RTS: De plus en plus de parlementaires jugent que l’invasion de l’Ukraine est particulière, et que nous devrions faire une exception car c’est un pays qui est envahi par un autre État souverain.
Pour ces élus, la position suisse n’est plus tenable vis-à-vis de l’Allemagne, du Danemark et de l’Espagne, qui souhaitent livrer des armes ou munitions suisses à l’Ukraine.
Une motion socialiste a été déposée pour que l’exportation d’armes suisses soit possible lorsque les 2/3 de l’Assemblée Générale de l’ONU condamnent l’attaque d’un pays.
L’autre proposition pour assouplir notre neutralité, c’est l’initiative du Centre, une « Lex Ukraine », adaptée exclusivement à l’Ukraine en guerre, pour autoriser d’urgence, dès le 1er mai, la réexportation de notre « matériel de guerre ».
Il y a de plus en plus de pressions; pour de nombreux pays, notre attitude est incompréhensible, car interdire les réexportations, ce serait faire le jeu de la Russie. L’Allemagne a laissé entendre que dans le futur, elle pourrait se tourner vers d’autres fournisseurs.
Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN:
« Dans le cas de l’Ukraine, il ne s’agit pas de neutralité. Il s’agit de respecter le droit à la légitime défense, de protéger l’état de droit, et de défendre la charte des Nations unies. Les deux parties ne sont pas à égalité. On parle d’un agresseur, et d’une victime d’une agression. Le droit international est absolument clair là dessus, le pays agressé a le droit de se défendre. »
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Carla Montet: Le nouveau pilonnage des esprits est en marche pour nous entraîner dans cette guerre par procuration qui se joue actuellement en Ukraine.
Pourtant, ces contorsions sont vaines: la réexportation d’armes suisses vers un pays en guerre ne peut se faire autrement qu’en mettant fin à notre neutralité; la neutralité évolutive n’est que de l’enfumage.
Les deux groupes parlementaires qui ont élaboré ces projets d’ »assouplissement de la neutralité » ne défendent de toute évidence pas les intérêts du peuple suisse, ni ces journalistes qui organisent des pseudo-débats à répétition pour la promotion de leur politique.
Déjà, nous avons pris en tant que pays neutre des sanctions injustifiables contre la Russie, sans parler des avoirs confisqués juste parce qu’ils appartenaient à des Russes. À cause de cela, nous avons été classés comme pays hostile par la Russie, perdant ainsi la possibilité d’offrir nos bons offices, qui sont liés à notre neutralité.
Et voilà que deux groupes parlementaires, les Verts et le Centre, ont déposé une initiative en vue de la modification de nos lois sur la neutralité, au nom d’un changement d’époque, et d’un parti-pris très simpliste pour le camp atlantiste.
Les conséquences pour l’avenir de notre démocratie sont dissimulées par un jeu de vocabulaire, en parlant d' »assouplissement momentané pour que l’Ukraine puisse vaincre son agresseur, la Russie ».
Depuis que la neutralité suisse est institutionnalisée, de nombreuses guerres bien plus injustes se sont déroulées, en Europe, ou ailleurs, mais jamais il n’y a eu une telle pression de nos propres élus pour l’abandon de notre neutralité, pour une guerre qui ne nous concerne pas.
Ce changement d’attitude a déjà commencé avec la reconnaissance du Kosovo, où il y avait déjà un parti-pris moralisateur et anti-Serbes des mêmes, pour faire allégeance à l’OTAN.
C’est à cette époque, que les journalistes sont devenus le premier parti de Suisse, porteurs des idéologies progressistes-mondialistes, et les voix d’opposants ont progressivement disparu.
Par défaut de concurrence, nos médias ne voyaient plus aucun intérêt à écouter d’autres sons de cloches, et nous avons totalement manqué à analyser et tirer les leçons de nos positions prises depuis la guerre des Balkans.
Nous nous sommes soumis aux lois de la CEDH, nous avons rendu nos lois compatibles avec celles de l’UE, nous sommes devenus observateurs permanents de l’ONU, et finançons depuis 23 ans la présence de notre Swisscoy au Kosovo.
À présent, ce sont des politiciens comme un Charles Juillard (Centre JU) ou une Brigitte Crottaz (PS VD) qui veulent nous pousser à nous aligner sur l’OTAN et cherchent à redéfinir vers quoi la neutralité suisse devrait évoluer.
