Rediff. 11.11.2020. RTS : Média du Service public. Un ancien journaliste au centre d’un scandale? Justice genevoise : une nouvelle Genferei?

 

Dossier Giroud : l’ex-journaliste Yves Steiner sera au centre du procès

L’histoire a démarré il y a bientôt 7 ans et elle se lit comme un roman policier. Il y est question d’un espion, d’un agent double, de trahisons, de mensonges à répétition et de victimes fantômes ou consentantes. On veut bien sûr parler du volet « hacking » de l’interminable « dossier Giroud », du nom de ce vigneron longtemps reconnu comme l’un des meilleurs producteurs du pays, mais détesté dans les rédactions pour ses valeurs conservatrices. Ce volet devrait se conclure prochainement, à l’occasion d’un procès public qui sera hanté par l’omniprésence d’un oublié-prévenu, le journaliste Yves Steiner, qui a joué un rôle central durant toute cette affaire, mais que le Ministère public n’a cessé de protéger, semble-t-il, depuis la première minute de son enquête. Retour sur la genèse d’un procès qui s’annonce explosif, basé sur des documents exclusifs que la rédaction a pu consulter pour la préparation de cet article.

Tout commence à l’automne 2013. Des articles et des reportages paraissent à répétition sur le vigneron Giroud et étalent sur la place publique des procédures normalement couvertes par le secret de l’instruction ou la sphère privée. A la manœuvre, on trouve principalement la RTS et son journaliste d’alors Yves Steiner, qui semble tout savoir et tout connaître de la vie privée du Valaisan. Puis, en juin 2014, coup de théâtre. Le Ministère public du canton de Genève fait arrêter en grande pompe le vigneron et trois autres prévenus. Le Procureur général Olivier Jornot en personne intervient dans les médias. Ses déclarations font peu de place au doute. Dominique Giroud aurait commandité une attaque informatique contre des journalistes, notamment Yves Steiner de la RTS. Les preuves semblent accablantes. Tout le monde s’attend à des aveux imminents. A l’époque, le Procureur Olivier Jornot semble se réjouir d’une affaire rondement menée par des enquêteurs efficaces capables de dire rapidement la justice. Il est à des années lumières de se douter que l’instruction occupera ses services pendant six ans, épuisant au passage la Procureure initialement chargée du dossier, et remplissant au final une étagère entière de classeurs fédéraux.

La première difficulté intervient toutefois rapidement : les coprévenus, avant même la fin de leur détention provisoire, nient catégoriquement les faits. Ils crient à la provocation et se renvoient la responsabilité. Trois d’entre eux, dont Dominique Giroud, sont outrés de découvrir que le quatrième, Antonino Mannisi, alors détective privé à Genève, était celui qui fournissait en secret les documents confidentiels du vigneron à Yves Steiner.

Dans le dossier d’instruction, des écoutes téléphoniques jouent un rôle central. Selon le Ministère public, elles démontrent la culpabilité des prévenus. En réalité, elles brouillent les cartes. Grâce à elles, on comprend en effet qu’Yves Steiner, jusqu’alors présenté comme l’une des deux victimes, était en fait parfaitement au courant du projet de hacking contre lui, et s’en réjouissait même. Violant au passage toutes les règles de la déontologie journalistique, il ira jusqu’à demander à son informateur-complice de lui donner accès aux fichiers que ce dernier réussirait à voler à sa consœur du Temps, Marie Parvex. En d’autres termes, Yves Steiner se réjouissait de pouvoir profiter lui-même du hacking de sa collègue journaliste. Une telle attitude ne fait-elle pas d’Yves Steiner un complice de facto de toute l’opération ? Et donc un prévenu supplémentaire ? A ce stade, la justice genevoise préfère ignorer la question. En tous les cas, on peut difficilement imaginer méthode plus retorse, pour ne pas dire délictueuse, de la part d’un journaliste travaillant pourtant pour le service public. Plusieurs passages tirés des autres écoutes téléphoniques vont permettre de prendre la main dans le sac un personnage n’ayant aucun scrupule à tricher, mentir, menacer, trahir, contraindre, insulter, voler et intriguer pour parvenir à ses fins. Une vidéo librement consultable sur Internet (https://www.youtube.com/watch?v=-IwTFxjW3zY&feature=emb_logo) livre un portrait dévastateur de ce journaliste que la RTS, à ce jour, continue pourtant contre toute logique à protéger, prétendant qu’il a accompli son travail dans les règles de l’art. Les pièces de la procédure montrent que Pascal Aubry, le Directeur juridique de la RTS, est intervenu en personne pour apporter son soutien inconditionnel à Yves Steiner : « Nous soutenons pleinement le travail de notre ancien collaborateur. Nous réfutons catégoriquement les arguments, accusations et spéculations sur ces violations déontologiques alléguées. »

