A la manière de Jacques Bainville

 

Mon père citait volontiers certains petits contes dus à la plume de Bainville et notamment celui-ci : « Il y avait une fois un député socialiste si pauvre qu’il ne possédait pas de château ». Cette phrase m’est évidemment revenue à l’esprit à l’occasion de l’affaire Cahuzac et il m’a semblé qu’on pourrait fort bien reprendre aujourd’hui la formule de Jacques Bainville  et imaginer quelques nouveaux contes du genre suivant :

il y avait une fois une réforme scolaire qui avait amélioré l’enseignement ;

il y avait une fois une université si préoccupée de la qualité des études qu’elle n’appliquait  pas le système de Bologne ;

il y avait une fois un scientifique si cultivé qu’il ne parlait pas que l’anglais ;

il y avait une fois des ventes à prix réduit qui n’étaient pas qualifiées de « sales » :

il y avait une fois un propriétaire de téléphone portable qui avait éteint celui-ci avant le début d’un culte funéraire ;

il y avait une fois un ordinateur qui ne s’était pas trompé dans la facturation ;

il y avait une fois une administration qui répondait tout de suite au téléphone ;

il y avait une fois de la publicité en français sans faute;

il y avait une fois un automobiliste qui enclenchait son clignotant avant de sortir d’un giratoire;

il y avait une fois un cycliste qui respectait le code de la route ;

il y avait une fois des jeux olympiques qui avaient été attribués en toute honnêteté ;

il y avait une fois un champion sportif qui n’était pas dopé ;

il y avait une fois de la viande hâchée de bœuf qui n’était pas du cheval ;

il y avait une fois une application du Cassis de Dijon qui ne trompait pas le consommateur ;

il y avait une fois des fraises qui avaient du goût ;

il y avait une fois un hiver si froid qu’il n’était pas dû au réchauffement climatique ;

il y avait une fois un loup qui était vraiment arrivé en Suisse par ses propres moyens ;

il y avait une fois une femme de ménage qui était muette ;

il y avait une fois un ouvrier qui avait avec lui tous ses outils ;

il y avait une fois un socialiste qui voulait économiser les deniers publics ;

il y avait une fois un président français qui était vraiment marié ;

il y avait une fois un président du parti PDC qui ne pensait pas qu’à son siège éventuel au conseil fédéral ;

il y avait une fois un conseiller d’Etat socialiste vaudois qui portait une cravate ;

il y avait une fois un mendiant qui n’arrivait pas en voiture le matin depuis la France ;

il y avait une fois une rue de Lausanne sans travaux ;

il y avait une fois une assurance maladie qui  n’augmentait pas ses primes ;

il y avait une fois des autorités ecclésiastiques qui ne prenaient pas les revendications syndicales pour des commandements divins ;

il y avait une fois un pays si heureux qu’il n’était pas membre de l’Union européenne.

Suzette Sandoz

3 commentaires

  1. – Il y avait une fois un Conseil fédéral uni et fort ;
    – Il y avait une fois des journalistes qui ne votaient pas à gauche ;
    – Il y avait une fois une musique qui ne rendait pas sourd à trente ans ;
    – Il y avait une fois une France libérale ;
    – Il y avait une fois des Grandes Puissances qui étaient respectueuses des petits pays (mais on se demande bien quand) ;
    – Il y avait une fois en Suisse romande des journaux intelligents, informés et sans parti pris (ah, Gazette de Lausanne et Journal de Genève, où êtes-vous ?) ;
    – Il y avait une fois une certaine tolérances pour les pauvres fumeurs ;
    – Il y avait une fois une UNIL qui était une université complète ;
    – Il y avait une fois une société où les jeunes étaient tolérants envers les vieux – et réciproquement ;
    – Il y avait une fois un monde où la Suisse était reconnue comme un modèle ;
    – Il y avait une fois des Etats-Unis qui ne cherchaient pas à imposer leurs lois à la planète tout entière ;
    – Il y avait une fois une TV avec des comédies et autres où des rôles ne devaient pas être obligatoirement attribués à des Noirs, des gays et autres minorités persécutées ;
    – Il y avait une fois une radio romande où les journalistes et autres présentateurs n’interrompaient pas systématiquement leurs invités ;
    – … bref, il y avait une fois un monde un peu moins fou et déplaisant, pour ne pas dire répugnant.
    Bravo, Chère Collègue, et merci !

  2. Excellent, on pourrait continuer avec par ex. :
    « Il y avait une fois un (ou une) ministre de l’énergie – et son administration – qui pensait qu’on pouvait faire une bonne politique énergétique avec autres moyens que des taxes et des interdictions »
    ou
    « Il y avait une fois des Verts qui pensaient qu’on pouvait promouvoir la sécurité des technologies à risques par des normes bien faites et bien appliquées plutôt que par des interdictions aveugles »

  3. « il y avait une fois une personne de non-gauche, libérée d’unique et bonne pensée, politiquement peu correcte, qui avait tenu plus de 3 jours avant d’être traitée de populiste, de fasciste et de raciste »

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