Pourquoi ces politiciens agissent-ils ainsi, alors que cette guerre s’envenime chaque jour un peu plus, et que rester en dehors est notre seul intérêt ?
Leur mantra émotionnel simpliste, est porté par l’ensemble des médias mainstream: « l’Ukraine est la victime: il y a un agresseur, qui a violé le droit international, et un agressé, qui a besoin de soutien. »
Et pour court-circuiter la réflexion, le mot urgence est enfoncé en plus dans les esprits, comme avec toutes les revendication des gauchistes, comme s’il s’agissait d’une vulgaire marchandise: « achetez vite, c’est le dernier, demain il n’y en aura plus! »
C’est ce qui est fait aussi pour l’urgence climatique, pour rattraper le retard sur l’égalité femme-homme, pour sortir du nucléaire…
Cette technique des « coups de bélier » arrive à faire tomber bien des résistances mentales, elle a fait ses preuves dans d’autres « guidances » de l’opinion publique. Il n’y a rien de plus efficace, hormis l’hypnose, pour arriver à faire glisser l’inacceptable vers l’acceptable.
Cette méthode est appliquée d’ailleurs à chaque fois que les puissances progressistes veulent faire passer leurs intérêts avant les nôtres: un matraquage se met en place. L’égalité, sauver la planète, le besoin de migrants; l’UE, l’ONU, pour mettre fin à l’isolement de la Suisse, le mariage pour tous contre l’homophobie… et les barrages finissent par céder, car la population n’entend qu’un seul son de cloche.
Précisons d’emblée que les participants au débat de la RTS ci-dessous au sujet de la « Lex Ukraine » ne sont aucunement spécialisés en matière de stratégie militaire, et que leurs interventions relèvent d’un pur calcul de politiciens.
Détail choquant: ce sont les mêmes qui ont milité durant des décennies contre notre armée, et qui ont fait voter le peuple suisse pour un durcissement des lois en matière d’exportation d’armes, qui exigent à présent que la Suisse réadapte sa neutralité à l’actualité politique.
Comment s’opposer alors à ce qui est désigné par les journalistes comme le chemin du « progrès »? L’abandon de la neutralité n’est-il pas une évolution naturelle vers l’ouverture, la souplesse? C’est en tout cas ce que ces initiants veulent nous faire croire.
Depuis le début de la guerre en Ukraine, nous n’avons pas connaissance d’un seul débat où l’on ne nous dise pas, il y a un agresseur, la Russie, qui a violé le droit international, et une victime, l’Ukraine, qui est l’agressé, définissant le camp dont nous devons être les supporters, comme dans un match de foot.
Et pour penser pareille, nous sommes aidés par la suppression de tout point de vue venant de la Russie, toutes nos informations viennent exclusivement de la réinterprétation de la guerre par le gouvernement de Zelensky.
De nombreux spécialistes reconnus s’accordent sur le fait que l’Ukraine ne peut pas gagner la guerre, que son armée est déjà K.O., ayant subi des pertes irremplaçables.
Mais le but de l’OTAN, ce n’est pas que l’Ukraine gagne la guerre, c’est d’affaiblir la Russie. Les Américains jouent avec l’Ukraine, sans pouvoir en calculer les conséquences, et nos parlementaires poussent ce même agenda insensé!
L’OTAN est présenté dans ce débat RTS, comme notre partenaire naturel; l’enjeu de la neutralité est placé sur le plan moralisateur: la Suisse manquerait de solidarité envers l’agressé si elle refusait de lui livrer ses armes.
La Suisse s’est empressée de se mettre en avant pour la reconstruction de l’Ukraine sans même en voir l’issue, nous fournissons de l’aide humanitaire à l’Ukraine, nous accueillons et subvenons aux besoins de 80’000 réfugiés ukrainiens de A à Z, et la population suisse devrait encore se sentir coupable pour ne pas participer à ces massacres insensés via des exportations – directes ou indirectes – d’armements ?
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Le débat: Réexportations d’armes: vers un assouplissement de la position suisse?
RTS/Forum, 24 janvier 2023
Participants: Esther Coquoz, journaliste,
Brigitte Crottaz, conseillère nationale socialiste vaudoise et membre de la commission de politique extérieure,
Charles Juillard, conseiller aux Etats jurassien du Centre, membre de la commission de politique de sécurité,
Fabien Fivaz, conseiller national Vert neuchâtelois et membre de la commission de la politique de sécurité.
