Suisse : la résistance vient des catacombes

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De notre correspondant en Suisse. – Contrairement à la France – et fort heureusement –, l’actualité suisse est principalement centrée sur la deuxième vague du coronavirus, sur sa violence relative et peut-être plus encore sur les décisions prises par les gouvernements cantonaux qui ont, pour certains d’entre eux, pris des mesures bien plus drastiques que celles prises par la Confédération. Ces différents trains de mesures, propres à chaque canton, provoquent l’incompréhension et même l’exaspération de la population, et surtout des commerçants et artisans qui doivent fermer boutique. Parmi ces mesures, celle d’interdire tout rassemblement de plus de cinq personnes suscite de vives critiques. L’on peut, par exemple, s’entasser dans les transports publics alors qu’il est exclu de prendre un café, seul à une table, dans un bistrot.

Pire, en proscrivant toute manifestation de plus de cinq personnes, les cérémonies religieuses sont interdites. En douce, comme à Genève, sans le signifier ouvertement, ou sans ménagement, comme dans le Valais où les autorités ont manifesté beaucoup de mépris envers les catholiques de ce canton. Par voie de presse, le président du Conseil d’Etat, le radical Christophe Darbellay, a fait savoir que le gouvernement « ne bougerait pas » face aux demandes d’exceptions déposées pour les cérémonies religieuses, qualifiant le fait de demander des exceptions comme un sport national. Un autre membre du collège gouvernemental n’a guère fait mieux en la matière, estimant que les fidèles pourraient être mis en danger à l’occasion de leurs trajets vers les lieux de célébration. On appréciera la légèreté et le parti pris de cet élu.

Mais le résultat est le même : les messes sont interdites pour plusieurs semaines, voire plus longtemps encore. Le conseiller fédéral Alain Berset a récemment déclaré : « Je ne sais pas si on pourra sauver Noël. »

De quoi déclencher une grosse colère auprès des catholiques de Suisse romande. Le premier canton à dégainer son arme juridique fut le Valais. Le 28 octobre dernier, des citoyens ont déposé un recours auprès du tribunal cantonal pour défendre la liberté de culte entravée par les décisions de l’exécutif prises pour endiguer la propagation du coronavirus.

Me Marc-André Mabillard, agissant au nom de ses mandataires, a rappelé que l’existence d’« aucun cluster n’a été démontré[e] dans une quelconque église en Valais, que les églises ont directement pris des mesures drastiques pour garantir la distanciation sociale et les gestes barrières ». Et d’être surpris (à juste titre) que « le Conseil d’Etat [mette] la participation aux cultes au même rang que toute autre manifestation, même spontanée, c’est-à-dire non organisée, voire sauvage ».

A Genève, un recours a été déposé le 6 novembre par l’auteur de ces lignes. Me Yves Nidegger, auteur du recours, a démontré en quoi la décision du Conseil d’Etat est contraire à nos Constitutions (fédérale et cantonale), entravant de manière exagérée et injustifiée le droit des Genevois (tout comme celui des Valaisans) à participer aux cérémonies religieuses. Ce dommage irréparable est vécu douloureusement par de très nombreux catholiques qui ne peuvent plus participer à la sainte messe, alors même que dans la religion catholique la pratique dominicale n’est pas une option mais une obligation. Aux dernières nouvelles, les catholiques du canton de Vaud déposeront eux aussi un recours. Derrière ces batailles, nous trouvons essentiellement des catholiques attachés à la tradition. Ce qui ne surprendra pas les lecteurs de Présent. •

Eric Bertinat

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