Yves Steiner savait donc qu’il pourrait faire l’objet d’une attaque informatique. C’est désormais un fait établi par l’acte d’accusation du Ministère public genevois : le détective a « averti [Yves Steiner] par avance du projet de “hacking” dont celui-ci allait être la cible afin [que ce dernier] puisse minimiser, voire réduire à néant, les conséquences d’une telle opération […] ». Plus loin, on lit que « [le détective] a, à l’insu de ses coprévenus, informé [Yves Steiner] par avance de l’opération de “hacking” qui le visait et dont il allait être la cible […]. C’est grâce aux avertissements [du détective] que [Yves Steiner] s’est méfié de l’appel […] et qu’il n’a pas ouvert la pièce jointe au message envoyé […], faisant ainsi échouer l’opération de “hacking” le concernant ».

Yves Steiner savait, mais, sournois, il a longtemps fait comme s’il ne savait pas. Le soir de l’arrestation des quatre prévenus, il s’est présenté en victime face à Darius Rochebin au 19:30 de la RTS pour s’offusquer de ce qui venait de lui arriver, en se gardant bien de révéler qu’il attendait avec impatience que l’attaque se produise, précisément pour pouvoir s’en offusquer publiquement. Fait impardonnable et que sa consœur Marie Parvex ne lui pardonnera jamais : il ne l’a pas avertie qu’elle allait aussi potentiellement subir une telle attaque, ce qui aurait pourtant été le comportement normal de tout journaliste digne de ce nom. Et il ne lui a évidemment rien dit de son vrai rôle dans toute l’affaire lorsqu’il lui a téléphoné pour lui demander d’aller récupérer dans sa boîte de spams l’email piégé dont elle ignorait tout. Tout comme il n’a rien dit à son employeur lorsque ce dernier a rédigé sa plainte pénale, ni aux avocats du Temps lorsqu’il les a encouragés à porter plainte eux aussi.

Le rôle de victime autoproclamée du hacking tiendra-t-il face au juge du Tribunal de police ? Pour qualifier cette victime consentante, ne faudrait-il pas plutôt parler d’« agent provocateur », voire carrément de « complice de hacking » ? Il aurait été facile de répondre à la question si la justice genevoise n’avait pas soudain accéléré son fonctionnement – dans un dossier qui, pour le reste, traîne depuis six ans – avec pour conséquence de faire disparaître des pièces essentielles à la compréhension des faits, à savoir des milliers d’écoutes téléphoniques qui avaient pourtant été initialement versées au dossier. Dans un premier temps, le Ministère public a sélectionné 67 écoutes téléphoniques (sur quelques milliers), préalablement censurées par le Service de renseignements de la Confédération (SRC), décrétant que les autres n’étaient pas pertinentes. De leur côté, Dominique Giroud et le « hacker » présumé n’ont jamais renoncé au droit de consulter l’entièreté du dossier, persuadés qu’il s’y trouvait des éléments permettant de démontrer leur innocence. Il en a découlé une bataille de courriers, décisions et recours, certains allant jusqu’au Tribunal fédéral, pour clarifier qui pouvait accéder à quoi. Au final, l’ensemble des écoutes auraient dû être définitivement versées au dossier. C’est d’ailleurs parce que le premier acte d’accusation faisait fi de cette injonction judiciaire que le Ministère public a dû revoir sa copie – qu’il n’a d’ailleurs pas revue puisque l’actuel acte d’accusation est exactement identique au premier.