Lien vers l’émission: https://www.rts.ch/audio-podcast/2023/audio/forum-presente-par-renaud-malik-et-esther-coquoz-25895355.html?id=25895350 (21 minutes)
Esther Coquoz rappelle encore les « propos forts » de Jens Stoltenberg sur l’attitude incompréhensible de la Suisse sur la réexportation de ses munitions. Les « propos » de Stoltenberg sont répétés pour la deuxième fois.
Esther Coquoz: Qu’est-ce qui a changé? La pression a été trop forte?
Brigitte Crottaz: Effectivement, la pression est très forte ces jours, on a entendu le ministre [Stoltenberg] et on est conscient comme lui qu’il y a un agresseur et un agressé. On ne peut plus continuer à dire qu’ils jouent sur le même terrain, On doit quand même prendre en compte le fait que cet agressé a beaucoup moins de moyens pour se défendre.
Que les pays de l’UE ou même de l’Occident plus largement sont prêts à l’aider mais sont bloqués en l’occurrence par la Suisse par cette règle de non-exportation.
Esther Coquoz : Un conflit qui s’enlise, qui menace la sécurité de l’Europe tout entière et on ne va pas bouger? Ne pas accepter cette réexportation d’armes? Notamment de munitions? C’était manquer de solidarité envers nos partenaires et indirectement faire le jeu de la Russie?
Manipulation par l’image: la RTS affiche durant le débat une caisse de munitions à papa, comme si c’était cela l’enjeu !
Fabien Fivaz: La neutralité, une règle de base, est presque l’ADN de la Suisse. Ce que dit Stoltenberg, en fait, … et FF rappelle que le droit international fixe de ne pas participer au conflit, ne pas réexporter vers les belligérants et d’appliquer une égalité de traitement entre les belligérants. La Suisse pourrait participer à l’effort de guerre avec une décision du Conseil de sécurité de l’ONU. Le problème est que la Russie fait partie du Conseil de sécurité de l’ONU, avec droit de veto. C’est compliqué pour la Suisse.
Fabien Fivaz réclame un débat sur la neutralité, la réexportation d’armes vers les belligérants; et sur notre rôle à jouer.
FF rajoute: un débat pour savoir qu’est-ce que la Suisse peut faire RAPIDEMENT pour soutenir l’Ukraine.
Esther Coquoz: Il ne faut pas céder à la pression de l’Allemagne, de l’Espagne et même de l’Otan?
Charles Juillard : Oui, c’est regrettable: depuis des mois, nos partis ont demandé à ce que la Suisse participe activement, par solidarité à ce… euh, venir en aide au peuple ukrainien. En permettant à l’Allemagne de réexporter ces fameuses munitions, qu’elle avait achetées à la Suisse il y a plus de dix ans, pour lui permettre de se défendre. Et c’est vrai que nous sommes dans un cas particulier qui n’enfreint ABSOLUMENT PAS la problématique de la neutralité, parce que il y a le principe de neutralité et il y a le droit à la neutralité.
Le principe de neutralité veut surtout que si on ne prend pas parti pour le peuple agressé, c’est quelque part prendre parti pour l’agresseur. Et je crois que de ce côté-là on ne respecte pas non plus notre neutralité. Je crois que par solidarité avec le peuple ukrainien mais aussi avec les pays européens, qui défendent nos valeurs, c’est cela aussi qui est essentiel, eh bien, nous devons participer, nous devons faire en sorte que nous puissions exporter. A notre avis, d’ailleurs, la loi le permettrait déjà, il suffit que le Conseil Fédéral ait un tout petit peu de courage, sans attendre les pressions extérieures, pour pouvoir le faire. [5:02]
ndlr: Juillard, totalement à côté de la question, affirme qu’en cas de livraison, la Suisse « n’enfreint ABSOLUMENT PAS la problématique de la neutralité parce que il y a le principe de neutralité, et il y a le droit à la neutralité ». Juriste de formation, son avis pèse pour les auditeurs.
Juillard met l’enjeu sur le plan de la « solidarité avec le peuple ukrainien, mais aussi avec les pays européens, qui défendent nos valeurs… ».
En aucun cas nous n’avons les valeurs de l’UE, wokisée, corrompue, devenue une colonie des USA, ne représentant plus qu’elle-même; et encore moins celles de l’Ukraine, qui est tout sauf un modèle de démocratie.
