à l’armée israélienne.

On a aussi des exemples plus récents, un peu moins importants, mais qui restent significatifs, notamment les sanctions imposées par la Russie ont un impact qui est non négligeable.

Renaud Malik: Donc on ne peut pas dire que l’arme des sanctions est l’apanage du monde occidental?

Matthieu Crozet: L’arme des sanctions est l’un des outils disponibles pour tous les pays, mais ça ne marche que pour les grands pays, qui ont une puissance économique forte. Les grandes démocraties occidentales, qui ont ce poids économique qui leur permet d’utiliser des sanctions.
La donne va changer, la donne change un petit peu, dans le cas de la Russie, car avec certains de ses produits, le pétrole, le gaz, la Russie a des moyens de levier; et la donne va changer aussi prochainement, elle est déjà en train de changer, avec le cas de la Chine, qui commence effectivement à avoir un poids économique, dans l’économie mondiale, qui est suffisamment fort pour peser et agiter des menaces de sanctions qui sont tout à fait crédibles.

Renaud Malik: Vous évoquiez le choc pétrolier de 1973, cette brutale hausse des prix du pétrole, comme une forme de sanction déguisée.
Plus anciennement, il y a le blocus continental, qui a marqué l’histoire européenne, au début du XIXe siècle: l’embargo décrété par Napoléon pour punir l’Angleterre. Est-ce que c’est la première fois que des sanctions économiques ont été appliquées ?

Matthieu Crozet: Non, on a eu de tout temps des blocus lors de guerres, on a des exemples dans l’Antiquité entre cités grecques. Des routes commerciales coupées, des embargos.

Ce qui est nouveau, dans le blocus napoléonien et le contre-blocus anglais, entre deux nations extrêmement puissantes à l’époque, c’est qu’on atteint une dimension moderne, avec des outils de coercition très forts. Dans un contexte international qui était déjà une forme de globalisation avec une intensité d’échanges commerciaux déjà très importante et un affaissement du commerce significatif, unique jusque-là.

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P.S.: Aux dernières nouvelles, la RTS relaie l’urgence pressante de la Gauche romande, qui gonfle ses muscles et exige de sanctionner également la Chine, car son attitude est inacceptable, et nous devons signifier à la Chine ce que peut ou ne  peut pas faire un gouvernement.

Sur son ton de roille-gosses, Esther Coquoz interroge son invité pour savoir si la Suisse doit s’engager davantage en faveur de Taïwan:
– C’est le business qui l’emporte, avant les valeurs?
– Ce qui se passe à Taïwan ne devrait pas remettre en cause nos relations commerciales avec la Chine?
– Donc il faut renoncer au voyage parlementaire à Taïwan?
Et lorsque la réponse réitérée appelle à la prudence, Coquoz sur un ton énervé:
« Très bien! »

Le Vert genevois Nicolas Walder et ses camarades en pleine crise maniaque veulent emboîter le pas de Pelosi à Taïwan, pour affirmer haut et fort que la Suisse désapprouve le non-respect de nos valeurs démocratiques par la Chine.