R. Koeppel, Une politique d’asile restrictive n’est pas inhumaine. Elle est une exigence de l’éthique.

 

De Roger Köppel, Editorial, 6 juin 2015

Selon la NZZ, le Conseil fédéral a décidé vendredi dernier d’accueillir en Suisse 3000 Syriens en tant que réfugiés en procédure accélérée. Ces Syriens sont autorisés à rester pour toujours ici. Ils peuvent faire venir leurs familles. Le gouvernement ne dit pas ce que cette mesure signifie pour les autres 7065 demandes d’asile de Syriens actuellement en suspens. Toutes les options doivent rester ouvertes.

Il ressort, en outre, d’une décision du Tribunal administratif fédéral prise la semaine dernière que la Suisse reconnaît pour les Syriens le refus de faire le service militaire comme un motif d’asile. On peut s’attendre à une forte hausse de la demande. La Suisse a déjà fait avec les Erythréens une expérience en la matière. Ici aussi, elle a fait valoir le refus de servir comme motif d’asile. Sur ce, le nombre des requérants d’asile érythréens a tellement grossi qu’il a fallu réduire la portée de la loi concernée.

Les chiffres sont éloquents: près de 90% des réfugiés érythréens vivent aujourd’hui en Suisse exclusivement de l’aide sociale. Le même drame se profile maintenant pour les Syriens avec la bénédiction du Conseil fédéral.

La Suisse a une tradition humanitaire en matière de réfugiés. Elle en est fière. À juste titre. Le Conseil fédéral, gardien de cette tradition, doit veiller à gérer scrupuleusement et correctement cette pratique. Il doit faire en sorte d’accorder l’asile aux bonnes personnes. Il doit faire valoir les règles de droit. Il doit prendre au sérieux la population quand des doutes sur la crédibilité de l’asile se font jour. Une mauvaise politique produit la méfiance, le mécontentement, la xénophobie et, récemment, pire encore, l’incendie de foyers de demandeurs d’asile comme en France ou en Allemagne.

L’asile en Suisse accumule les problèmes. La procédure est trop longue. Les requérants d’asile déboutés restent malgré tout. Beaucoup refusent le rapatriement. Le taux de personnes qui restent est de 60%. Les coûts sociaux explosent dans les communes parce que l’attribution des contingents est centralisée, au mépris de ce qui est supportable. Les requérants d’asile ne font qu’accroître eux-mêmes le ressentiment qui couve lorsqu’ils abusent de l’hospitalité pour commettre des délits et provoquer des bagarres. À vrai dire, ce n’est pas leur faute. Les responsables sont les autorités qui ne s’attaquent pas au mal par la racine. Les autorités, la gauche et les médias qui lui sont favorables balaient la critique en jouant la carte du racisme. Ils taxent de xénophobes les gens qui souffrent d’une mauvaise politique de l’asile. Les politiques ne veulent pas résoudre les problèmes qu’ils ont eux-mêmes créés. La ministre de la Justice, Simonetta Sommaruga, aime à donner des leçons de haute morale. Ces réprimandes visent à intimider les critiques pour que personne ne parle de ces dysfonctionnements.

Mais, les gens n’avalent plus la pilule. Les Suisses ne sont pas contre les réfugiés, mais de plus en plus de gens sont indignés parce que la Confédération se refuse à imposer impitoyablement son propre droit d’asile, comme elle applique le droit fiscal ou les amendes routières. En dépit des problèmes d’asile non maîtrisés, des milliers de nouveaux réfugiés doivent arriver maintenant. Les gens sentent bien qu’il ne s’agit pas d’une mesure pour réduire la détresse, mais d’une campagne de relations publiques au bal des vanités politiques.

Une éthique formule des règles applicables au quotidien. Un comportement éthique doit donc toujours être axé sur la communauté concrète qui s’est donné des règles de conduite éthique. Le droit éthique de la politique d’asile doit s’inscrire dans la réalité des gens qui vivent ici, qui se sentent engagés par le droit éthique de notre politique des réfugiés. La Suisse ne doit pas pratiquer une politique des réfugiés qui n’a plus l’assentiment des gens. Si le Conseil fédéral passe outre, il met alors en péril les acquis humanitaires auxquels il prétend veiller.

