Le conseiller fédéral Cassis et l’UE se sont mis d’accord sur un nouvel accord-cadre. Le projet est disponible. En anglais. Même si la Grande-Bretagne n’est plus membre de l’UE. Le contrat serait dévastateur pour la Suisse. Mais le danger qu’il s’en sorte est plus grand que jamais.

L’UE est effectivement en faillite. C’est pourquoi elle a besoin de la Suisse. En tant que contributeur net et vanne de migration pour l’emploi. Le contrat vise à garantir cela. La Suisse s’engagerait également à adopter le droit de l’UE. En cas de litige, les juges européens auraient le dernier mot dans notre pays.

Quelqu’un a dit traité colonial ?

Le Conseil fédéral n’aurait jamais dû accepter de telles exigences. Mais il l’a accepté de peur de provoquer la colère de l’UE. La peur engendre la malhonnêteté: on dit aux Suisses que le contrat est dans leur intérêt. Mais il n’est pas ça. La Suisse deviendrait un appendice, une colonie de l’UE.

Ce n’est que grâce à l’UDC et aux syndicats que le désastre a pu être évité jusqu’à présent. Il y a aussi une résistance du côté des entreprises, mais les grandes associations y sont favorables. Si j’évalue correctement la situation, la résistance pourrait bientôt s’effondrer. Les syndicats cèdent-ils ?

C’est à craindre. Le patron du syndicat Pierre-Yves Maillard continue de s’opposer dans les interviews, mais ses motivations sont-elles suffisamment fortes ? La gauche craint à juste titre que ses acquis sociaux ne soient perdus à cause du traité européen. C’est pourquoi Maillard exige des garanties de Bruxelles. Il ne comprend pas encore.

Cela peut changer. Les sceptiques bourgeois de l’UE supposent que les syndicats seront obligés de se conformer à la perspective d’un salaire minimum pour l’accord-cadre. Maillard utilise-t-il le contrat comme levier pour faire passer le salaire minimum et d’autres revendications syndicales ?

Mais Maillard se trompe. L’UE veut des contrats « dynamiques » qu’elle peut modifier unilatéralement. Quelle est la sécurité des garanties sociales qui dépendent exclusivement du cocontractant, qui peut modifier le contrat à tout moment et supprimer toutes les exceptions ?

Si les syndicats cèdent, je considère que ce sera une mauvaise chose pour les opposants à l’UE. Le Parlement veut le lien. La majorité du FDP y est également favorable. Le centre n’a pas de position claire et, en cas de doute, il se rangera du côté de la majorité. L’UDC à elle seule est trop faible pour mettre un terme à l’asservissement.

Dès 1992, ils jonglaient avec des scénarios catastrophiques. Rien de tout cela n’est arrivé.

L’indécision des libéraux est pitoyable. Le FDP a construit « l’État de droit libéral-démocrate de la Suisse » (Willy Bretscher) et défendu son indépendance. C’était clair pour les vieux libéraux : en Suisse, ce sont les Suisses, et non les commissaires étrangers, qui prennent les décisions.

Le président du FDP, Thierry Burkart, l’entend toujours ainsi, mais son parti exige la soumission. Parce que c’est plus pratique. Les associations patronales obéissent aux grandes entreprises dans lesquelles des dirigeants non suisses donnent le ton sans écouter la Suisse et la démocratie directe.

L’UDC seul à l’air libre ? L’UDC compte sur l’aide d’entrepreneurs et d’organisations indépendantes comme Kompass/Europe ou Pro Suisse. Les médias font la promotion du traité européen, le plus extrémiste étant la Neue Zürcher Zeitung, l’organe central des amis de l’UE.

Les compagnons d’armes de Christoph Blocher pouvaient autrefois compter sur la population. En 1992, contre une majorité de partisans, Blocher a réussi à faire voter un vote très mince contre l’adhésion de la Suisse à l’Espace économique européen (EEE), précurseur de l’UE.

Plus de trente ans se sont désormais écoulés. La Suisse a changé. Des centaines de milliers de personnes ont été naturalisées, pour la plupart des Allemands. Ils ont une relation différente avec l’UE, moins critique, pour des raisons liées à leur propre histoire. Seront-ils le facteur décisif lors d’un référendum ?

Ce serait une amère ironie. Parmi tous les peuples, les Allemands, qui ont tourné le dos à leur patrie parce qu’ils voyaient une meilleure Allemagne en Suisse, pourraient désormais pousser la Suisse dans le même désordre européen dont ils voulaient réellement échapper.

Le danger est grand. L’accord-cadre signifierait la fin de la Suisse telle que nous la connaissons. Notre indépendance n’existerait plus, la démocratie directe serait un pur folklore. Les Suisses, Indiens dans leur propre pays, ne peuvent qu’accepter ce que d’autres décident pour eux à Bruxelles.

Les partisans de la soumission la minimisent systématiquement. Nous sommes toujours libres, mais sans le traité, notre économie s’effondrerait. Dès 1992, ils jonglaient avec des scénarios catastrophiques. Rien de tout cela n’est arrivé. À l’époque déjà, la Suisse vivait en dehors de l’UE.

Si les syndicats tombent et que le contrat est conclu, d’un point de vue libéral, ce serait une catastrophe. L’un des principaux atouts de la Suisse réside dans son marché du travail libre. Cette liberté a déjà été considérablement réduite à la suite de l’immigration massive vers l’UE.

Si Maillard parvenait à mettre en œuvre son salaire minimum, la frustration de la Suisse serait un fait: au carcan des « mesures d’accompagnement », nous aurions le salaire minimum et l’impasse d’un accord-cadre. Poison pour la prospérité.

Peut-être qu’un pays devra s’aggraver avant de réaliser ce qui est réellement bon pour lui. La Suisse est au bord du gouffre, le traité européen risque de passer inaperçu. Il faudra des efforts héroïques, presque surhumains, de la part de l’ennemi pour empêcher cet accident.

L’ancien chef du groupe parlementaire UDC, Adrian Amstutz, le dit ainsi : Bruxelles dicte. La Confédération Berne capitule. L’UE veut emballer la Suisse. C’est pourquoi la résistance est obligatoire. RK

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