Après la Seconde Guerre mondiale, un véritable miracle économique s’est produit en Allemagne. Évidemment, l’aide du Plan Marshall y est pour beaucoup, mais il faut se rappeler que, bien que ce soit l’Allemagne qui ait subi les plus grandes pertes humaines et matérielles, le montant alloué à la RFA n’était même pas la moitié de ce que les Français ou les Britanniques ont reçu; même l’Italie a reçu davantage. Derrière l’énorme développement économique des années 1960, il y avait clairement les performances exceptionnelles de l’industrie allemande et des travailleurs allemands.

L’augmentation de la production exigeait une quantité croissante de main-d’œuvre.

Quand la natalité en Allemagne a recommencé à augmenter après le recul dû à la guerre, le nombre d’enfants par femme (couple) est passé à plus de deux en 1950, puis à 2,47 en 1965, et l’avenir de la population semblait assuré.

Et avant que ces enfants ne soient en âge de travailler, des Allemands déplacés d’Europe centrale sont arrivés, puis à partir de 1954, des dizaines de milliers de travailleurs immigrés italiens, voire des centaines de milliers après 1960. Peu après, le flux des travailleurs immigrés turcs a commencé, et à partir de la seconde moitié des années 1960, celui des Yougoslaves.

Dans les années 1970 et 1980, la moitié de l’Europe travaillait pour les Allemands.

Qui aurait pensé que le taux de fécondité allemand tomberait de 2,53 en 1966 à 1,53 en seulement sept ans en 1973, puis à 1,28 dix ans plus tard en 1983 ? Et même si quelqu’un le remarquait, qui s’en souciait ? La population de la partie occidentale du pays a augmenté régulièrement de 51 millions en 1950 à 62 millions en 1972, et bien qu’il y ait eu une légère stagnation, la croissance, alimentée par l’immigration, a recommencé après 1986 et s’est poursuivie sans discontinuer dans l’Allemagne réunifiée. La population a maintenant dépassé 84 millions et continue de croître.

Mais tout cela ne suffit pas. Comme Marcel Fratzscher, professeur d’économie à l’Université Humboldt de Berlin, l’a récemment déclaré dans l’hebdomadaire Der Spiegel: sans immigration, voire accroissement de l’immigration, l’Allemagne va au-devant d’une crise qui menace son existence économique.
Pour lui, sans une quantité suffisante de travailleurs qualifiés, de nombreuses entreprises ne pourraient pas survivre et l’Allemagne perdrait à long terme une grande partie de sa prospérité. Il y a déjà deux millions d’emplois non pourvus dans le pays, et dans les dix prochaines années, il y aura cinq millions de personnes de plus qui prendront leur retraite qu’il n’y aura de jeunes entrant sur le marché du travail. Et l’Allemagne est loin d’être la seule à se trouver dans une telle situation aujourd’hui.

Les faits ci-dessus ne sont pas la cause de la crise migratoire européenne, mais ils sont la raison pour laquelle les politiciens occidentaux y réagissent de la façon que l’on peut lire dans les journaux.
Cette prospérité que l’électorat d’aujourd’hui prend pour une évidence, ils ne pensent pas qu’elle soit durable sans un afflux supplémentaire de main-d’œuvre, mais ils n’osent pas l’admettre, c’est pourquoi ils cachent la réalité derrière l’argument humanitaire.

En fait, cette façon de mettre l’accent sur le statut de réfugié ne sert qu’à enrober la pilule amère de l’immigration de masse afin que la population puisse l’avaler sans broncher. Répétons les propos du professeur Fratzscher: « sans immigration, l’Allemagne va au-devant d’une crise qui menace son existence économique ».

Allons donc au-delà de l’argument humanitaire, qui est en fait un faux argument, et disons-le clairement et sans ambiguïté, puisque les politiciens occidentaux ne le font pas : les politiciens occidentaux soutiennent la migration par pur intérêt personnel, car ils voient que la prospérité ne peut être préservée sans l’arrivée de millions de migrants.

Mais peut-elle être préservée avec les migrants ?

Et tout d’abord, puisqu’il est question de raisons humanitaires, cette autre question: est-il moralement acceptable que l’Occident veuille remédier à sa propre pénurie de main-d’œuvre en attirant les jeunes les plus mobiles, les plus éduqués, les plus entreprenants, les plus valides des pays sous-développés?
Est-il normal que l’Occident, après avoir siphonné les matières premières des pays en développement, fasse maintenant de même pour leur main-d’œuvre? Est-ce un ordre mondial viable si un groupe de pays s’organise en permanence pour exploiter les ressources humaines des autres et fonde sa prospérité là-dessus? Voilà à quoi l’Occident devra répondre dans un avenir pas si lointain.

La question la plus grave est cependant celle-ci: est-ce que les immigrés pourront être aussi productifs que les Européens de souche? Sauront-ils reproduire la fameuse précision allemande?

Nous avons dit plus haut que le miracle économique allemand des années 1950 et 1960, le Wirtschaftswunder, était le résultat des performances exceptionnelles des travailleurs allemands. Mais ces performances sont elles-mêmes le résultat de la culture du travail qui s’était développée en Allemagne au cours des siècles.

Depuis le développement de l’anthropologie structurale dans les années 1950, c’est un principe fondamental des sciences sociales que, même si les individus peuvent acquérir de telles choses, les grandes communautés qui apportent leur propre culture ne peuvent le faire que lentement et difficilement. Le problème est que les croyances, les désirs, les ambitions, les peurs, les habitudes et les normes de comportement d’un peuple interagissent et se renforcent mutuellement pour former ce que l’on appelle une structure. Nous héritons de cette structure de nos parents et la transmettons à nos enfants. Il n’y a pas de racisme à dire que les travailleurs allemands sont, en moyenne, plus disciplinés et attentifs que, disons, les Béninois.

La grande question est celle-ci: si l’ouvrier béninois avec sa large famille immigre en Allemagne, quelle culture y apportera-t-il avec lui?

Ne nous laissons pas leurrer par le fait que chaque individu est capable d’assimiler la culture d’un autre peuple, surtout s’il est entouré de toutes parts par cette culture et qu’il n’en reçoit que du soutien.
Les lois de l’anthropologie structurelle ne s’appliquent pas à l’individu, mais à la multitude. Or dans le cas de la migration, il s’agit de plus en plus de multitudes. Si suffisamment de travailleurs béninois – pakistanais, afghans, syriens – entrent dans la production allemande, leur culture du travail ne deviendra-t-elle pas tôt ou tard dominante?

Le risque que cela se produise est tout à fait réaliste.

Tout cela ne semble pas menaçant aujourd’hui, car les immigrés viennent de nombreux pays, ils sont divers, aucune des cultures apportées ne peut rivaliser avec la culture européenne de souche. L’islam européen est encore faible aujourd’hui, car même si la religion est en gros la même, un Marocain n’a pas plus à voir avec un Afghan que, disons, un Danois avec un Macédonien.

Cependant, si une nouvelle structure, un nouveau système de croyances, de désirs, d’aspirations et d’ambitions émerge de ce mélange de peuples, cela changera fondamentalement l’histoire de l’Europe occidentale. Si les migrants sauvent l’Allemagne, ils ne la sauveront pas pour les Allemands.

source: https://demokrata.hu/vilag/a-nagy-nepessegcsere-693245/

traduction: Albert Coroz

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