Esther Coquoz: Il y a un pays agresseur et il y a un pays agressé, il ne faut pas les mélanger, ça on le sait depuis longtemps. Là, il y a un changement de cap, quand même, du côté du Parti Socialiste, Qu’est-ce qui s’est passé? La Droite faisait des propositions depuis quelques mois, c’est vrai, pour réexporter ces armes vers l’Ukraine.
Brigitte Crottaz: C’est vrai, le PS est dans une situation très embarrassante, vous vous en doutez. On a toujours été pour une loi sur l’exportation du matériel de guerre très, très restrictive.
On a participé même au fait que la loi devienne encore plus restrictive depuis 2019. Mais on voit la pression extérieure et aussi intérieure, puisqu’une motion a été déposée par M. Burkhardt, qui demande un élargissement de la réexportation, on va dire, sans cautèle, sans rapport direct avec l’Ukraine, pour porter la reprise de l’économie, de l’industrie de l’armement. Et ce n’est pas ce qu’on souhaite, mais une modification qui soit très, très clair, que ce soit dans la loi avec une cautèle, qui fait que c’est seulement pour le conflit ukrainiens.
Esther Coquoz: Les réexportations avec des cautèles, n’est-ce pas mieux que des réexportations un peu plus… volumineuses?
Fabien Fivaz: Je ne peux que soutenir ce qui vient d’être dit. M. Juillard a accepté de renvoyer la motion Burkhardt en commission, avec l’objectif de clarifier les problèmes en termes de neutralité et en termes de modification de la loi, ce qui est quand même assez vaste: supprimer la clause de réexportation pour tout un nombre de pays qu’on estime être démocratiques, et qui ont des règles d’exportations strictes.
Reste que c’est assez intéressant: on est dans ce cas dans le problème qu’on a toujours posé: l’exportation des armes d’un pays neutre est toujours problématique. Ça crée une forme de tension permanente entre à qui on exporte, pourquoi et avec quel but. Nous, on a été depuis le début clairement: on n’exporte rien du tout. Et si on avait suivi cette voie-là, aujourd’hui, on ne serait pas dans cette situation à se demander si les pays tiers ont le droit ou non de les réexporter.
Esther Coquoz: C’est vrai: un pays neutre n’exporte pas d’armes. C’est un problème. Pourquoi on le fait?
Charles Juillard: Parce que, tout simplement, la notion de neutralité évolue. Aujourd’hui, défendre ce point de vue-là, c’est en rester à l’époque de la guerre froide. Or aujourd’hui, il y a une guerre très, très chaude pas très loin de chez nous. Avec un pays agressé, un pays qui avait quand même demandé son adhésion à l’Union Européenne. C’est-à-dire qu’il en partage en tout cas les valeurs démocratiques, la liberté d’expression, la liberté d’une manière générale. (sic!)
ndlr: L’Ukraine, c’est la persécution et même l’assassinat sans jugement de ceux qui dérangent, c’est l’interdiction de tout média d’opposition, déjà avant la guerre tous les partis d’opposition ont été interdits, puis la répression des critiques de la politique gouvernementale, la répression cruelle de ses minorités ethniques, une armée truffée de néo-nazis, le règne des mafias, la corruption endémique, la persécution des églises orthodoxes. Le juriste Charles Juillard ne sait-il tout cela ?
Juillard: Et je crois que c’est ça qui a changé. Donc, je défends cette notion de neutralité qui évolue en fonction de la situation. Qu’il faut voir au cas par cas. Et puis pas la figer dans la Constitution comme certains souhaiteraient le faire. Ce n’est pas une fin en soi, la neutralité. Ça doit être un outil de politique extérieure qui nous permet de défendre au mieux les intérêts de notre pays. Mais quand l’intérêt de notre pays, c’est de participer à l’effort commun, à l’effort de la communauté internationale, pour venir en aide à un pays agressé, comme l’est aujourd’hui l’Ukraine – nous le faisons déjà dans le domaine civil, mais ici nous avons des DEMANDES de le faire sur le plan militaire – je crois qu’il faut le faire. Et quelque part, peut-être qu’un jour nous aurons aussi besoin d’une aide extérieure et dans ce cas, nous serons bien contents que les gens n’attendent pas je ne sais quoi pour venir nous aider.
ndlr: Juillard sait parfaitement que l’intérêt de la Suisse, c’est de rester en dehors de ce conflit. Pourquoi prône-t-il alors le contraire?