Pourtant, comme par miracle, une procédure parallèle, initiée par Yves Steiner et dont les autres prévenus n’ont pas été informés, a abouti, sous les yeux du Ministère public, qui n’a rien fait pour s’y opposer, à la destruction de ces milliers d’écoutes, à l’exception des 67 initialement versées au dossier. Des éléments qui auraient pu démontrer l’innocence de certains prévenus et le rôle exact d’Yves Steiner ont ainsi été irrémédiablement et secrètement détruits.

D’autres étrangetés noircissent un tableau judiciaire déjà très confus. Il apparaît par exemple que c’est Yves Steiner qui a effectué lui-même tous les prélèvement forensiques de preuves ; c’est lui qui a « découvert » en quelques heures la cabine téléphonique depuis laquelle il prétend que le « hacker » l’aurait appelé ; c’est aussi lui qui sollicite, sans les informer de ses échanges avec le détective, la police judiciaire pour les mettre sur la piste de Dominique Giroud. Enfin, autre bizarrerie de la procédure : comme indiqué plus haut, les écoutes téléphoniques ont été censurées par le SRC. Pour quels motifs et sur quelle base légale les services secrets suisses sont-ils intervenus dans cette procédure ? Encore un point qui devra être éclairci devant le tribunal.

Le comportement d’Yves Steiner n’a pas mis la puce à l’oreille des seuls prévenus. Sous serment, Marie Parvex affirmera aux policiers qui l’interrogent que toute cette opération de hacking pourrait bien être une provocation imaginée par son ex-confrère de la RTS.

Pour couronner le tout, il semblerait selon des sources concordantes à Berne, que l’ex-journaliste de la RTS, dont on croyait qu’il était depuis septembre 2014 un sage collaborateur de la Commission fédérale des finances, travaillerait en fait pour le SRC et que ce mandat avait démarré alors qu’il était journaliste à la RTS. Cela expliquerait-il pourquoi les écoutes téléphoniques ont été filtrées et censurées par ledit SRC ? Et cela expliquerait-il pourquoi Yves Steiner, sur la période 2012-2014, sécurisait toutes ses adresses emails au travers d’un programme de chiffrement nommé PGP que le SRC a longtemps utilisé pour sécuriser ses communications ?

Au départ, le scénario semblait limpide : une tentative de hacking, dont le vigneron valaisan était commanditaire, avait été déjouée par la sagacité de l’une de ses victimes, alors journaliste à la RTS. Sauf que cette victime était au minimum consentante et peut-être même l’instigatrice de toute l’opération. Et que l’autre victime présumée n’a jamais reçu l’email censé l’avoir hackée et se demande ouvertement si Yves Steiner n’est pas celui qui a tout provoqué. Six ans plus tard, le Procureur Olivier Jornot, qui s’est bien gardé de s’exprimer à nouveau publiquement sur le dossier, doit amèrement regretter ses déclarations publiques de juin 2014.

Enquête pour LesObservateurs.ch, 2. 09. 2020

 

 

4 commentaires

  1. Posté par Cochard Daniel le

    lamentable !

  2. Posté par AlexT le

    Personnellement ce qui me rend perplexe c’est l’implication du SRC dans cette affaire. Que diable font-ils là ?

  3. Posté par aldo le

    @antoine le 3 septembre 2020 à 06h52 Cet méthode est utilisée à grande échelle contre les justiciables. Une osmose entre les polices saturées et les Ministères publics dans le même état viole les droits des justiciables, ce qui nous conduit directement à la dictature bolchévique voulue par ceux qui nous imposent les carcants législatifs imposé par l’Europe UErss. .

  4. Posté par antoine le

    Qui a encore confiance dans la justice (avec un  »j » minuscule) et la RTSocialiste ?
     »Pourtant, comme par MIRACLE, une procédure parallèle, initiée par Yves Steiner et dont les autres prévenus n’ont pas été informés, a abouti, sous les yeux du Ministère public, qui n’a rien fait pour s’y opposer, à la DESTRUCTION de ces milliers d’écoutes, à l’exception des 67 initialement versées au dossier. Des éléments qui auraient pu démontrer l’innocence de certains prévenus et le rôle exact d’Yves Steiner ont ainsi été irrémédiablement et secrètement détruits. »
    Cela démontre que le journalope M. Steiner est un fourbe et n’a aucune déontologie journalistique.

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