Le Conseil fédéral n’agit pas éthiquement en voulant accueillir arbitrairement 3000 Syriens avec famille. Il n’agit pas éthiquement parce qu’il met à mal la bonne volonté d’accueil humanitaire de la population qui supporte les risques et les effets secondaires de sa politique. Il n’agit pas non plus éthiquement à l’encontre des pays d’origine qui auraient besoin pour leur reconstruction des réfugiés résidant durablement en Suisse. Et il n’agit pas éthiquement à l’encontre des réfugiés eux-mêmes qui, majoritairement, finiront comme « clients » permanents de notre État providence, faute d’intégration culturelle. Ce qui en retour exacerbe le mécontentement des Suisses.

Si le Conseil fédéral s’était vraiment occupé du fond au lieu de soigner son image éthique en apparence, il n’aurait accueilli que temporairement les Syriens ou tempéré ici le battage médiatique sur son aide.  Un réfugié est une personne dont la vie et l’intégrité physique sont menacées dans son pays. Comme la guerre en Syrie ne durera pas éternellement, il est raisonnable, rationnel et éthique d’aider localement les réfugiés de la région ou de les accueillir jusqu’à ce qu’ils puissent rentrer dans leur pays. Or, le fait est qu’aussi les personnes accueillies temporairement en Suisse restent le plus souvent pour toujours. Les autorités n’imposent plus les lois. En y regardant de près, le prétendu geste généreux à l’égard des Syriens s’avère être un signe de faiblesse pointant un dysfonctionnement de l’État de droit.

Une politique des réfugiés mesurée, et donc restrictive, n’est pas inhumaine. Elle est au contraire une exigence de l’éthique – et de la raison. Il ne faut pas trop tirer sur l’action humanitaire, caritative, ni trop lui en demander. Sous peine de détruire ses fondements.

Auteur et source : Roger Koeppel, Die Weltwoche, 6 juin 2015

 

7 commentaires

  1. Monsieur Koeppel : rigueur journalistique et courage, c’est rare par ces temps inquiétants. Ses articles sont de plus en plus cités en Allemagne également.

  2. Le temps des discours est révolu lorsque l’Afrique et tous musulmans pauvres (et moins pauvres) de la planète se déversent (sic) sur l’Europe et la Suisse.

    Ce sera eux ou nous, … et nous serons submergés si nous ne fermons pas totalement nos frontières à ces flux malsains qui ne sont pas prêts de s’arrêter !

  3. Arrêtez de tirer sur Koeppel ! Il a le format d’un conseiller fédéral, au contraire de la majorité des membres actuels du CF. Espérons qu’on ne parviendra pas à lui barrer la route.

  4. Et l’on ose encore clamer que la Suisse est une démocratie ! La classe politique se contrefiche de la volonté populaire. Elle laisse les portes grandes ouvertes à l’immigration sous toutes ses formes. Notre société va bientôt s’effondrer, ce n’est qu’une question de temps. Ainsi va s’achever l’épopée de notre nation, dissoute dans l’UE et envahie de tous côtés.

  5. Pourquoi nos dirigeants n’ont-ils pas le courage d’appliquer ce qui a été voté. Ils ont l’air d’oublier qu’ils ne sont que nos représentants et se doivent d’agir au mieux pour le bien de notre pays et de son peuple. La barque est déjà pleine depuis longtemps. Il n’est plus possible ni souhaitable de recueillir toutes ces personnes, avec lesquelles nous ne partageons rien, et que nous et nos générations devront entretenir éternitum ainsi que leur nombreuse descendance. Le vivre ensemble n’est pas possible avec des gens qui n’ont ni l’envie ni les capacités de s’intégrer à notre pays et d’en assimiler ses us et coutumes… La France est le premier labo de ce multiculturalisme non maîtrisé, qui tourne à l’islamisation, qui s’impose et exige toujours plus, ne créant que tensions et ruptures au sein de la population autochtones qui subissent de plein fouet cette politique mondialiste certes mais malsaine et nocive.

  6. Roger Koeppel ne connait-il pas les divers plans officiels de remplacement de la population européenne ou noie-t-il simplement le poisson pour se rendre politiquement acceptable par le pouvoir?
    Toujours est-il qu’il est un devoir d’information que de transmettre ces plans au peuple pour qu’il cesse de se demander « pourquoi » les autorités ne font qu’empirer la situation.
    Et ce devoir, Roger Koeppel ne le remplit pas.
    Pas plus que l’UDC.

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