Esther Coquoz: La neutralité n’est pas un concept figé, c’est un outil, nous dit Charles Juillard?
C’est un débat qu’on n’a pas. On l’a de façon indirecte, à travers une modification somme toute mineure, mais pas anodine, de la loi sur le matériel de guerre… A la suite de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, les commissions de politique extérieure, dont fait partie Mme Crottaz, ont demandé un rapport sur l’évolution de la neutralité au Conseil fédéral. Le rapport a été publié au mois d’octobre. Ça a donné lieu à quelques tensions au sein du CF entre deux visions: 1) La neutralité reste ce qu’elle est, portée par le droit international, et 2) On peut clairement demain dire à travers une modification de la loi – mais je préférerais un débat de fond: est-ce qu’on renonce à cette neutralité? Mais après il faut réfléchir à toutes les conséquences pour la Suisse en termes de relations diplomatiques… Notre ADN est bâti depuis très longtemps sur la neutralité, On peut revenir en arrière, mais il faut réfléchir aux conséquences.
Esther Coquoz: On va analyser si notre neutralité est en danger à travers ces deux propositions qui ont été aujourd’hui acceptées par la commission de politique de sécurité. L’une vient du PS, l’autre du Centre.
Charles Juillard, votre parti [le Centre] propose une loi urgente, une Lex Ukraine, qui autorise toutes les réexportations, tant que c’est pour l’Ukraine, dans un délai limité. Mais est-ce qu’on ne risque pas de créer un précédent, ainsi?
Charles Juillard: Peut-être, mais si on adopte par la suite la proposition formulée par le Parti socialiste, que la commission a retenue, on ne créera plus de précédent, puisqu’on aura dans la loi la possibilité de déroger à ce critère de non-réexportation dans des conditions bien précises dont on parlera tout à l’heure.
Si nous sommes venus avec cette proposition de loi urgente, c’est simplement parce que le Conseil fédéral n’a pas voulu bouger (!!!). Le CF est resté accroché à des principes. C’est vrai, je reconnais, j’ai participé, comme, j’imagine, M. Fivaz et Mme Crottaz, au durcissement de la loi sur l’exportation du matériel de guerre, en refusant au CF une clause dérogatoire, mais nous étions dans une autre époque, une époque d’avant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Et ce que nous disons ici, c’est qu’il y a un besoin urgent de pouvoir adapter la loi, c’est ce que nous proposons à travers notre initiative parlementaire qui a été aussi adoptée par la commission aujourd’hui. Et ceci, dans un cadre bien défini, qui ne heurte ABSOLUMENT PAS, à notre avis en tout cas, la neutralité de la Suisse. [12:14]
Esther Coquoz : Une réexportation ne serait possible, selon la loi, que si l’attaque a été condamnée par les 2/3 de l’Assemblée générale de l’ONU. On précise que c’est le cas de l’Ukraine aujourd’hui. Pour vous, c’est une manière de préserver la neutralité?
Brigitte Crottaz: Ce concept de neutralité est très mouvant ces temps et peut être influencé par tout ce qui se passe. Ce n’est pas comme ça qu’on va le maîtriser. Je crois qu’on est dans une situation, comme dit M. Juillard, où il est assez URGENT de définir une position de la Suisse face à cette GUERRE D’AGRESSION.
(Il faudrait que Brigitte nous explique quelles sont les guerres de non-agression!)
On a trouvé cette formulation qui met des cautèles. Il faut véritablement que ce soit décidé par des organes supérieurs (c’est-à-dire, l’ONU) et encore! ça ne donne pas le blanc-seing au CF. Il peut ensuite décider, même si ces conditions sont réunies, de ne pas autoriser la réexportation. On essaie de mettre une règle très, très restrictive, mais qui peut s’appliquer en ce moment.
La proposition de l’autre commission (dont Brigitte Crottaz ne fait pas partie) permet au moins une réaction très urgente, mais elle est un tout petit peu plus ouverte et laisse un tout petit peu plus de risques de dérapage ultérieurement.
Brigitte Crottaz dit que le projet prévoit l’autorisation jusqu’à fin 2025, ce qui lui paraît peut-être long, et elle espère qu’une clause d’urgence pour 6 mois permettra la modification de la loi sur l’exportation du matériel de guerre. Les deux propositions pourraient être complémentaires.
Charles Juillard: Juste pour rassurer Mme Crottaz, cela s’applique jusqu’en 2025, avec possibilité d’encore deux ans, étant clairement précisé que c’est lié à la guerre russo-ukrainien. Donc c’est vraiment pour régler cette situation immédiate qu’il faut avoir ce débat URGENT. Et, je l’espère, prendre cette décision qui permettra aussi de PARTICIPER À CET EFFORT et à cette SOLIDARITÉ. Et ensuite le Parti socialiste fixera des conditions plus durables, qui permettront au CF de voir de cas en cas quelle est l’attitude de la Suisse, par rapport aussi à la défense de ses intérêts. Parfois, peut-être, de ne pas autoriser la réexportations, parce qu’on a d’autres éléments qui entrent en ligne de compte.
Puis, la problématique des bons offices: comment et à partir de quand la Suisse pourra faire valoir ses bons offices ?
Mais pendant que les armes parlent c’est un peu prématuré de mettre les bons offices d’abord.
ndlr: Nos bons offices pour la Russie… la Suisse peut toujours courir…
Esther Coquoz: Il faut les 2/3 des votes de l’ONU, ça ne vous rassure pas?
Fabien Fivaz: Les deux propositions sont contraires au droit international public sur la neutralité. On parle clairement de favoriser l’Ukraine. Si on veut respecter le droit international, on ne peut pas favoriser l’Ukraine par rapport à la Russie. Je vous laisse imaginer le message que fait passer la Suisse au niveau international! Il y a quand même…un sacré problème. J’ai quand même… (EC l’interrompt.)
Esther Coquoz: Brigitte Crottaz, réponse?
Brigitte Crottaz: Quand même, le droit international démontre clairement qu’il y a eu une violation du droit international. Et ceci a été décidé, enfin clairement dit par l’Assemblée de l’ONU.
Donc ce n’est pas qu’on est contre la loi internationale en considérant que ce conflit a un agresseur et un agressé. Et il est, disons, très problématique de dire que l’on favorise l’Ukraine dans cette situation en autorisant cette réexportation: en fait, on aide un pays à se défendre contre un agresseur, Et bien sûr, cette question de neutralité reste toujours un peu difficile à définir, mais on pourrait aussi tranquillement se dire qu’on n’est pas les vrai exportateurs, (« C’est sûr », entend-on susurrer en arrière fond.) Donc, nous, on exporte toute l’année des armes dans tous les pays, sauf ceux qui ne respectent pas les Droits de l’Homme. Et puis on est bien content que notre industrie de l’armement fonctionne bien comme ça. (SIC!)
Et tout d’un coup, au moment où on a besoin de ces armes quelque part, on estime un peu hypocritement qu’on ne veut pas le faire. C’est une position qu’on a aussi toujours défendue (re-sic!), mais maintenant, dans la situation particulière (approbation en arrière-fond), on n’exporte pas directement à l’Ukraine. On autorise des pays tiers à exporter du matériel suisse.
ndlr: Quelle hypocrisie! Le soldat atteint par une balle suisse pourra se consoler en se disant que la munition n’était pas directement exportée par la « Suisse neutre ».
Esther Coquoz : Cette guerre dure, elle s’enlise, l’Allemagne aussi évolue, elle est à deux doigts d’envoyer des chars.
Voilà, ce conflit menace potentiellement la sécurité du continent européen, LA SUISSE EST AU CENTRE (!). Est-ce qu’il n’est pas normal que la Suisse évolue aussi?
Fabien Fivaz: Si, mais il faut avoir ce débat dans ce cadre là (c’est-à-dire dans le cadre de l’évolution!). Historiquement, la Suisse a toujours cette position de neutralité. On a parlé des bons offices avant. A un moment donné, si on autorise l’exportation de matériel de guerre vers l’Ukraine, tout en disant: mais si tout d’un coup, si vous trouvez une solution diplomatique, on est prêt à vous aider, quelle crédibilité on a encore? La Suisse aujourd’hui a un autre rôle à jouer sur la scène internationale. Il y a eu des propositions pour augmenter le montant de l’aide humanitaire. Le parlement a refusé dans une optique budgétaire. La Suisse est un des pays qui hébergent le plus d’argent russe. En ne gelant pas ces avoirs russes, on participe indirectement à l’effort de guerre.
ndlr: Ici, si nous ne confisquons pas suffisamment de biens russes, ce serait alors justement une sorte d’implication dans la guerre! On aura vraiment tout entendu!
Esther Coquoz: En allant au-delà des bons offices, on franchit un cap un petit peu périlleux?
Charles Juillard: Aucune partie ne veut parler de cesser de feu. Il faut, malheureusement, aider l’Ukraine avec des armes pour répondre à un pays qui l’a agressée. Au printemps, la Russie reviendra en force et on n’est pas sûr que l’Ukraine pourra tenir. Mais si on pouvait figer les fronts, c’est à partir de là qu’on pourra dire que « maintenant, il faut discuter ».
ndlr: Ce qui signifie que Juillard est parfaitement conscient que l’Ukraine ne pourra aucunement gagner la guerre, et que d’ici au printemps, si la guerre continue, il y aura des centaines de milliers de morts et de blessés en plus, mais il pousse son agenda pour que la Suisse se mêle de cela.
Esther Coquoz: Mais Charles Juillard, peut-être que des munitions suisses sur un champ de bataille, ça fait un peu désordre, quand on veut offrir ses bons offices, non?
Charles Juillard : Il y a tous les pays qui ont des armes et des munitions sur le champ de bataille, d’un côté ou de l’autre. Ici, c’est une clause de réexportation: comme cela a été dit, le pays qui l’exporte fait sa propre appréciation. Les Polonais ont envoyé des chars sans l’autorisation allemande. L’Ukraine a besoin de cela pour résister, pour tenir, pour peut-être même repousser quelque peu l’agresseur dans sa frontière. (Au prix de combien de cadavres et de soldats estropiés détruits pour le restant de leurs jours?) Et c’est à ce moment-là qu’il faudra vraiment, quand les fronts seront figés, ce qui n’est pas encore le cas. On pourra alors dire: la Suisse a un savoir-faire, on peut discuter pour vous ramener à la raison et vous amener autour de la table des négociations, à Genève en particulier.
Mais pour cela, il faut que nous existions ! (Coquoz approuve/tente d’interrompre: « Très bien ». Juillard continue sur sa lancée:) Il faut que les autres comprennent notre rôle! Coquoz: » très bien ».)
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Post-scriptum: Est-ce que les participants sur ce plateau RTS croient à leurs propres mensonges ?
Que nous sommes loin du Général Guisan! Le Général n’a jamais songé que la Suisse sorte de sa neutralité face à Hitler; pourtant, les pressions, il y en avait aussi. Par contre, Guisan a déclaré que l’armée suisse ne se rendrait jamais. Au contraire, il a averti l’ennemi qu’en cas d’attaque, l’armée suisse se battrait jusqu’au bout (pas comme la France) et que s’il n’y avait plus de munitions, on se battrait à la baïonnette.
Et la Suisse n’aurait plus le courage que de participer à l’effort de guerre de l’OTAN ?

erratum, M Chauprade ou M Cheminade. ça reste à préciser….
Tiens! on n’a jamais entendu ces mêmes personnes sur toutes les guerres illégales de l’Ouest. La liste est longue, 53 en tout et pour n’en nommer que qques unes YU, Irak, Syrie, Libye… des mios de morts mais là ça passe crème. Taisez vous mais taisez vous donc à jamais et surtout demandez pardon bande de Pharisiens abominables.
politico.eu: https://www.politico.eu/article/switzerland-rethinks-neutrality-considers-weapon-export-amid-ukraine-russia-war-crisis/
La neutralité de la Suisse est inscrite dans la Constitution Fédérale. Donc pour déroger au principe de neutralité il faut modifier la Constitution, faisable uniquement par une votation fédérale requérant la majorité des votants et des cantons. Tout le reste n’est que verbiage stérile de personnes opportunistes et influençables, totalement inaudibles en 2014 lors de la violation des Accords de Minsk par les Ukrainiens, provoquant la mort de milliers d’habitants russophones…
» … toutes nos informations viennent exclusivement de la réinterprétation de la guerre par le gouvernement de Zelensky. »
Depuis que les informations de RT sont censurées, nous n’avons pas l’opinion des 2 belligérants !
»Est-ce que les participants sur ce plateau RTS croient à leurs propres mensonges ? »
Il y a des personnes aveuglées et qui ne comprennent pas les raisons qui ont poussées Poutine à déclencher cette guerre !
Les tenants et aboutissants de la géopolitique actuelle remontent au démantèlement de l’URSS. !